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13.11.2022 à 22 H 58 • Mis à jour le 14.11.2022 à 07 H 49 • Temps de lecture : 8 minutes
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Festival Melita Toscan du Plantier: « Échanger et rencontrer, c’est ce qui fait la particularité du FIFM »

Le temps d'un dialogue, Melita Toscan du Plantier revient pour Le Desk sur le retour du Festival du Film International de Marrakech, après deux années d'absence. Elle relate les moments de doute, d'incertitude comme de passion qui ont permis la tenue de cette 19ème édition.

Deux années d'absence et un coup de froid pour le cinéma, au Maroc comme ailleurs. Après des doutes et des questionnements, le Festival International du Film de Marrakech est finalement de retour pour sa 19ème édition. Melita Toscan du Plantier, conseillère du président de la Fondation du FIFM et une des chevilles ouvrières du festival, a accepté pour Le Desk, de revenir sur les derniers mois de préparation du festival, comme sur ce qui fait aujourd'hui la particularité du rendez-vous phare de la ville ocre. Interview


Après une parenthèse de deux ans, le Festival international du film de Marrakech est de retour. Il boucle cette année sa 19ème édition. Comment êtes-vous revenus après deux années blanches ? Quelle ambiance pour ce come-back ?

La préparation de ce Festival a été un peu étrange. Il a fallu pendant deux ans rappeler tout le monde et rassurer les gens sur le fait que ça allait bien avoir lieu. Après deux années de Covid-19, certaines personnes pensaient qu’on ne reviendrait pas.


Pour l’organisation, vu que le travail démarre des mois à l’avance, on a même eu cette petite peur au ventre et un petit doute. On se disait qu’il y aurait peut-être un virus ou un nouveau variant qui nous empêcherait de le faire.


C’était un peu compliqué, des gens hésitaient parfois à nous répondre. On nous disait qu’il fallait attendre de voir ce qui va se passer. Tout s’est finalement déclenché très vite à partir des mois de juin et juillet.


J’ai retrouvé l’adrénaline et ma passion. Petit à petit, elle est revenue très forte et presque encore plus parce qu’il y a eu ces deux années blanches. J’ai retrouvé cette excitation de la première édition, quand j’ai dû me battre après les attentats du 11 septembre pour convaincre les gens de venir malgré la peur de prendre l’avion…


Cet enthousiasme, vous l’avez ressenti au sein de l’équipe, des professionnels du cinéma et des invités ?

Je ne les ai pas encore tous vu, mais ceux avec lesquels je travaille de près et ceux que j’ai pu rencontrer et saluer sont tous très heureux et la ferveur du public aussi est là. Moi j’avais envie de revoir le sourire des Marrakchis sur la place Jamaa El Fna et dans les salles. C’était inouï de voir cette foule qui est complètement en liesse avec le festival et avec les invités. De leur ramener un peu de rêve et un peu de joie. C’est fascinant de transmettre ça.


Melita Toscan du Plantier. Crédit: Mustapha Razi / Le Desk


Qu’est-ce que le festival de Marrakech a de particulier, dans un contexte où des festivals du film ont bourgeonné dans le monde arabe (Red Sea Film Festival à titre d’exemple) ?

Certains paient les stars pour venir, ce que nous ne faisons pas. En 22 ans, il n’y a pas eu une seule fois où on a payé quelqu’un, que ce soit un acteur ou un réalisateur, pour venir donner une leçon de cinéma. On les accueille dans de beaux endroits mais on ne les paie pas.


Le Festival du Caire est plus ancien que nous et très respecté mais on n’est pas en concurrence, chacun a sa spécificité. Concernant notre festival, vous imaginez bien que si la qualité des films n’était pas là, des metteurs en scène du niveau de Martin Scorsese, James Gray ou Francis Ford Coppola ne reviendraient pas et n’accoleraient pas leur nom à cet évènement.


La qualité a toujours été là bien sûr, et ce qui attire aussi les réalisateurs à Marrakech, c’est le fait de pouvoir prendre son temps. Pour eux ça veut dire beaucoup. Imaginez que quand ils sont à Cannes, Venise ou Berlin, il est question de festivals commerciaux et donc très importants pour la vente de leurs films. Ils n’ont de ce fait pas beaucoup de temps pour converser. À Marrakech, on n’a pas d’enjeu commercial pour plusieurs raisons : on n’a pas encore de réel marché du film, on arrive en fin d’année, etc. On a quelques films inédits mais tous les films ne sont pas en avant-première. Les gens viennent donc surtout pour échanger.


Quand Scorsese est venu ici, il pouvait passer des heures à discuter avec d’autres réalisateurs et des amis avec lesquels il n’a pas le temps de le faire à Cannes ou ailleurs. C’est très important d’avoir cet échange avec les professionnels marocains aussi, et de pouvoir rencontrer des producteurs internationaux, des financiers comme Canal + et Arte, qui peuvent aussi co-produire leurs films.


Échanger et rencontrer, c’est ce qui fait la particularité du FIFM


Mélita Toscan Du Plantier, conseillère du Président de La Fondation en compagnie de Ali Hajji, coordinateur général et Rémi Bonhomme; directeur artistique du FIFM. Crédit: Le Desk


L’échange d’expérience c’est aussi le propre des Ateliers de l’Atlas…

Les Ateliers de l’Atlas permettent ça aussi, d’aider de jeunes réalisateurs à trouver des financements mais pas que. On leur apprend aussi à vendre leur film pour pouvoir trouver des financements. Il faut se démarquer et pour ça il faut être très bons, savoir vendre son film et se préparer. Ils rencontrent des professionnels du monde entier qui viennent leur donner des cours. La plupart des films qui sont sortis des Ateliers de l’Atlas ont été dans des sélections à Cannes et dans de grands festivals. C’est aussi une fierté pour nous.


« Pinocchio » de Guillermo del Toro a été projeté à la cérémonie d’ouverture, c’est un très beau film mais aussi et surtout un choix audacieux pour une ouverture de festival…


C’est une avant-première dans toute la région. Le film n’a été montré que dans un festival à Lyon, même pas partout en France, et à Londres. Il sortira sur Netflix en décembre. C’est une belle avant-première. Avec le comité de sélection, on a été heureux de voir ce film.


Guillermo n'est venu qu'une fois et devait rester quatre jours pour faire une leçon de cinéma. Il a adoré le Maroc. D’ailleurs, il reviendra en tant que président de jury dans de prochaines éditions. Malheureusement, il n’a pas pu venir cette année, pour deux raisons : il a perdu sa maman d’une part et son film va sortir en salles aux États-Unis pour pouvoir être éligible aux Oscars. Il faut donc beaucoup de promotion pour la course.


Il y a eu un débat à la conférence de presse du jury sur la coexistence entre grands et petits écrans et la place de Netflix dans cet écosystème. Netflix est partenaire du Festival dans un contexte où la fréquentation des cinémas est en baisse. Vous en pensez quoi ?

J’ai beaucoup aimé la réponse de Paolo Sorrentino qui a dit que c’est très bien que Netflix existe et que les plateformes existent aussi. Il a ajouté qu’il l’a fait une seule fois (réaliser un film pour Netflix) et qu’il ne le referait pas. Netflix produit tellement de contenus, beaucoup de séries aussi, forcément la qualité n’est toujours pas au rendez-vous, selon lui. Il a raison aussi quand il dit que les grands réalisateurs continuent à produire en toute liberté pour le grand écran. Je pense que les deux peuvent coexister et qu’il y aura toujours un public qui voudra aller voir les films en salle. Voir un film au cinéma c’est quand même autre chose que de le voir sur un ordinateur ou une télévision, l’expérience n’est pas la même. Les deux peuvent coexister. Ces deux années de Covid ont fait du tort aux salles de cinéma certes, mais je ne crois pas que le cinéma soit mort comme certains le pensent. Les réalisateurs résistent et continuent de faire du cinéma pour le grand public.


Quels sont les noms qui incarnent le cinéma marocain actuellement et quels sont vos coups de cœur ?

Je n’ai pas le droit de dire ça mais le film de Maryam Touzani m’a bouleversé, c’est le seul film marocain en compétition. Je pense que Maryam a un grand avenir. Nabil Ayouch fait toujours de bons films, Faouzi Bensaidi, Hicham Ayouch. Cette année nous avons beaucoup de films marocains dont de nouveaux films, à titre d’exemple Yasmine Benkirane avec son film « Reines » (Queens)...


C’est un film incroyable, cette jeune fille l’avait présenté aux Ateliers de l’Atlas l’année dernière. On est fiers de montrer son film cette année. Elle a un potentiel incroyable et j’espère qu’il y aura de plus en plus de femmes parmi ces jeunes qu’on retrouve aux leçons de cinéma et en salle, car ça fait plaisir. Ça nous plaisir aussi d’honorer Farida Belyazid parce que c’est une pionnière. Elle était là en 2001 et mon mari l’aimait beaucoup. Je suis très touchée qu’elle soit honorée cette année.

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