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08.05.2026 à 16 H 23 • Mis à jour le 09.05.2026 à 06 H 24 • Temps de lecture : 3 minutes
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Disparition Abdelwahab Doukkali, monument de la chanson marocaine, s’est éteint à Casablanca

Le grand chanteur et compositeur Abdelwahab Doukkali est décédé vendredi à Casablanca, à l'âge de 85 ans. La disparition de cette voix irremplaçable plonge le monde de la musique arabe dans le deuil

Le chanteur était hospitalisé en réanimation depuis plusieurs jours, après une dégradation de son état de santé consécutive à une intervention chirurgicale délicate. La confirmation officielle de son décès est notamment venue de l’acteur Rachid El Ouali, qui a indiqué avoir reçu la nouvelle d’une source proche de la famille, avant que la chaîne SNRT News ne la relaie à son tour.


Né le 2 janvier 1941 à Fès dans une famille nombreuse, modeste et profondément pieuse, Abdelwahab Doukkali grandit dans un environnement conservateur, marqué par une discipline familiale forte. Avant même de devenir une figure de la musique, il s’était intéressé au théâtre et à la peinture, deux univers qui nourriront plus tard son approche artistique et son sens aigu de la mise en scène. Il débute sa carrière à la radio nationale dès 1957, et enregistre son premier album en 1959. À la RTM, il croise plusieurs figures de la scène musicale nationale, parmi lesquelles Mahdi Elmandjra, alors directeur de l’institution, qui l’aurait encouragé à s’engager pleinement dans la voie musicale.


C’est ensuite Casablanca qui devient le véritable théâtre de son éclosion. Dès 1965, il s’impose comme l’une des figures majeures de la chanson marocaine, avec des mélodies interprétées en arabe littéraire et en darija, explorant des thèmes universels : l’amour, les relations sociales, la mémoire collective et les défis d’une société en mutation. À une époque où la chanson marocaine cherchait encore sa propre identité, Doukkali impose une signature musicale audacieuse, mêlant héritage oriental, sophistication orchestrale et ouverture sur le monde.


Son répertoire lui vaut une reconnaissance bien au-delà des frontières du Maroc. Il remporte le grand prix du Festival de la chanson marocaine de Mohammedia en 1985 pour « Kan ya makan », puis celui de Marrakech en 1993 pour « Agharo Alayki ». Il est également lauréat du Grand Prix du Festival du Caire en 1997 pour « Souk El Bacharia », et reçoit le disque d’or pour « Mana Illa Bachar ». En 1991, le magazine saoudien « Al Majalla » le désigne meilleure personnalité du monde arabe à l’issue d’un sondage de grande envergure. Fait rare pour un artiste arabe, il est honoré à deux reprises par le Vatican.


Au-delà de la chanson, Doukkali avait également laissé son empreinte dans le cinéma marocain, en composant plusieurs bandes originales et en apparaissant dans différents films. Son apparition dans le film culte « À la recherche du mari de ma femme » avait notamment marqué le public marocain. Artiste peintre et collectionneur passionné, il avait constitué au fil des années un véritable « petit musée » dans son appartement du 17e étage de l’immeuble Liberté, en plein cœur de Casablanca.


Ces dernières années, il s’était fait plus discret, malgré quelques apparitions remarquées lors d’hommages organisés à Rabat et Meknès, ainsi qu’un retour sur scène très commenté au Théâtre Mohammed V. Latefa Raafat, chanteuse, lui a rendu hommage en ces termes : « Merci pour ces chansons qui nous ont enseigné l’amour et la beauté. » Le compositeur Nouri, de son côté, l’a qualifié de « génie inégalable ».


Sa mort intervient quelques mois après celle d’Abdelhadi Belkhayat, autre grande figure de la chanson marocaine, disparu en janvier 2026. En peu de temps, le Maroc perd ainsi deux noms majeurs d’une génération qui a façonné l’âge d’or de la chanson nationale. Avec Abdelwahab Doukkali s’éteint une voix qui n’interprétait pas seulement une époque, mais lui donnait une forme, une couleur et une mémoire.

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