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L'agenda
21.02.2017 à 12 H 23 • Mis à jour le 21.02.2017 à 12 H 23
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Rencontre Asma Lamrabet veut concilier foi et émancipation, islam et valeurs universelles

La majorité des interdits religieux n’existent tout simplement pas dans le texte lui-même, mais dans la longue tragédie historique d’une lecture du religieux restée otage de ses propres dérives sociopolitiques a expliqué l'auteure de plusieurs écrits sur l'Islam lors d'une conférence à l'ULB

Une nouvelle vision réformiste qui propose de nouvelles alternatives de lecture des textes religieux sur la femme a été au centre de la conférence animée, lundi soir à l’Université libre de Bruxelles (ULB), par Asma Lamrabet, auteure de plusieurs écrits sur l’Islam (1) et les droits universels des femmes.


Pour la conférencière, « de façon très caricaturale, la question des femmes en islam continue d’être prise en étau entre une islamophobie internationalement médiatisée et le patriarcat culturel avéré des sociétés musulmanes ». Les femmes musulmanes sont donc toujours, a-t-elle souligné, les victimes de choix dans les débats de société et sont généralement instrumentalisées par des politiques qui se font le plus souvent sans elles, voire à leur insu.


Lors de sa conférence intitulée Islam et femmes, une troisième voie, Lamrabet a indiqué que sur cette question des femmes et islam, il y a un décalage conséquent entre ce que prône le message spirituel de l’islam et la majorité des lectures interprétatives, notamment celles du droit musulman ou fiqh qui sont majoritairement discriminatoires et sont devenues avec le temps et le taqlid, -(imitation aveugle des prédécesseurs)- des récits sacralisés.


Une troisième voie pour les femmes musulmanes

En redonnant la priorité aux sources textuelles, et notamment à la dimension éthique du message spirituel, il s’avère que la majorité des interdits religieux n’existent tout simplement pas dans le texte lui-même, mais dans la longue tragédie historique d’une lecture du religieux restée otage de ses propres dérives sociopolitiques, a-t-elle estimé.


Pour Lamrabet, il y a donc une autre voie pour les femmes musulmanes, une 3ème voie qui est celle d’une « lecture réformiste, la seule à même de concilier foi et émancipation, islam et valeurs universelles ».


Selon elle, la 3 ème voie est une nouvelle vision réformiste qui propose de nouvelles alternatives de lecture. Il s’agit en fait de déconstruire la lecture traditionaliste, laquelle est longtemps restée sous l’emprise d’une lecture politisée et doctrinale et opérer une nouvelle approche de la thématique femmes et islam et donc relire les sources à travers leur dimension éthique universelle et libératrice.


Il s’agit, a-t-elle expliqué, de mettre en évidence quatre dimensions essentielles que la lecture traditionaliste n’a jamais prises en compte : la dimension éthique, la dimension humaniste, la dimension égalitaire conceptuelle et normative et la dimension sociale/conjoncturelle.


Pour l’oratrice, c’est donc à travers ces valeurs socles du message spirituel, telles que la libération humaine, l’égalité de tous les êtres humains, la liberté de conviction, les impératifs de justice, du savoir et de la raison, qu’il faudrait savoir réinterpréter aujourd’hui la thématique des femmes.


Et d’ajouter qu’une relecture critique de l’histoire de l’islam, de sa construction politique et sociale remettrait en cause un grand nombre de concepts normatifs aujourd’hui instrumentalisés par les extrémistes religieux de tous bord et qui sont antinomiques aussi bien aux valeurs universelles qu’aux principes éthiques de l’islam.


Lamrabet a estimé possible aujourd’hui d’initier ce travail de réforme de la pensée musulmane et d’élaborer une nouvelle approche, notamment sur la question des femmes, donnant comme exemple « l’expérience du Maroc dans plusieurs domaines, notamment la réforme du code du statut de la famille, celle de la constitution qui a établi l’égalité hommes-femmes et toutes les réformes du champ religieux ».


Et de conclure que la réforme de la pensée et de la tradition islamique est une « obligation éthique et morale ». « C’est au nom des principes même de l’islam dévoyés et usurpés par la lecture de l’idéologie politique qu’il faut aujourd’hui s’atteler à corriger cette inversion de valeurs, entérinée par des siècles de décadence », a-t-elle ajouté.



(1) Islam et femmes, les questions qui fâchent, de Asma Lamrabet, Ed. En Toutes Lettres, 2017. Voile, polygamie, égalité dans l’héritage… L’auteure fait l’inventaire des discriminations imposées aux femmes au nom de l’islam.

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