Festival Etuk Ubong à Mawazine : une trompette virtuose aux résonances panafricaines
Sous la brise estivale de Rabat, dans l’écrin naturel qu’offre le fleuve Bouregreg, le trompettiste nigérian Etuk Ubong a offert lundi soir une prestation saisissante dans le cadre de la 20ᵉ édition du Festival Mawazine - Rythmes du Monde. Sur cette scène emblématique dédiée aux musiques africaines, le musicien a déployé toute la richesse d’un univers sonore hybride, aux confins de l’afrobeat, du highlife, du jazz et des traditions rythmiques nigérianes.
Dès son entrée en scène, Etuk Ubong a imposé sa présence, conjuguant une virtuosité instrumentale évidente à une intensité émotionnelle rare. Sa trompette, tour à tour fougueuse et méditative, s’est mêlée à une section rythmique foisonnante, entre percussions ancestrales et grooves hypnotiques. Une alchimie sonore d’une grande cohérence, traversée de ruptures, de montées en puissance et de silences expressifs, qui a conquis un public venu nombreux vibrer au rythme de la scène Bouregreg.
À travers ses compositions aux titres engagés, porteurs de messages de justice, de paix et de résilience, le musicien a revendiqué une musique qu’il qualifie lui-même de « Earth music » : une expression enracinée dans les luttes et les espoirs des peuples africains, mais ouverte sur le monde. La force du live résidait autant dans la richesse des textures musicales que dans la synergie palpable entre les musiciens sur scène et un public enthousiaste, embarqué dans une véritable transe collective.
Natif de l’État d’Akwa Ibom au sud du Nigeria, Etuk Ubong s’est forgé un parcours atypique. Initié très jeune à la trompette, influencé par les figures tutélaires du panafricanisme musical comme Fela Kuti, il développe dès l’adolescence une esthétique singulière, profondément ancrée dans les sons de son pays. Le jazz, chez lui, est moins un format qu’un terrain d’expérimentation pour tisser des ponts entre les traditions spirituelles africaines et une narration musicale contemporaine. Il n’est donc pas étonnant de le retrouver à l’affiche des plus grandes scènes internationales dédiées aux musiques du monde, où il incarne une voix artistique libre, sincère et résolument engagée.
La scène Bouregreg, qui surplombe le fleuve éponyme, s’est une nouvelle fois affirmée comme un haut lieu de la célébration des rythmes africains. Chaque année, elle rassemble les curieux, les passionnés et les fidèles du festival Mawazine, dans une atmosphère à la fois festive et introspective, où la musique devient le vecteur d’un dialogue culturel profond.
Organisé sous le Haut Patronage du Roi Mohammed VI, le Festival Mawazine s’est imposé comme l’un des rendez-vous culturels les plus importants au monde, réunissant chaque année plus de deux millions de festivaliers. Cette 20ᵉ édition n’a pas dérogé à la règle, et la prestation d’Etuk Ubong en a été l’un des moments marquants. À Bouregreg, lundi soir, c’est toute la vitalité du continent africain qui s’est exprimée dans une vibration commune, comme un souffle partagé entre la scène et le public, entre le fleuve et la ville.
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