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14.01.2016 à 13 H 59 • Mis à jour le 24.07.2016 à 21 H 39
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Parution Par sa méconnaissance du passé, El Khalfi insulte la science et l’avenir

L’équivalent de la miniature que le ministre de la Communication a prétexté pour interdire le hors-série de « Sciences et avenir » figure à l’intérieur de tous les livres d’art islamique. Faut-il tous les brûler ?

Le Desk a pu se procurer une version PDF du dernier hors-série de Sciences et avenir, dont la vente, au Maroc, a été récemment interdite par notre ministre de la Communication.


J’ai lu l’objet du délit d’une traite. Dense, passionnant, savant, pluridisciplinaire. Des signatures pointues, tout à fait reconnues (Yves coppens, Luc Ferry, Nabil Mouline,…), n’ayant jamais fait l’objet de la moindre polémique, y cohabitent pour notre plus grand bonheur de lecteur avide de connaissance.


Réunis sous l’intitulé général de Dieu et la science, une série de dossiers y traitent de sujets philosophiques, scientifiques et éthiques aussi variés que liés, aussi actuels qu’essentiels : l’origine de l’Univers, celle des textes sacrés, de la théorie du Big Bang, celle du Big Data, etc. Vous saviez, vous, qu’il y avait une étroite corrélation entre la composition du génome, les nanotechnologies, le rat-taupe nu d’Afrique et les actuelles recherches sur la longévité de l’être humain ? Pas moi. Je l’ai appris dans ce numéro, dont pas une ligne, pas une affirmation n’est susceptible de choquer les Marocains musulmans que nous sommes censés être. Sauf à estimer que la défense du darwinisme contre le créationnisme relève du blasphème !


Dans ce numéro, rien n'est susceptible de choquer les Marocains musulmans que nous sommes censés être. Sauf à estimer que la défense du darwinisme relève du blasphème. COURTESY SCIENCES ET AVENIR

Le mot est lâché. Dans son communiqué, Monsieur Mustapha EL Khalfi justifie son geste liberticide par cette assertion qui ne souffrirait aucune contestation théologique : « Il est hors de question d’autoriser une publication personnifiant Dieu ou son prophète ! »


Sauf qu’à y regarder de près, les images incriminées se révèlent d’une banalité finie. Pour illustrer un article sur la genèse du Coran — par ailleurs tout à fait orthodoxe sur le fond —, un directeur artistique a cru justifié de publier, dans un format modeste, la reproduction d’une miniature turque, signée d’un certain Lutfi Abdullah, mort en 1607 — on ne connait pas l’auteur de la seconde miniature, illisible car publiée en format timbre-poste.

Que voit-on dans la première miniature ?

La représentation, très stylisée, de Sidna Jibril visitant Sidna Mohammad, sur le mont Hira. Comme dans toutes les miniatures dites persanes — même si parfois, elles sont turques ou mogholes —, non seulement le visage du Prophète n’est absolument pas esquissé — laissé en réserve, c’est-à-dire en blanc —, mais sa silhouette — ici, accroupie en position de prière — est enveloppée d’une superbe flamme incandescente stylisée, en rouge et or, selon la codification, très stricte, régissant ce type de production artistique destinées à illustrer des ouvrages de théologie, de Sira ou des recueils de prières.


Ces miniatures représentant — encore une fois, d’une manière très stylisée — le Prophète sont très nombreuses et leur production s’étale sur des siècles. Le ministre qui, manifestement, n’est pas au courant de cette histoire, serait bien avisé de faire un tour des librairies et bibliothèques du pays pour en retirer, systématiquement, les ouvrages traitant de l’art islamique qui en sont truffés et qui restent, jusqu’à preuve du contraire, toujours en vente libre.


Plus simplement, je m’étonne du manque absolu de réaction de Monsieur El Khalfi, lorsqu’au lendemain de l’affaire Charlie, des titres nationaux tels Diptyque, TelQuel et autre Zamane ont publiés, en toute impunité, quantité de ce même type d’image.

« Moïse guidant les Hébreux pour traverser la mer Rouge », miniature d'un livre de prière de 1427. Alors que chez les musulmans, le tabou de la représentation de la figure humaine ne relève que d'une tradition non étayée par les textes, cet interdit est inscrit dans les Tables de la Loi chez les Hébreux. INTERFOTO / LA COLLECTION
Que s’est-il passé entre-temps ?

Quel besoin le ministre avait-il de mettre à l’index une publication savante qui serait, de toute façon, passée totalement inaperçue du grand public marocain, lequel, comme chacun sait, n’est pas particulièrement friand de ce type de littérature ?


Rappelons à notre cher ministre qu’en interdisant, intempestivement, le désormais célèbre Muched Loved, de Nabil Ayouch, il a réussi l’exploit de faire de ce long métrage — qui ne vaut que ce qu’il vaut —, une des cinq meilleures entrées en salles de l’année en France. Une première historique pour un film marocain

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