Festival 27e édition du Festival Gnaoua et Musiques du monde d’Essaouira, jeunesse et maturité
Dans sa perpétuelle quête de renouvellement, le Festival Gnaoua et Musiques du monde d’Essaouira n’omet pas de rendre hommage à ceux qui ont fait son rayonnement. Dès le début de la conférence de presse censée annoncer la programmation de cette 27e édition, tenue le 21 avril à Casablanca, un hommage a été rendu au Mâalem Mustapha Baqbou. Figure emblématique de la culture gnaoua et pilier de la scène artistique marocaine, il s’est éteint le 8 septembre dernier à l’âge de 72 ans.
Autre monument du festival, la parade d’ouverture, où défile l’ensemble des confréries gnaoua du Maroc, est bien évidemment annoncée, maintenant ainsi une tradition devenue immuable. Le reste de la programmation, fruit d’une « profonde réflexion » selon Karim Ziad, co-directeur artistique du festival, est largement ouvert sur le monde. Cette année, l’événement réunit plus de 400 artistes venus de plusieurs pays dont les États-Unis, le Brésil, le Rwanda, l’Inde, la Palestine ou encore le Liban.
Le concert inaugural, prévu sur la scène Moulay Hassan, réunira Mehdi Nassouli, la troupe rwandaise i Buhoro, la chanteuse marocaine Sara Moullablad, l'artiste indienne Ganavya et le flûtiste français Sylvain Barou, autour d'une création collective où les répertoires se croiseront librement. Parmi les moments les plus attendus, le public découvrira une rencontre entre Mâalem Mohamed Montari, Badume's Band et Selamnesh Zemene, dans un échange artistique audacieux reliant le Maroc à l'Éthiopie.
Une autre fusion mettra face à face Mehdi Qamoum et le Harlem Spirit of Gospel by Anthony Morgan, illustrant cette volonté de croiser les traditions musicales et les sensibilités spirituelles. La programmation prévoit également la présence du bassiste Richard Bona, accompagné exceptionnellement par Asma Lmnawar, ainsi qu'une création associant Mâalem Hamid El Kasri à Carlinhos Brown, dans un dialogue annoncé entre les rythmes gnaoua et les traditions afro-brésiliennes.
La présence marocaine est aussi renforcée, notamment par la participation cette année de 42 mâalems et leurs troupes. Abdeslam Alikane, co-directeur artistique du festival et président de l’association Yerma Gnaoua, fer de lance de l’inscription de la culture gnaoua au patrimoine immatériel de l’UNESCO en 2019, assure par ailleurs que « tout est mis en œuvre pour l’émergence d’une nouvelle génération de mâalems », assurant ainsi la pérennité d’une culture menacée d’amnésie il y a encore quelques décennies.
La survie et l’ouverture de la musique gnaoua passent aussi par de prestigieuses collaborations. Ainsi, pour sa troisième édition, le programme Berklee at the Gnaoua and World Music Festival, né de l'association avec la mythique école de musique américaine, référence mondiale dans l'enseignement du jazz et des musiques actuelles, propose une immersion de six jours dédiés au perfectionnement musical. Encadrés par des professeurs de Berklee et des artistes de renommée internationale, les participants travaillent autour de l'écoute, de l'échange et de la création collective, avant de restituer cette expérience au public lors de concerts en amont du festival.
Les industries culturelles, un levier stratégique
De la jeunesse, il en est également question lors de la 13e édition du Forum des droits humains, organisée cette année autour du thème « Jeunesse du monde : identité, liberté et avenir ». Ce rendez-vous intellectuel en marge du festival est organisé en partenariat avec le Conseil de la communauté marocaine à l'étranger (CCME) et rassemble responsables politiques, intellectuels et représentants associatifs pour « interroger les manières dont les jeunes redéfinissent aujourd'hui l'engagement, la création et l'innovation », selon Driss El Yazami, président du CCME. Parmi les invités figurent des personnalités comme Leïla Slimani, Najat Vallaud-Belkacem, Souleymane Bachir Diagne, Rachid Benzine, Raphaël Liogier ou encore Asmae El Moudir. Des panels débattront des mutations qui traversent les nouvelles générations, en présence du ministre de la Jeunesse, de la Culture et de la Communication, Mohamed Mehdi Bensaïd.
Plus qu’une simple thématique, la jeunesse est au cœur des préoccupations des responsables du festival. Neïla Tazi, productrice et fondatrice de l’événement, explique au Desk que « cette dynamique s’inscrit dans une réalité plus large. Une étude récente de la Société financière internationale (Groupe Banque mondiale) montre que les industries culturelles et créatives comptent parmi les secteurs les plus attractifs pour les jeunes, et les plus ouverts aux femmes. Elles représentent donc un levier stratégique en matière d’emploi ». C’est notamment le cas dans la ville d’Essaouira, où « cet impact est très concret », poursuit Neïla Tazi : « Depuis presque 30 ans, nous formons des jeunes aux métiers de l’événementiel et du digital. Aujourd’hui, ils sont sollicités bien au-delà du festival, par d’autres acteurs du territoire, tout au long de l’année. C’est une réalité encore peu visible, mais qui constitue pour nous une véritable source de fierté. »
L’intégration de la jeunesse, source de renouvellement autant dans le domaine culturel que dans celui de sa mise en scène, est facilitée par une maturité certaine d’un événement qui existe depuis presque trois décennies. Pour sa fondatrice, invitée à faire le bilan, « le festival a démontré sa pertinence dans le temps. Il a su durer, rayonner, mais surtout se régénérer. La relève est là, celle des mâalems, comme celle du public. Et il est particulièrement encourageant de voir une jeunesse toujours aussi présente, toujours aussi engagée, qui s’approprie pleinement cette culture et la fait vivre ».
La 27e édition du Festival Gnaoua et Musiques du monde d’Essaouira fait entrer l’événement « à un moment charnière de son histoire, celui de la maturité » , nous confie sa directrice. Pour elle : « C’est devenu bien plus qu’un événement, c’est un projet qui s’inscrit dans la durée et qui s’institutionnalise progressivement autour d’une vision solide et à travers des partenariats publics et privés de plus en plus structurés. Cette évolution traduit une reconnaissance claire de son ancrage, de son utilité et de son rayonnement. » Le rendez-vous est donc pris du 25 au 27 juin prochain pour consolider les acquis et se projeter sereinement vers l’avenir.
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