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05.06.2022 à 13 H 13 • Mis à jour le 05.06.2022 à 13 H 13
Par et

Festival Le Gnaoua Festival Tour marque la relance du «soft power» culturel du royaume

Dans son format spécial pour cette année, le festival a pour objectif de sensibiliser le public à travers sa caravane, sur le caractère identitaire collectif du patrimoine Gnaoui, a souligné la fondatrice du Festival Gnaoua d'Essaouira et présidente de la Fédération des Industries culturelles et créatives (FICC), Neila Tazi. Un rendez-vous qui sert le « soft power » du royaume sur la scène internationale

Le Gnaoua Festival Tour s’est ouvert vendredi à Essaouira, dans un format réinventé, le temps d’une édition spéciale pour deux jours d’événements avec pour maître-mot, la fusion, en attendant l’organisation d’une 23ème édition, dans son format classique, après deux ans d’absence due à la pandémie Covid-19. Pour la première fois de son histoire débutée en 1997, les organisateurs ont ainsi opté pour un « festival itinérant » qui, après une première escale dans le port d’Essaouira, conduira les musiciens à Marrakech, Casablanca et Rabat jusqu’au 24 juin.


Dans son format spécial pour cette année, le festival a pour objectif de sensibiliser le public à travers sa caravane, sur le caractère identitaire collectif du patrimoine Gnaoui, a souligné la fondatrice du Festival Gnaoua d’Essaouira et présidente de la Fédération des Industries culturelles et créatives (FICC), Neila Tazi.  « Au Maroc, la vie culturelle, notamment certains festivals devenus emblématiques, repose sur un socle solide et prometteur », a-t-elle expliqué à l’AFP, « elle représente un “soft power” considérable pour le pays ».


Neila Tazi, fondatrice du Festival d'Essaouira et présidente de la FICC. Crédit: A3 Com


Cette caravane musicale, qui sillonnera ainsi le Maroc tout au long du mois de juin pour aller à la rencontre de son public international à Essaouira, à Marrakech, à Casablanca et à Rabat, offrira aux aficionados de cette musique singulière une opportunité exceptionnelle pour une immersion totale aux rythmes de cette transe qui célèbre la grandeur d’une culture et son ouverture au Monde.


Festival Gnaoua. Gnaoua Festival Tour. Essaouira. Crédit: A3 Com


Par ce retour itinérant sous le signe de la fusion, Mogador a été le théâtre d’un art inscrit depuis 2019 au patrimoine mondial de l’UNESCO et qui, par ses chemins musicaux, cultive l’âme à la vibration spirituelle.


C’est ainsi que le 3 juin, le Gnaoua Festival Tour s’est ouvert avec une parade ainsi qu’une déambulation dansée aux couleurs folkloriques, suivies aux rythmes du Festival gnaoui, à savoir la place Moulay El Hassan et Dar Souiri.


Festival Gnaoua. Gnaoua Festival Tour. Parade à Essaouira. Crédit : A3 Com


Onze des maâlems les plus réputés de Mogador et une pléiade d’artistes internationaux étaient au rendez-vous d’un public charmé par les sons du ganbri et du jazz, pour des prestations de fusions musicales hautes en couleurs et des concerts puisés dans le pur répertoire Gnaoua.


Festival Gnaoua. Gnaoua Festival Tour. Essaouira. Crédit: A3 Com


Pays attaché à ses racines africaines, le Maroc, à travers le Festival Gnaoua, continue à ancrer sa place sur la scène culturelle internationale a mis l’Afrique à l’honneur, avec une fusion d’exception réalisée par l’artiste Malien Vieux Farka Touré.


Surnommé le « Hendrix du désert », le cador de la collaboration musicale a retrouvé le public avec son Trio, le maâlem le plus habité par les musiques africaines, Abdeslam Alikane, accompagné par le chantre de la culture amazighe, ribab d’Aziz Ozouss.


Le bassiste américain de jazz/funk, Jamaaladeen Tacuma, a également été de la partie, partageant la scène avec le maâlem à la voix ensorcelante Saïd Boulhimas.


Le jeune maâlem Hossam Guania a aussi relevé le défi de la fusion avec pas moins de six musiciens talentueux dont la chanteuse Fama Mbaye, la flûtiste Naïssam Jalal et le chanteur Haile Supreme.


Ces deux jours d’arc-en-ciel musical ont été témoins d’une transe artistique avec 12 concerts qui se déroulés à la Place Moulay El Hassan et à Dar Souiri et mettant en scène les maâlems Abdelaziz et Najib Soudani, les Issaoua, Moktar Gania, Hind Ennaira, le percussionniste burkinabé Yaya Ouattara, les maâlems Lahcen Mhaidi, Mohamed Boumezzough, Said El Bourki, Abdellah Akharraz et Abdelmalek Kadiri.


La place Moulay El Hassan retrouve les sonorités gnaouies

La place Moulay El Hassan, un des principaux lieux de la ville des Alizés, a accueilli samedi soir, un spectacle rythmé, marqué par une énergie envoûtante, où se côtoie guembri, guitare et percussions.


Ce métissage musical, à l’image du message d’ouverture et de tolérance, porté par le Festival Gnaoua depuis ses premières éditions, a musicalement déchaîné une foule au rendez-vous, avide d’émoi et de sensation.


Festival Gnaoua. Gnaoua Festival Tour. Essaouira. Crédit: A3 Com


Avec l’arrivée du Maâlem Hossam Guinea sur scène, une vague de cris enthousiastes s’est accaparée du public, ravi à la vue de ce maître gnaoui, célèbre pour ses descendances gnaouis, puisqu’il est le fils du défunt Mahmoud Guinea.


Festival Gnaoua. Gnaoua Festival Tour. Essaouira. Crédit: A3 Com


Cet artiste, habitué de voir la porte de sa maison d’enfance foulée par les grands Maâlems et artistes de renom, a subjugué l’attention de ses invités avec des rythmes mystiques, accompagnés de chants invocatoires.


Sa prestation hypnotique s’est animée par une fusion internationale, avec la voix persuasive et l’énergie déconcertante de la chanteuse mauritanienne Fatma Mbaye, résonant le rythme de son pays aux formules mélodiques gnaouis.


Festival Gnaoua. Gnaoua Festival Tour. Essaouira. Crédit: A3 Com


La flûte de Naïssam Jalal et la voix de Haile Supreme, se sont accordées au mouvement permanent du guembri, témoignant du caprice et du charme de ce patrimoine immatériel qui ne cesse de séduire les cultures du monde.


Festival Gnaoua. Gnaoua Festival Tour. Essaouira. Crédit: A3 Com


La musique hindoustanie et carnatique qui partage le caractère mystique des gnaouas, s’est également invitée sur scène avec l’artiste Stéphane Edouard, qui a ajouté sa signature rythmique marquée par les notes du groove, pour ensuite être relevée par la danse des cordes du ribab, touchées par l’artiste Amazigh Aziz Ozouss.


La guitare de Mohamed Derouich, s’est aussi fondue à ce métissage de tolérance, qui par sa riche intervention musicienne, a instauré un climat de paix.


Les maâlem Abdelaziz Soudani, Lahcen Mhaidi et Mohamed Boumezzough, ont par leur savoir de la culture musicale gnaoui créé une onde structurante marquée par un passage du long vers le rapide et du grave vers l’aigu, donnant l’occasion de goûter à la symbolique mystique de cet art vivant, qui délivre l’esprit pour atteindre une sonorité unique.


Festival Gnaoua. Gnaoua Festival Tour. Essaouira. Crédit: A3 Com


Cette réunion des maîtres du tagnaouit propice à la fusion musicale a transporté les sens du public, avec l’une des très rares joueuses de guembri, Hind Ennaira, mêlée aux couleurs burkinabés du percussionniste, Yaya Ouattara.


Une ambiance globale de pacification et de gentillesse renouvelée s’est emparée durant la nuit du Samedi, sur la fameuse esplanade souiri, la Place Moulay El Hassan, où l’art se mêle au sacré.


Des spectateurs aspirés par les battements du guembri et des contenus spirituels des chants se sont vu entraîner dans un état modifié de conscience, celui de la transe.


A Dar Souiri, les trains d’ondes gnaoui dépolarisent l’émotion

À l’espace de la culture vivante artistique, musicale et littéraire de la cité des Alizées, Dar Souiri, la soirée gnaoua fusionnée, a ravivé les sensations d’un public international, venu assister dans le cadre du Festival Gnaoua Tour.


Une transcendance artistique a été provoquée à Dar Souiri, par la prestation sensationnelle de maâlem Najib Soudani, suivie du fendu fusionnel de Maâlem Abdelmalek Kadiri avec l’artiste bercé par les tubes Bollywoodiens, Stéphane Edouard, la flûtiste vertigineuse Naïssam Jalal ainsi que du guitariste nourri de l’apport du jazz, Mohamed Derouich.


Festival Gnaoua. Gnaoua Festival Tour. Essaouira. Crédit: A3 Com


Le public présent dans cet espace culturel, a été subjugué par une transe ritualisée et bénéfique, pour ensuite se laisser emporter par le langage des cordes de la guitare, élargissant ainsi leur expériences sensationnelles, vacillant entre gnaoua et jazz.


« Petit le son gnaoui et les vibrations du Guembri m’ont entraîné dans les profondeurs de cet art spirituel », a indiqué Maâlem Abdelmalek Kadiri dans une déclaration à la MAP.


« Le tagnaouit traditionnel m’a habité très tôt en raison de la proximité de notre domicile familial, de la Zaouia de sidi Bilal, la seul lieu au Maroc qui était principalement visité par les esclaves d’antan », a-t-il confié, ajoutant que chaque mois de chaâban, il poursuivait de près avec un groupe d’enfants, les parades gnaoui au son des crotales et des tambours.


Sur ses expériences sensorielles sur scène, le Maâlem Abdelmalek Kadiri, qui se considère un des ambassadeurs de ce patrimoine marocain, n’a eu de mots pour décrire son tourbillon d’émotions qu’en le dépeignant d’état de transe où il ressent la chaire de poule.


Festival Gnaoua. Gnaoua Festival Tour. Essaouira. Crédit: A3 Com


Ces moments artistiques, destinés aux amateurs éclairés de la culture et de la musique du monde, ont été captés par l’aire de la musique des maîtres musiciens gnaoui, dont la mélodie rappelle l’apport africain, berbère et arabo-musulman, de cette pépite immatérielle devenue un patrimoine culturel de l’humanité.


Le charme hypnotique de la tablature du guembri, a enflammé la scène de Dar souiri, coupant les aficionados de leurs environnements extérieurs, pour entrer dans une fusion aux rythmes de la musique.


Festival Gnaoua. Gnaoua Festival Tour. Essaouira. Crédit: A3 Com


Les cinq sens de l’être humain sont conviés à ce spectacle inédit, accentué par l’effet des costumes colorés et brodés des maîtres gnaoui, qui deviennent plus aigus et plus vifs, pris en filature par les sons du guembri fusionné à la flûte et aux cordes de la guitare.


Ce flottement émotionnel, ne fait que réitérer la place de choix du Festival gnaoua, dans le rayonnement international d’une des multiples facettes de la riche culture séculaire du Royaume.


« Culture-Power », thème central du Forum du Gnaoua Festival Tour

Espace de débats et d’échanges entre des intervenants nationaux et internationaux sur les problématiques actuelles des sociétés, le Forum du Festival est revenu pour cette édition sous la forme d’une table-ronde à l’occasion du lancement du Gnaoua Festival Tour à Essaouira. Cette conférence a mis l’accent sur l’importance du soft-power culturel et son rôle dans le rayonnement international du Royaume.


Tenue à l’occasion du Gnaoua Festival Tour, cette rencontre culturelle a connu la participation de l’ambassadeur de la république de la Corée du Sud au Maroc, Keeyong Chung, du journaliste-écrivain et président de la Confrérie des Compagnons de Gutenberg-Maroc, Khalil Hachimi Idrissi, de la directrice de publication du magazine Diptyk, Meryem Sebti et de l’ancien député français, Julien Dray.


Festival Gnaoua. Gnaoua Festival Tour. Essaouira. Crédit: A3 Com


Les intervenants ont discuté du rôle crucial de la culture dans le rayonnement d’une nation pour se frayer un chemin parmi les grandes puissances, ainsi que du rôle des pouvoirs publics dans la pérennisation de cette « soft-influence ».


« Le Festival Gnaoua est un événement avant-gardiste et un pari très audacieux qui a réussi à engager une transformation profonde de la ville d’Essaouira », a indiqué Neila Tazi, lors de cette table-ronde tenue en présence d’un public avisé, dont le président du Conseil de la communauté marocaine à l’étranger (CCME), Driss El Yazami.


Festival Gnaoua. Gnaoua Festival Tour. Essaouira. Crédit: A3 Com


Exprimant sa joie de retrouver l’esprit du festival gnaoui après une interruption involontaire en raison de la pandémie du coronavirus, Neila Tazi a rappelé que cette édition spéciale itinérante, qui a été montée en trois mois, a redonné souffle aux rythmes de Mogador, grandement impactés par la crise sanitaire.


Pour sa part, Hachimi Idrissi a abordé la question de la convergence entre les actions public-privé dans la promotion du soft-power, la pérennisation de l’action culturelle et la mise en place d’une « conscience collective » quant à l’urgence de la question culturelle.


Festival Gnaoua. Gnaoua Festival Tour. Essaouira. Crédit: A3 Com


Il a en outre relevé qu’une riche culture, diversifiée, profonde et séculaire à l’instar du Maroc, forme une légitimité historique capable de propulser le pays au-devant de la scène internationale.


« L’action culturelle au Maroc est principalement portée par des initiatives individuelles, qui sont douloureuses », a-t-il déploré, attirant l’attention sur la nécessité d’une pérennisation de l’action culturelle par l’intervention des pouvoirs publics. « Une réelle émulation régionale peut être un levier formidable pour la culture et mettre en avant de vrais plans d’action dans le domaine, pour avoir un apport culturel dans toutes les régions durant toute l’année, ainsi qu’une politique portée par les régions », a-t-il insisté.


Festival Gnaoua. Gnaoua Festival Tour. Essaouira. Crédit: A3 Com


De son côté, Meryem Sebti a signalé qu’une nouvelle dynamique culturelle a été enclenchée au Maroc et dans le continent africain, à la faveur d’événements comme le festival Gnaoua des musiques du monde qui a fait une double page dans le New York Times et qui a eu une place dans le magazine Les Inrocks.


Évoquant la place de l’art contemporain comme levier de la force culturelle d’un pays, Sebti a donné l’exemple des Biennales de Dakar, de Venise et de Rabat.


Festival Gnaoua. Gnaoua Festival Tour. Essaouira. Crédit: A3 Com


Elle a en outre mis l’accent sur l’opportunité qu’offre l’action culturelle, notamment celle liée à l’art contemporain, dans la création d’un marché d’art capable d’embrasser un public très important, par la culture et l’économie d’achat. Chung a par ailleurs présenté l’exemple réussi du soft-power coréen notamment par les Prix raflés à l’occasion des grands festivals du monde dont Cannes, ainsi que l’engouement d’un jeune public international pour la K-pop, célèbre à travers le boys-band BTS.


L’ancien maire français, Julien Dray a, de son côté, rappelé que le soft-power culturel permet l’échange des savoirs entre les individus ainsi que le rayonnement des nations.


Il a également affirmé que le Maroc, de par la richesse de son patrimoine immatériel, détient un énorme potentiel apte à porter au plus haut les expressions créatives et mettre en place une réelle diplomatie culturelle.

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