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Carlinhos Brown. Percussionniste et compositeur originaire de Bahia
02.06.2026 à 21 H 12 • Mis à jour le 02.06.2026 à 21 H 12 • Temps de lecture : 4 minutes
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Festival À Essaouira, le Festival Gnaoua déroule une programmation tournée vers la rencontre des cultures

Du 25 au 27 juin, la cité atlantique accueille la 27ᵉ édition d'un rendez-vous devenu, en près de trois décennies, l'un des plus importants rassemblements de musiques du monde sur le continent africain. Quelque 460 artistes y sont attendus, du Brésilien Carlinhos Brown au Camerounais Richard Bona

C'est devenu un rituel de l'été marocain. Chaque année, à la fin du mois de juin, la petite ville d'Essaouira, port atlantique ceint de remparts et longtemps resté à l'écart des grandes routes touristiques, voit affluer des centaines de milliers de spectateurs. La 27ᵉ édition du Festival Gnaoua et Musiques du Monde, qui se tiendra du 25 au 27 juin, ne devrait pas déroger à la règle.


Fondé en 1998 par la productrice Neila Tazi, le festival s'est donné dès l'origine une double mission : sortir la musique gnaoua — héritage spirituel des descendants d'esclaves subsahariens, longtemps cantonné au registre rituel — de sa marginalité, et la confronter aux esthétiques contemporaines venues du reste du monde. Gratuit et largement ouvert sur la ville, l'événement a contribué à faire d'Essaouira une destination culturelle de premier plan, au point que ses organisateurs aiment à la présenter comme une « capitale mondiale de la musique ».


Cette année, les promoteurs annoncent la venue de 460 artistes, marocains et étrangers, autour d'un principe qui structure la manifestation depuis ses débuts : la fusion. À Essaouira, les répertoires ne se juxtaposent pas sur des scènes étanches, ils se croisent, le temps de créations souvent éphémères, où un maâlem gnaoui dialogue avec un orchestre de jazz ou une chanteuse du Levant.


Têtes d'affiche internationales

Parmi les rendez-vous les plus attendus figure le concert de Carlinhos Brown. Percussionniste et compositeur originaire de Bahia, l'artiste brésilien a bâti une œuvre prolifique, nourrie des traditions afro-brésiliennes, du samba-reggae et des musiques populaires de son pays. Sa présence s'inscrit dans la filiation que le festival entretient de longue date avec les diasporas afro-atlantiques, dont la musique gnaoua partage, selon ses organisateurs, une même mémoire née de la traite.


Le bassiste et chanteur camerounais Richard Bona, figure majeure du jazz contemporain, retrouvera sur scène la chanteuse marocaine Asmaa Lmnawar, avec laquelle il a déjà collaboré : les deux artistes doivent interpréter ensemble deux titres. La programmation internationale fait également une place au gospel afro-américain, avec The Harlem Spirit of Gospel dirigé par Anthony Morgan, ainsi qu'à des voix plus alternatives : la Libanaise Yasmine Hamdan, l'un des noms en vue de la scène arabe indépendante, le groupe palestinien 47Soul, inventeur du « Shamstep » mêlant électronique, hip-hop et dabké levantin, et ganavya, chanteuse née à New York et élevée dans le sud de l'Inde, dont le projet Daughter of a Temple puise dans les traditions dévotionnelles sud-asiatiques et le jazz spirituel.


La scène marocaine en force

Fidèle à sa vocation patrimoniale, le festival réserve une place de choix aux musiques du Royaume. Le groupe Oudaden, institution de la chanson amazighe née en 1978, y défendra l'héritage du Souss et celui des Rways, ces poètes-chanteurs de tradition orale. La formation casablancaise Hoba Hoba Spirit, pilier de la scène rock et fusion marocaine depuis un quart de siècle, et le projet Bob Maghrib, relecture maghrébine du répertoire de Bob Marley, complètent une affiche locale revendiquée comme un état des lieux de la création populaire.


Le festival présentera enfin AZMZ (« air du temps », en amazigh), création réunissant la troupe féminine Ahwach Bnat Louz de Tafraout et le duo Raskas, issue de plusieurs années de résidences. Entre chants polyphoniques du Souss, textures électroniques et création visuelle, la performance illustre la direction prise ces dernières années par la manifestation : faire de la tradition un matériau vivant plutôt qu'un objet de conservation.


À l'heure où le Maroc érige sa politique culturelle en levier de rayonnement diplomatique, le rendez-vous d'Essaouira demeure l'une de ses vitrines les plus visibles — et l'un des rares grands festivals du continent à conjuguer, depuis vingt-sept ans, exigence artistique, gratuité et affluence massive.

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