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Festival
04.08 08.08.2021
Le festival Visa for Movie du 4 au 8 août à Rabat
Le festival Visa for Movie aura lieu du 4 au 8 août à Rabat, ville lumière, capitale marocaine de la culture, a indiqué lundi l'association du Festival international de Rabat pour la culture et les arts.   Cette année, des projections de cinéma « proposent des films tout public », a précisé l'association dans un communiqué, ajoutant que « c’est grâce au soutien du public et de nos partenaires, la Wilaya de la Région de Rabat-Salé-Kénitra et l’Institut Français, que Visa for Movie est de retour sous une nouvelle forme avec des écrans de projection dernier cri en matière de technologie et pleines d’autres surprise ».   Plusieurs projections rassembleront petits et grands « pour leur procurer émotions et réflexions », a fait savoir la même source, relevant que des projections offriront « l'occasion à la population de Rabat et ses visiteurs de découvrir le septième art tout en respectant les mesures de distanciation sociale ».   Depuis sa première édition en 1992, le Festival de Rabat avait toujours la préoccupation de faire de ses évènements un espace libre et ouvert afin d’enraciner les valeurs universelles de dialogue, de tolérance et de paix.   Tout a commencé avec l’écran géant aux Oudayas aux années 90 où la population de Rabat avait un rendez-vous avec une riche programmation des meilleures productions du septième art.
Lieu - Rabat
20.06.2021 à 11 H 49 • Mis à jour le 20.06.2021 à 11 H 49
Par

Histoire Hassan II dans 7 sur 7: Anne Sinclair raconte les coulisses du face à face

Dans son dernier livre, la journaliste française Anne Sinclair aborde les principaux moments de sa vie professionnelle et personnelle. Des éclairages supplémentaires sont apportés sur les coulisses de la mythique interview que lui avait accordée Hassan II. Les détails

C’est une vidéo vue et revue plusieurs milliers de fois sur Youtube et Facebook. Une interview de Hassan II en 1993 où l’ancien monarque est interviewé par la journaliste française Anne Sinclair, alors au sommet de sa gloire dans son émission politique phare de la télévision française, 7 sur 7. Une phrase sera retenue, signe de mauvaise foi ou de mensonge d’État : celle portant sur l’existence de bagnes au Maroc, dont notamment à Kelaat M’Gouna et venant en réponse à une question de la journaliste. « Kelaat M’Gouna est la capitale des roses, madame ! », avait répondu le chef de l’État, balayant d’un revers de main les accusations au sujet d’actes de torture. Une manière habile d’esquiver la question gênante, alors que finalement les années suivantes finiront par ne pas donner raison au monarque.



Dans son livre autobiographique Passé composé (éditions Grasset, 2021), la journaliste Anne Sinclair revient sur les étapes de sa vie tant professionnelle que personnelle. Un exercice qui lui donne l’occasion de faire le récit de sa vie depuis son enfance, en passant par la rencontre de grandes personnalités et de stars, jusqu’à ses déboires de son ex-mari, Dominique Strauss-Kahn. Au huitième chapitre, la rencontre avec Hassan II en 1993 est abordée, aux côtés de celle avec Mikhaïl Gorbatchev en 1991 à Moscou.


Hassan II y est présenté comme ayant «  procuré de grandes émotions » chez la journaliste, aux côtés de l’ex-chancelier d’Allemagne, Helmut Kohl. Sur le Maroc, Sinclair écrit que le pays « représentait donc le symbole d’un régime stable au prix de répressions féroces, mais aussi d’un développement industriel et touristique remarquable, dont profitèrent largement les entreprises françaises. Très doué pour les manœuvres politiques et diplomatiques, Hassan II, habile et cultivé, était devenu l’allié des pays occidentaux, notamment en raison de sa politique hostile à l’islamisme », note-t-elle.


Quant aux coulisses de l’interview, on apprend que c’est André Azoulay, le conseiller personnel de Hassan II mais aussi de l’actuel roi, Mohammed VI, qui allait jouer un rôle décisif. « J’avais demandé plusieurs fois à André Azoulay, son conseiller personnel que je connaissais bien, de proposer au roi une émission avec moi. Azoulay, un homme de dialogue et de culture notamment sur les sujets judéo-arabes, me fait savoir, au printemps 1993, que le projet est envisageable et m’en demande les modalités », peut-on lire. Anne Sinclair répond ne pas imaginer « conduire cette émission avec Hassan II, autrement qu’en confrontant le roi à toutes les images, positives et négatives, dont lui et son pays sont l’objet, et en l’interrogeant comme je le ferais pour tout politique français, avec insistance et recherche d’objectivité », se rappelle la journaliste française. Hassan II accepte, avec Azoulay qui rassure : tous les sujets pourront être abordés, dont notamment celui des droits humains.


Fait intéressant, Anne Sinclair recevra dans un premier temps des consignes officieuses de la part de sa direction à TF1 où elle officie. On lui demande de veiller aux entreprises françaises installées au Maroc et de ne pas les compromettre « avec une certaine agressivité ». « Je ne reçois cependant aucune autre instruction du groupe Bouygues ou des dirigeants de la chaîne à part cet avertissement très général. Je sais toutefois que le chemin sera périlleux », note-t-elle dans ses Mémoires.


Pour préparer son interview, l’ex-journaliste et animatrice de l’émission politique 7 sur 7 consulte plusieurs ouvrages et articles de presse mais fait aussi des rencontres : les familles de disparus, passés par la prison de Kelaat M’Gouna ou encore Christine Daure, épouse d’Abraham Serfaty qu’elle rencontre à Paris. Anne Sinclair finit par se rendre au Maroc. « À l’hôtel, sous des prétextes futiles, je refuse la chambre qu’ils m’ont préparée et en choisis une autre équivalente, où ils n’auraient pas eu le temps d’installer des micros : la paranoïa qui m’avait épargnée à Moscou, voilà qu’elle me gagne de façon absurde à Rabat alors que je repense à Abraham Serfaty, célèbre opposant à Hassan II, qui a passé dix-sept ans en prison », raconte-t-elle.


Du premier contact avec Hassan II, la journaliste se rappelle qu’il est « accueillant et charmeur, tout se présente au mieux pour le lendemain », prédit-elle. Mais là où ça se corse, c’est lors de ce qu’elle présente comme étant un « dîner d’intimidation ». Avec sa collaboratrice, Sinclair est invitée la veille de son interview chez le Premier ministre. Il s’agit en l’occurrence de Mohammed Karim Lamrani, décédé en 2018. Parmi les présents, on retrouve Driss Basri, alors tout puissant ministre de l’Intérieur mais également de l’Information. « La seule personne bienveillante – et atrocement gênée de la pression qui s’exerce tout au long du repas – est André Azoulay, qui se demande s’il a bien fait de suggérer cette émission au roi, tant l’hostilité des ministres paraît forte », se rassure-t-elle.


Le sujet de l’interview sera quelque peu directement abordé par Driss Basri. Une conversation surprenante aura alors lieu entre la journaliste et le ministre, qu’elle retranscrit dans son livre :


« Avez-vous l’intention d’interroger Sa Majesté sur Ta… Ta…, s’enquiert Basri.
— Tazmamart, monsieur le ministre », je m’empresse de compléter, avant d’ajouter : « Oui, tout à fait, et je suis sûre que Sa Majesté aura à cœur de répondre avec franchise. C’est le principe de l’émission ».


La journaliste ne manque pas d’envoyer des piques à son éternel rival, Patrick Poivre d’Arvor, en rappelant une des questions du ministre de Hassan II.


« Le repas s’éternise. Driss Basri reprend la parole : « Chère madame, quelle est la différence entre Patrick Poivre d’Arvor et vous ? me demande-t-il soudain.
— Sans doute qu’il est un homme et que je suis une femme, non ?
— C’est un excellent journaliste, lui, avec lequel j’ai toujours plaisir à bavarder et à jouer au golf !
— Ah, c’est sûrement cela, je ne pratique pas ce sport », je lui réponds sur le même ton d’ironie, mais je suis mal à l’aise, car la situation est devenue très désagréable. André Azoulay est blanc d’humiliation et de colère. Marie m’informera plus tard qu’elle a vu Driss Basri lui faire passer un mot à l’adresse du souverain, disant quelque chose comme « préviens Sa Majesté », pour l’avertir sans doute qu’une dangereuse gauchiste s’apprêtait à le questionner ».


Le jour J, soit le lendemain, Hassan II est bien là pour l’interview. À la journaliste, un petit cadeau d’attention est laissé : « le protocole, ou le roi lui-même, s’étant avisé de mon habitude de toujours tenir un stylo à la main pendant l’émission (sorte de bastingage auquel je m’accroche pendant les secousses de l’interview) a déposé un petit modèle ancien en argent joliment ouvragé », affirme Anne Sinclair. Lors de l’interview, celle-ci ne manque pas de relever que « le roi est de petite taille et je verrai bientôt ses pieds s’agiter dans le vide, comme un enfant agacé, quand la conversation se tendra ».


« Nous arrivons ainsi au chapitre du respect des droits de l’homme : le roi affirme qu’il est désormais irréversible tout en exprimant des réserves sur les sociétés de droit dont les citoyens ont tendance à abuser. Hassan II s’exprime dans un français élégant, bien que je lui trouve de temps à autre un relâchement de ton et de vocabulaire quand il fait savoir son mépris pour les critiques dont je me fais l’écho », écrit Anne Sinclair.


Les sujets qui fâchent sont finalement mentionnés : l’emprisonnement à Tazmamart et Kelaat M’Gouna. « Amnesty International ? Cette vieille boîte complètement défraîchie (…) ayant servi de cheval de Troie à la solde de la Russie soviétique, et qui n’est plus respectable dès lors qu’elle ment. » Quant à Tazmamart, ce bagne cruel : « Tazmamart ? Cette vieille bâtisse n’avait plus d’objet, les gens ayant été relaxés (sic), elle a été rasée. » Et Kelaat M’Gouna, cette prison secrète, où beaucoup de prisonniers ont tout simplement disparu ? « Kelaat M’Gouna, madame, c’est un centre touristique, c’est la ville des roses ! », ce qui est en effet la description littérale que l’on trouve dans les guides du Maroc », rapporte Anne Sinclair.


« Mais la forteresse existe, bien réelle, perchée sur un piton dans un environnement de pierres. Un jour, je suis passée devant cette prison et y ai ramassé quelques cailloux que j’ai conservés ensuite sur mon bureau en souvenir des hommes qui les avaient foulés et qui y étaient morts », ne manque pas de relever l’animatrice, rappelant au final qu’elle avait raison de poser les questions qu’il fallait, face à l’entêtement du roi ne souhaitant pas reconnaître les torts causés à Kelaat M’Gouna.


« Quand je prononce le nom de la famille Oufkir, je vois les ministres qui écoutaient bien sagement leur souverain au fond de la salle se lever d’un bond, avant de se rasseoir, indignés. Je m’amuse alors à demander au roi s’il est bien normal que son ministre de l’Intérieur soit aussi ministre de l’Information ! », demande-t-elle, en faisant allusion à Driss Basri, assis à quelques mètres de la journaliste et de l’interviewé. Réponse de Hassan II : un changement sera fait lors du prochain remaniement. Ce qui n’en sera finalement rien, le roi ayant gardé Basri jusqu’à que son fils l’éjecte.


« Hassan II joua très finement. Cette émission fut pour lui un grand succès. Il s’était prêté à un jeu inhabituel au Maroc et s’en était fort bien sorti. Depuis, je suis devenue célèbre dans les souks, sans bien savoir si je devais l’admiration des Marocains à la fierté que la télévision française consacre une heure à leur souverain, au fait qu’une femme ait ainsi parlé avec le roi d’égale à égal, ou si mon impolitesse d’avoir abordé des sujets tabous dans le pays avait impressionné des citoyens un peu timides – on les comprend – devant le pouvoir royal », conclu-t-elle cet épisode, non sans rappeler un compliment qui lui sera adressé par le journaliste français et fondateur du Nouvel Observateur, Jean Daniel : « Vous avez été plus courageuse que moi ».

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