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15.01.2026 à 15 H 12 • Mis à jour le 15.01.2026 à 15 H 12 • Temps de lecture : 4 minutes
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Biodiversité Les espèces invasives coûtent des milliards au Maroc : une menace économique sous-estimée

Une étude scientifique révèle pour la première fois l'ampleur des dégâts causés par les invasions biologiques dans le royaume

Les espèces invasives représentent une facture colossale pour l'économie marocaine. Selon une étude publiée dans Scientific Reports de la revue Nature, ces organismes étrangers pourraient coûter entre 1,14 et 5,13 milliards de dollars (MM $) annuellement au pays. Un chiffre qui place le Maroc parmi les nations les plus touchées du continent africain.


343 espèces envahissantes identifiées

L'équipe de chercheurs, menée par Jazila El Jamaai de l'Université Abdelmalek Essaadi de Tétouan, a recensé 343 espèces invasives établies sur le territoire marocain, soit environ 1,11 % de la biodiversité nationale. Parmi elles, les plantes dominent largement avec des espèces comme le tabac glauque (Nicotiana glauca), présent sur 288 sites, ou le ricin (Ricinus communis), observé à 211 endroits.


Les insectes ravageurs figurent parmi les plus coûteux. La cochenille Phenacoccus madeirensis représente à elle seule près de 870 millions de dollars (M $) de pertes estimées, principalement dans les cultures de coton. Le carpocapse des pommes (Cydia pomonella) et la mouche méditerranéenne des fruits (Ceratitis capitata) complètent ce trio destructeur pour l'agriculture.


Répartition géographique des coûts ajustés estimés au Maroc (en millions de dollars US en 2017) et occurrence des dix espèces exotiques envahissantes les plus coûteuses. Les abréviations des régions sur la carte sont les suivantes : BK Beni Mellal-Khénifra ; CS Casablanca-Settat ; DO Dakhla-Oued Eddahab ; DT Draa-Tafilalet ; FM Fès-Meknès ; GO Guelmim-Oued Noun ; LS Laâyoune-Sakia El Hamra ; MS Marrakech-Safi ; OR Oriental ; RK Rabat-Salé-Kénitra ; SM Souss-Massa ; TTA Tanger-Tétouan-Al Hoceima. Les teintes plus foncées indiquent les zones où les coûts économiques sont plus élevés. Les cercles verts représentent les occurrences des dix espèces exotiques envahissantes les plus coûteuses, le volume des cercles bleu clair étant proportionnel à leur coût relatif. Les données d’occurrence proviennent du GBIF. Cartes créées avec ArcGIS Desktop 10.8.Répartition géographique des coûts ajustés estimés au Maroc (en millions de dollars US en 2017) et occurrence des dix espèces exotiques envahissantes les plus coûteuses. Les abréviations des régions sur la carte sont les suivantes : BK Beni Mellal-Khénifra ; CS Casablanca-Settat ; DO Dakhla-Oued Eddahab ; DT Draa-Tafilalet ; FM Fès-Meknès ; GO Guelmim-Oued Noun ; LS Laâyoune-Sakia El Hamra ; MS Marrakech-Safi ; OR Oriental ; RK Rabat-Salé-Kénitra ; SM Souss-Massa ; TTA Tanger-Tétouan-Al Hoceima. Les teintes plus foncées indiquent les zones où les coûts économiques sont plus élevés. Les cercles verts représentent les occurrences des dix espèces exotiques envahissantes les plus coûteuses, le volume des cercles bleu clair étant proportionnel à leur coût relatif. Les données d’occurrence proviennent du GBIF. Cartes créées avec ArcGIS Desktop 10.8. Source : Scientific Reports / Nature


L'agriculture en première ligne

Le secteur agricole supporte l'essentiel des coûts. Dans un pays où l'agriculture contribue à 13-15 % du PIB et emploie près d'un tiers de la population active, ces pertes prennent une dimension critique. Les insectes phytophages menacent directement la sécurité alimentaire et les exportations de fruits et céréales, piliers de l'économie rurale.


Côté santé publique, le moustique tigre (Aedes albopictus), vecteur de la dengue et du chikungunya, génère des coûts médicaux estimés à 22 M $. Le rat brun (Rattus norvegicus) dépasse quant à lui les 190 M $ en dommages sanitaires et infrastructurels.


Des régions inégalement touchées

La répartition géographique des coûts révèle des disparités marquées. Marrakech-Safi arrive en tête avec 335 M $, suivi de Casablanca-Settat (192 M $) et Rabat-Salé-Kénitra (122 M $). Les grandes métropoles, les zones côtières et les hubs commerciaux concentrent logiquement les risques, leurs ports servant de portes d'entrée aux espèces exotiques.


Un signal d'alarme pour les décideurs

Les auteurs soulignent un déséquilibre préoccupant : les coûts des dégâts dépassent de un à deux ordres de grandeur les investissements en gestion et prévention. Or, la littérature scientifique démontre que la prévention et la détection précoce s'avèrent bien plus rentables que les interventions tardives.


L'étude appelle à une coordination renforcée entre les différents services concernés, actuellement dispersés entre plusieurs structures institutionnelles. Elle plaide également pour un meilleur suivi des voies d'introduction et une collaboration internationale accrue, le Maroc constituant une passerelle naturelle entre l'Afrique et l'Europe via le détroit de Gibraltar.


Face à l'intensification des échanges commerciaux et aux effets du changement climatique, ces chiffres, probablement sous-estimés faute de données locales suffisantes, constituent un premier pas vers une prise de conscience nécessaire.

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