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Saad Hassani (1948-2026).
10.06.2026 à 07 H 47 • Mis à jour le 10.06.2026 à 07 H 47 • Temps de lecture : 4 minutes
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Disparition Saâd Hassani, l’infatigable chercheur de formes, s’est éteint

Figure singulière et autodidacte de la peinture marocaine, Saâd Hassani est mort le 9 juin à Casablanca, à 78 ans. De ses « échiquiers » minéraux aux monumentales « Mouallaqet » d'Asilah, il aura passé six décennies à interroger la forme, refusant les écoles comme les certitudes

La peinture marocaine perd l'une de ses figures les plus singulières. L'artiste Saâd Hassani est décédé le 9 juin à Casablanca, à l'âge de 78 ans. Avec lui disparaît l'un des derniers représentants d'une génération qui a contribué à élargir les frontières de la peinture marocaine tout en refusant les chemins balisés.


Fasciné par Henri Matisse et Paul Klee

Né à Rabat en 1948, Hassani manifeste très tôt une vocation qui ne le quittera jamais. À seulement seize ans, il présente sa première exposition personnelle. Autodidacte, il se forme au gré des rencontres, des lectures et des voyages, développant un regard nourri aussi bien par l'expressionnisme abstrait que par l'héritage de l'École de Paris. Fasciné par Henri Matisse et Paul Klee, il effectue plusieurs séjours à Paris avant de s'installer définitivement à Casablanca en 1972, ville dont la lumière, l'énergie et l'ouverture sur l'Atlantique imprégneront durablement son imaginaire.


La reconnaissance arrive rapidement. Dès les années 1970, il expose régulièrement au Maroc et à l'étranger. En 1980, son travail est présenté à la Fondation Miró de Madrid, une étape importante dans un parcours qui ne cessera ensuite de se déployer entre expérimentation et remise en question permanente.


Une peinture entre apparition et effacement

« Nous perdons l'une des dernières légendes de la peinture au Maroc », estime l'artiste peintre et galeriste Youssef Douieb. « Son travail m'intriguait mais surtout me fascinait.  » Pour lui, l'œuvre de Hassani possédait cette rare capacité à provoquer une émotion immédiate : « Même avant de devenir artiste peintre ou collectionneur, ses peintures me bouleversaient. »


Car l'art de Saâd Hassani échappe aux classifications simples. Sa peinture a constamment navigué entre figuration et abstraction, entre apparition et effacement. La matière y joue un rôle central. Les formes émergent, disparaissent, reviennent autrement. Chaque série semble naître d'un doute nouveau, d'une nécessité de reprendre la recherche là où elle s'était arrêtée.


Le collectionneur Aziz Aouadi souligne ce mouvement incessant : « Ses recherches et son questionnement étaient permanents. » Il ajoute : « Chaque expérience picturale remettait en cause la précédente. »


Parmi les périodes les plus marquantes de son parcours figurent les célèbres « échiquiers », sans doute l'un des ensembles les plus emblématiques de son œuvre. Dans ces compositions construites autour de la figure du damier, les couleurs se raréfient. Gris minéraux, noirs profonds, beiges et nuances pierreuses composent un univers où l'ordre apparent des formes laisse place à une énigme silencieuse. Ces toiles traduisent déjà cette volonté de faire de la peinture un territoire d'introspection plutôt qu'un simple espace de représentation.


Le tournant monumental des années 1990

Les années 1990 marquent un nouveau tournant. Hassani fonde la galerie Al Manar à Casablanca en 1992, participant activement à la structuration de la scène artistique nationale. Son œuvre prend alors une dimension plus monumentale. Les grands formats se multiplient et lui valent d'être rapproché, parfois, des grands coloristes de l'abstraction contemporaine. Exposé à Rabat, Casablanca, Marrakech ou encore Rotterdam, il bénéficie de textes signés par plusieurs grandes figures de la littérature et de la critique d'art marocaines.


C'est également à Asilah qu'il réalise certaines de ses œuvres les plus ambitieuses, les « Mouallaqet », immenses compositions dont le titre renvoie aux poèmes fondateurs de la littérature arabe préislamique. Là encore, la peinture devient un espace de mémoire, de méditation et de dialogue avec le temps long.


Une blessure intime

Derrière cette quête esthétique se cachait aussi une blessure intime. La disparition tragique de son fils, mort à 23 ans dans un accident de la route en Argentine, marquera profondément l'artiste. Cette douleur silencieuse traversera une partie de son œuvre, sans jamais se transformer en récit explicite.


« Il était toujours guidé par ses émotions intérieures », se souvient Aziz Aouadi. « Il explorait toutes les techniques possibles. » Les deux hommes ont partagé de longues séances de travail dans les ateliers du Fondouk de Bab Marrakech à Casablanca. « Il laisse un vide immense sur la scène artistique marocaine. »


Youssef Douieb voit, lui, dans cette disparition le début d'une nouvelle étape : « Je pense très sincèrement que sa véritable reconnaissance ne fait que commencer. »


Saâd Hassani aura peint jusqu'à ses derniers jours. Comme si, pour lui, créer relevait moins d'un métier que d'une manière d'habiter le monde.

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