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23.01.2024 à 17 H 03 • Mis à jour le 23.01.2024 à 17 H 03 • Temps de lecture : 5 minutes
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Paléontologie Les empreintes de pas humaines les plus anciennes en Afrique du Nord découvertes à Larache

Les empreintes de pas les plus anciennes en Afrique du Nord ont été retrouvées à Larache. Cette découverte « unique » met non seulement la lumière sur l'évolution des Homo sapiens au Maroc, mais aussi permettrait d'éclairer différentes facettes de la vie des premiers humains 

Les empreintes de pas les plus anciennes d’Homo sapiens en Afrique du Nord ont été découvertes à Larache. Au total, 85 empreintes humaines ont été identifiées par un groupe de chercheurs dirigé par Mouncef Sedrati, enseignant-chercheur au laboratoire Géosciences Océan, de l'Université Bretagne Sud à Vannes. Les résultats de leur découverte ont été publiées ce 23 janvier à la revue Scientific Reports, portée par le Nature Publishing Group.


« En 2022, au cours d'une mission sur le terrain dans le cadre d'un projet de recherche sur l'origine et la dynamique des galets côtiers qui jonchent cette côte rocheuse du nord-ouest du Maroc, nous avons identifié de nouvelles empreintes de pas d'hominines (groupe auquel appartiennent les homo sapiens, ndlr) sur une plage rocheuse à Larache (nord-ouest du Maroc) », précisent les auteurs de l’étude.


Des humains ayant vécu il y a plus de 90 000 ans

L’enquête géologique et une datation par luminescence stimulée optiquement d’un échantillon rocheux extrait du site où les empreintes ont été identifiées situent le moment de leur formation à l’époque géologique du Pléistocène tardif. Plus précisément, les chercheurs estiment que les empreintes remontent à 90 300 ans, avec une incertitude de 7 600 ans plus tôt ou plus tard. Cela fait de ces empreintes les plus anciennes traces de pieds d’humains retrouvées en Afrique du Nord, comme le soulignent ces chercheurs.


L’analyse des empreintes de pas en question a permis de mettre en lumière les caractéristique physiologiques de ces homo sapiens, révélant que ces traces ont été laissées par un groupe d’individus de différentes tranches d’âge et de différents sexes.  La longueur a été mesurée pour 81 des empreintes, détaillent les chercheurs.  Celle-ci, varie de 12,7 à 30,0 cm, ce qui indique que les empreintes de pas correspondent à des individus de tailles estimées entre 120,8 et 189 cm, avec la plupart d’entre elles supposées appartenir à des individus d’une taille estimée supérieure à 140 cm. « Ces longueurs correspondent aux trois classes d’âge : enfants, adolescents et adultes », soulignent-ils, précisant que 31 de ces empreintes sont attribuées à des enfants, 26 à des adolescents et 24 à des adultes. Cette répartition peut varier, le modèle utilisé pour estimer les classes d'âge comportant certaines incertitudes basées sur la longueur moyenne du pied pour chaque âge.


Par ailleurs, les chercheurs estiment que les 81 empreintes de pas mesurées correspondent à au moins 5 individus. « Parmi ce minimum de 5 individus, il y a un jeune enfant (entre 1 et 4 ans), un enfant plus âgé (entre 4 et 8 ans), un adolescent ou un petit adulte (148,8–161,8 cm), un adulte de taille moyenne (162,9–175,9 cm) et un adulte grand (176,2–189,0 cm) qui est probablement de sexe masculin en se basant sur le dimorphisme sexuel de la taille connu chez Homo sapiens fossile et actuel », expliquent-ils.


Ce qu’en disent les empreintes de ces humains sur leur vie

Les empreintes de pieds retrouvées à Larache laissent penser qu’un groupe social plus large occupait cette zone. « La composition reflétée par les empreintes de pas n'est pas nécessairement celle de l'ensemble du groupe social qui occupait la zone. Seule une partie du groupe social peut être présente, car la réalisation de certaines tâches a peut-être conduit à la sélection d'individus », précisent les chercheurs.  En étudiant ces empreintes de pas, cette équipe de scientifiques a donc tenté de répondre à une question clé : que faisaient ces individus sur le site ? La réponse pouvant éclairer certains aspects de la vie de ces humains ayant occupé il y a plus de 90 000 ans cette région du Maroc.


Aucune structure d'occupation n'ayant été trouvée à proximité, « ce site pourrait correspondre à un passage et/ou à un site de recherche de nourriture », indiquent-ils. Étant donné que les Homo sapiens du Pléistocène étaient des chasseurs-cueilleurs, les individus en question auraient laissé les empreintes de pas alors qu’ils cherchaient probablement de la nourriture. «  De nombreuses découvertes archéologiques, en particulier au Maroc et notamment dans la région de Rabat-Temara, ont montré l'importance des zones côtières pour l'accès aux ressources, que ce soit des matières premières, des proies ou même des plantes », explique-t-on. Plus spécifiquement, les chercheurs supposent que ces individus étaient engagés dans une activité de pêche « l'orientation préférentielle des empreintes de pas de Larache vers le large pourrait peut-être indiquer la recherche de ressources marines ».


Un autre élément révélé par l’étude des empreintes intrigue également ces chercheurs : la présence d’enfants dans le groupe. « La présence de jeunes enfants, à Larache, contribuant peut-être à la recherche de ces ressources, pourrait fournir des informations uniques sur le comportement social des populations d'Homo sapiens du Pléistocène. Cependant, des études supplémentaires seront nécessaires pour valider cette hypothèse », notent-ils.


Quelle importance pour une telle découverte ?

Pour ces chercheurs, cette découverte revêt une grande importance. Déjà, il s’agit des empreintes de pas les plus anciennes retrouvées en Afrique du Nord, mais aussi de certaines des plus anciennes dans le monde entier. « D'un point de vue ichnologique, les empreintes de Larache représentent une découverte importante. En effet, aucun autre site en Afrique du Nord n'a livré d'empreintes datant du Pléistocène ou du Pliocène », soulignent les chercheurs. Le site de Larache est également important en raison du nombre d'empreintes qui ont été découvertes. « En effet, l'assemblage ichnologique, comprenant 85 empreintes, est important. La plupart des sites, y compris ceux mentionnés ci-dessus, ont livré, dans le meilleur des cas, moins d'une dizaine d'empreintes », ajoute-t-on.


Deuxièmement, l’importance de cette découverte s’explique aussi par le fait qu’elle porte sur des empreintes de pas, qui représentent un « vestige significatif » fournissant des informations directes sur les individus qui les ont laissées. « Les empreintes de pas représentent des instantanés de la vie et fournissent des informations directes sur les caractéristiques biologiques (taille, âge, masse corporelle), biomécaniques (vitesse, démarche) et comportementales des groupes d'Homo sapiens  », indique la même source.


En outre, « la découverte des empreintes de Larache constitue une preuve supplémentaire de l'importance de l'Afrique du Nord, et de la région marocaine en particulier, au cours de l'évolution des Homo sapiens », indiquent-ils. Alors que l’Afrique du Nord est occupée par les humains depuis au moins 2,4 millions d’années, c’est au Maroc que les plus anciens restes des Homo sapiens ont été trouvés : les fossiles de Jebel Irhoud datant de 315 000 ans. Alors que les restes fossiles témoignent de la présence des humains sur les côtes atlantiques et méditerranéennes pendant les périodes les plus récentes, la poursuite des recherches dans au Maroc et dans la région devrait sans doute jeter plus de lumière sur les origines, le mode de vie, ainsi que sur l’évolution de notre espèce humaine.

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