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15.12.2015 à 15 H 01 • Mis à jour le 20.04.2021 à 14 H 18
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Auctions Le Maroc rate un miraculeux deuxième Juba II

Aussitôt révélé, aussitôt vendu. Un buste en marbre de Juba II est parti pour une « misère », dans l'indifférence coupable de l'État et des collectionneurs marocains.

On ne lui connaissait qu'un seul visage : le fameux buste en bronze qu'abrite le Musée archéologique de Rabat. Un très beau bronze en vérité. Représentant un beau jeune homme, aux lèvres ourlées et aux cheveux bouclés, ceints du bandeau royal. La facture, hellénistique – donc idéalisée –, n'en dissimule néanmoins point les traits, manifestement berbères, du modèle.


La majorité des spécialistes ont reconnu en l'objet une représentation de Juba II, roi de Numidie --qui deviendra la Maurétanie--, ayant régné entre 25 av JC et 25. Un royaume s'étendant sur l'actuel Maroc du nord, avec une extension vers l'ouest de l'actuelle Algérie.


Le buste en marbre de Juba II, vu sous différents angles. Il est parti, dimanche 13 décembre,
à 940 000 euros, acquis par un particulier français.


Juba II s'était choisi comme capitale principale, Caesarae, actuelle Cherchell en Algérie. Volubilis était sa cité privilégiée de villégiature. C'est à Volubilis qu'a été trouvé le fameux buste. Le Maroc en a fait une effigie, destinée à illustrer l'ancienneté du fait royal sur cette terre, forcément bénie des dieux.


Et, ne voilà-t-il pas que l'on découvre « subitement-soudain », un second buste, en marbre cette fois-ci, représentant ce même Juba II !


Très ressemblant au premier, ce second buste est également d'une belle facture hellénistique. Trouvé – on ne sait quand ni par qui – sur le site de Tipasa, en Algérie, il a surgi dernièrement, fort miraculeusement, sur le catalogue de l'hôtel Drouot.


La pièce est partie, dimanche dernier, à 940 000 euros. L'acheteur est un particulier français, ayant requis l'anonymat, comme c'est souvent le cas.


940 000 euros est une somme modeste, au vu de la beauté de l'objet, de l'importance du personnage pour notre région, de la rareté de ses représentations – hormis le buste en bronze et un buste en marbre abimé exposé au Louvre, nous ne lui connaissions qu'un certain profil, figurant sur quelques rares pièces de monnaie.


Le buste en bronze de Juba II qu'on peut admirer au Musée archéologique de Rabat,
dont il est une pièce maîtresse.


Question : l'État marocain n'aurait-il pu acquérir une telle pièce pour nos musées ? Encore aurait-il fallu qu'il possède un fonds d'acquisition, affecté à cela. Ce n'est, évidemment, pas le cas.


Autre question : un collectionneur marocain, ou encore une fondation privée nationale, n'auraient-ils pu y aller ? Aziz Aouadi*, marchand d'art et mécène nous dit : « Dès que j'ai su, j'ai pris l'avion de 7h du matin pour assister à la vente. J'ai passé un tas de coups de fils, pour essayer de mobiliser les uns et les autres, en vain ! Tout ce que j'ai pu faire est de toucher de mes mains ce patrimoine incroyable. Je ne crois pas qu'un autre Juba II puisse surgir demain... »


940 000 euros, c'est moins que le cachet d'une des innombrables stars internationales se produisant à Mawazine. Comment se fait-il, donc, que personne n'ait réagi ? « Les collectionneurs marocains sont prêts à débourser des sommes autrement plus conséquentes pour un Majorelle. Pour eux, un tableau a une véritable valeur marchande. Un buste, en marbre, de Juba II, c'est du patrimoine. Soit ils l'offrent à l'État, soit au roi ! »


Mais qui est, donc, ce Juba II ? Allié de Rome, ce roi numide n'en disposait pas moins d'une réelle autorité sur son territoire. Preuve en est qu'il frappait monnaie à son effigie, signe indiscutable, alors, de royauté.

Une des rares autres représentations de Juba II est son profil gravé sur
les pièces de monnaie qu'il frappait.



Cet Amazigh, fils de roi amazigh, n'est pas un inconnu de la grande Histoire, loin s'en faut. Arrière petit-fils de Massinissa et petit-neveu de Jugurtha, il est fait captif, enfant, après la défaite de son père Juba Ier, par Rome.


Élevé dans la capitale de l'Empire, chez Calpurnia, épouse de César, il recevra l'éducation la plus complète : Ovide, Lucrèce, Horace, …, seront ses précepteurs.


Le futur Juba II est un guerrier accompli qui s'illustrera dans moult batailles, aux côtés d'Octave – lequel l'en remerciera, une fois sur le trône, en lui rendant sa Numidie.


Juba II a épousé Cléopâtre Séléné, fille de la grande Cléopâtre et de Marc-Antoine. Ensemble, ils constitueront une des cours les plus raffinées de la Méditerranée.



Cléopâtre Séléné, épouse de Juba II, a régné sur le pays après sa mort. Elle est une des rares femmes
à avoir son effigie sur une pièce de monnaie.


En plus d'être le grand guerrier et le fin esthète qu'il était, Juba II fut un savant reconnu par ses pairs de son vivant. Ses ouvrages de voyages et de botanique ont été largement commentés et repris par l'élite latine, bien qu'il écrivait en grec, comme cela se faisait souvent chez les lettrés de l'époque.


Après sa mort, son épouse lui a succédé. Cléopâtre Séléné est l'une des rares femmes de l'Antiquité à avoir moulé son effigie sur des pièces de monnaie. Leur enfant, Ptolomée, sera assassiné par le cruel Caligula.


Ainsi se termina l'amorce d'une dynastie amazigho-gréco-égyptienne qui aurait, autrement – qui sait ? – , peut-être changé la face de l'Histoire du Maroc.


A quand, une véritable politique patrimoniale au Maroc ? Créer une Fondation des musées, c'est bien, mais avec quel budget, et pour quel objectif ?


*Aziz Aouadi est par ailleurs actionnaire de Pulse Media,
société éditrice du Desk

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