Festival Rahma Riad et Hussain Al Jassmi, la grandeur du tarab à Casablanca
La scène s’illumine lentement, et Rahma Riad apparaît. Longue silhouette lumineuse, regard intense et voix cristalline, elle impose le silence sans rien demander. Dès les premières notes, l’émotion affleure. Tout chez elle semble habité : le port, les gestes mesurés, les silences entre les mots. Dans un caftan fluide, elle traverse ses chansons comme on traverse une mémoire. Waed Menni, Al Kawkab, Mako Menni… les tubes s’enchaînent, mais ce n’est pas un simple récital : c’est une mise à nu douce, élégante, pudique. Le public la suit, suspendu à ses modulations, à sa façon de faire trembler les voyelles, de briser une phrase au bord du souffle.
La chanteuse ne surjoue rien. Elle laisse l’émotion respirer. Sa voix, limpide, glisse sur les arrangements avec une aisance désarmante. Quand elle chante, un frisson traverse la salle. Il n’y a ni folklore ni calcul : seulement une sincérité rare, une manière de dire l’amour, l’exil, la dignité sans hausser le ton. Dans une ville comme Casablanca, carrefour de toutes les influences arabes et africaines, sa présence prend une valeur symbolique. Elle ne joue pas un rôle : elle incarne cette jeunesse arabe qui rêve encore, malgré les fêlures. Elle se révèle avec Al Kawkab, comme une offrande, et le public, debout, lui répond dans toutes les langues du cœur.
Un hommage inattendu et une ovation
Quelques instants plus tard, la scène s’obscurcit à nouveau. Puis brille de mille éclats de lumière. Hussain Al Jassmi entre sous une ovation. Le public est debout avant même qu’il chante. La star émiratie est ici chez lui, au Maroc, pays qui l’a décoré, écouté, adopté depuis longtemps. Il le sait, et il commence par un hommage vibrant : Ana Jit J’en ai marre, la reprise inattendue, mais parfaitement maîtrisée, du classique de Najat Aâtabou. La foule explose. On chante, on rit, on filme, on pleure parfois. Car Hussain Al Jassmi n’est pas qu’un chanteur : c’est une figure affective. Une voix ample, généreuse, qui dit les choses sans détour. Ses ballades (Wallah Mayiswa, Boshret Kheir, Bassbour Al Fourgakom) sont reprises en chœur, comme des prières joyeuses.
Sur scène, il donne tout. Pas de surenchère, mais une maîtrise impeccable. Il alterne les dialectes, les tempos, les émotions. Le Marocain, l’Égyptien, le Khaleeji : il les traverse avec une aisance qui n’est pas technique, mais humaine. C’est un homme qui sait parler à tous. Sa voix est ronde, chaleureuse, pleine d’un respect sincère pour son public. Il offre Fostanek El-Abyad, son dernier titre, avec une tendresse désarmante. Puis remercie longuement, humblement, avant de conclure sur un medley qui fait lever tout le monde une dernière fois. Il ne reste plus qu’à applaudir, encore, encore.
Mais au-delà des voix, il faut saluer l'autre star de la soirée : l’orchestre. Présents en nombre, les musiciens ont donné au tarab toute sa dimension majestueuse. Cordes frémissantes, percussions ciselées, solos de qanoun et de violon en apesanteur… chaque arrangement a sublimé les interprètes, prenant même parfois le devant. Il y eut des moments de grâce, suspendus, quand le silence du public répondait à une note tenue, à un souffle d’archet. Et d’autres, plus extravertis, où les rythmes s’accéléraient, frôlant la transe. Ce sont ces interludes instrumentaux qui font la grandeur du tarab : ce dialogue permanent entre la voix et les musiciens, entre le sentiment et la technique, entre la retenue et l’abandon.
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