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12.09.2025 à 19 H 20 • Mis à jour le 12.09.2025 à 19 H 36 • Temps de lecture : 3 minutes
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Biologie Le papillon bleu de l’Atlas marocain détient le record mondial du nombre de chromosomes

Dans les montagnes de l’Atlas, un papillon endémique du Maroc vient d’entrer dans l’histoire de la biologie : avec 229 paires de chromosomes, Polyommatus atlantica détient le record mondial chez les animaux diploïdes. Son génome, récemment séquencé, révèle une fragmentation spectaculaire des autosomes, offrant un aperçu unique sur les contraintes qui façonnent l’évolution chromosomique

C’est au cœur des montagnes de l’Atlas marocain que vit un papillon unique au monde, Polyommatus atlantica, également appelé Azuré de l'Atlas, désormais consacré recordman du nombre de chromosomes chez les animaux diploïdes. Avec 229 paires de chromosomes, cette espèce endémique du Maroc fascine les chercheurs. Une équipe du Wellcome Sanger Institute (Cambridge) et de l’Institut de Biologia Evolutiva (Barcelone) vient de publier dans Current Biology le premier assemblage complet de son génome. Les scientifiques révèlent que ce caryotype exceptionnel est le produit d’une fragmentation massive et récente des autosomes, tandis que les chromosomes sexuels sont restés intacts, apportant un éclairage inédit sur les contraintes qui gouvernent l’évolution du génome.


Un patrimoine génétique exceptionnel 

La plupart des papillons et des mites possèdent entre 31 et 32 chromosomes, mais Polyommatus atlantica, qui peuple les prairies d’altitude de l’Atlas, en possède 10 fois plus. Les chercheurs ont séquencé le génome d’une femelle hétérogamétique en utilisant des technologies de pointe (PacBio HiFi et Hi-C), aboutissant à un assemblage de 695 Mb répartis sur 231 chromosomes. Les 227 autosomes, exceptionnellement petits (2,36 Mb en moyenne), proviennent de la fragmentation des 24 autosomes ancestraux. La taille homogène de ces chromosomes laisse penser qu’ils représentent le minimum requis pour une ségrégation correcte lors de la méiose, confirmant l’existence de contraintes mécaniques sur l’évolution chromosomique.


Les chercheurs ont identifié deux chromosomes Z et deux chromosomes W. Le premier Z (Z1) est une fusion entre le chromosome sexuel ancestral et un autosome, tandis que le second (Z2) est un néo-Z issu de l’acquisition d’un autosome entier et d’un fragment d’un autre. Fait marquant : ces chromosomes sexuels n’ont pas subi de fragmentation, ce qui suggère que les cassures y seraient fortement délétères. Cette stabilité témoigne de la nécessité de conserver l’intégrité des gènes impliqués dans la détermination sexuelle, une contrainte qui dépasse le seul cas de ce papillon marocain.


Un atout évolutif pour la biodiversité marocaine ?

Autre découverte frappante : la présence de nombreuses répétitions télomériques internes ([TTAGG]n), absentes chez les espèces proches non soumises à de tels réarrangements. Ces séquences pourraient avoir facilité la viabilité des fragments chromosomiques en leur fournissant des « capuchons » protecteurs. Plus de la moitié des extrémités chromosomiques portent de telles répétitions, et 167 chromosomes en contiennent au cœur même de leur séquence, ce qui témoigne de l’ampleur et de la rapidité du phénomène.


Pour les biologistes de l’évolution, l’intérêt de cette découverte va au-delà de la simple curiosité scientifique. L’augmentation du nombre de chromosomes accroît le taux de recombinaison et pourrait accélérer l’adaptation des populations aux conditions climatiques et écologiques de l’Atlas, un écosystème particulièrement sensible au changement climatique. Mais les chercheurs préviennent : sur le temps long, les lignées présentant de fortes réorganisations chromosomiques semblent souvent disparaître plus vite, ce qui pose la question de la pérennité de cette singularité génétique.

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