Festival Boutchart fait vibrer Nahda avec une performance chorale immersive et poignante
Le maestro marocain a transformé son concert en un moment de communion musicale intense, réunissant orchestre, voix du public et héritage sonore dans une fresque vivante à l’occasion de la 20ᵉ édition du Festival Mawazine – Rythmes du Monde.
Dans une soirée exceptionnelle placée sous le signe de l’émotion et de l’interaction, le maestro marocain Amine Boudchar, connu sous le nom de scène Boudchart, a dirigé vendredi soir sur la scène Nahda un véritable chœur populaire vivant, captant l’âme d’un public enthousiaste et totalement conquis. À l’occasion de la 20ᵉ édition du Festival Mawazine – Rythmes du Monde, son spectacle a transcendé les codes du concert classique, offrant une expérience musicale immersive fondée sur la participation collective.
Dès les premières mesures de sa composition Mozaïka, le ton était donné. Véritable prélude à un voyage sonore sans frontières, cette pièce mêlant sonorités orientales et occidentales, avec une présence marquée des rythmes amazighs du Moyen Atlas, a instauré une symbiose immédiate entre l’orchestre et le public. Dans une scénographie sobre et évocatrice, Boudchar a pris les rênes d’un ensemble à la fois structuré et organique, réunissant musiciens chevronnés et jeunes talents issus de divers horizons.
Ce concert singulier a pris la forme d’une traversée musicale à travers le temps et les mémoires, revisitée avec finesse et émotion. Le public, invité à devenir partie prenante de l’interprétation, a spontanément répondu à l’appel, reprenant en chœur des classiques du patrimoine marocain et oriental : Sawalt alik oud wo nay, Lma yejri kodami, Yalli sourtek bin einaya, Ya bent lamdina, Ach dani oualash mchit, mais aussi Nidaa Al Hassan, Nour El Ain, Ezzine Elli Atak Allah, Ya Bent Ennass Ana Faqir, Alach Ya Ghazali ou encore Jana El Hawa.
L’instant s’est mué en une communion chantée, où chaque spectateur devenait le prolongement de la scène. Dans cette atmosphère vibrante et chaleureuse, l’orchestre, guidé avec rigueur et générosité par Boudchar, a accompagné ce chœur géant improvisé dans une euphorie collective rare, faisant de la scène Nahda le cœur battant d’une mémoire musicale partagée.
Au-delà du répertoire patrimonial, Amine Boudchar a dévoilé ses propres compositions, affirmant une identité artistique marquée par le croisement des influences. Jibli Jam, pièce audacieuse mêlant sonorités balkaniques, égyptiennes et marocaines, a captivé par sa rythmique syncopée et ses orchestrations métissées. Laila, autre moment fort du concert, proposait une fusion inédite entre le timbre grave du guembri gnawi, les couleurs du mezoued tunisien et les inflexions du Ribab soussi, le tout enveloppé d’une écriture harmonique classique, signe d’une maturité musicale assumée.
Musicien autodidacte, ingénieur de formation, Amine Boudchar a suivi un parcours singulier, construisant son univers musical entre passion personnelle et rigueur académique. Diplômé du Conservatoire en France en 2020, il s’est imposé comme une figure innovante de la scène musicale contemporaine avec son projet « La chorale, c’est vous », concept interactif qui redéfinit la relation entre scène et salle. À travers cette approche, l’artiste déconstruit le schéma vertical du concert traditionnel pour le transformer en une célébration horizontale et collective de la musique vivante.
Placée sous le Haut Patronage du Roi Mohammed VI, la 20ᵉ édition du Festival Mawazine – Rythmes du Monde se tient du 20 au 28 juin à Rabat et Salé. Fidèle à sa vocation de carrefour artistique, l’événement rassemble cette année encore les plus grandes figures de la scène musicale arabe et internationale, offrant un espace de dialogue culturel où l’émotion se vit autant dans la virtuosité que dans la ferveur partagée. Le passage d’Amine Boudchar sur la scène Nahda en aura été l’une des plus vibrantes démonstrations.
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