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Reconstruction faciale basée sur skh001, une femme de 6 400 ans de Skhirat-Rouazi, Maroc
12.04.2026 à 07 H 27 • Mis à jour le 13.04.2026 à 17 H 41 • Temps de lecture : 6 minutes
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Paléontologie SKH001, le visage retrouvé d’une femme du Maroc néolithique

Des chercheurs ont reconstitué les traits d'une femme inhumée il y a 6 400 ans sur le site de Skhirat-Rouazi, près de Rabat. Au-delà de la prouesse technique, cette image met en lumière la complexité génétique et culturelle du Maroc préhistorique — et la longue histoire d'une réappropriation patrimoniale

Elle mesurait environ 1,58 mètre. Elle a été inhumée selon un rituel précis, le corps orienté du nord vers le sud, la tête légèrement inclinée vers le nord-est, les membres repliés pour épouser les dimensions étroites de sa fosse funéraire. Son avant-bras droit était fléchi vers le visage, le gauche étendu vers le bassin. Ses talons touchaient presque ses fesses. Autour d'elle, au moins quatre récipients en céramique – dont un vase intact posé sur le bassin et trois autres délibérément brisés, dispersés autour de l'abdomen et du thorax. Un simple galet avait été déposé près de son coude gauche. La terre qui la recouvrait, un sédiment limoneux rougeâtre ponctué de dépôts gris-noir, possiblement du manganèse ou des cendres, témoignait d'un geste funéraire pensé, organisé, symbolique.


Pendant des décennies, cette femme n'a existé que sous la forme d'un matricule scientifique : SKH001. Un crâne parmi d'autres dans les collections issues des fouilles de Rouazi-Skhirat. Depuis le 7 avril, elle a un visage.


Une reconstitution entre science et interprétation

C'est le collectif international Ancestral Whispers, spécialisé dans la reconstruction faciale bio-archéologique, qui a dévoilé cette reconstitution en trois dimensions sur les réseaux sociaux. Le résultat frappe : des traits équilibrés, des pommettes hautes, des yeux bruns profondément enfoncés dans les orbites, des lèvres pleines, une chevelure dense et bouclée encadrant un visage à la peau moyennement foncée, parsemée de légères taches de rousseur.


L'image impressionne, mais elle appelle la nuance. Une reconstitution faciale n'est pas un portrait. La structure osseuse fournit un socle fiable : épaisseur des tissus mous, projection du nez, architecture de la mâchoire reposent sur des données mesurables et sur des décennies de recherche en anthropologie physique. Mais la couleur de la peau, la teinte des yeux, la texture des cheveux relèvent encore, pour partie, d'hypothèses – même si les progrès récents de la paléogénomique permettent désormais de les étayer avec davantage de rigueur.


L'ADN d'un monde déjà connecté

C'est précisément dans le domaine génétique que SKH001 livre ses informations les plus précieuses. Les analyses de son ADN mitochondrial ont révélé qu'elle appartenait à l'haplogroupe M1a1b, un lignage maternel que l'on retrouve principalement dans certaines régions d'Afrique et du Moyen-Orient. Son ADN autosomal – celui qui renseigne sur l'ensemble des ancêtres, et pas seulement la lignée maternelle – présentait une composition principalement associée aux populations anciennes du Levant néolithique (Levant_N) et aux Natoufiens, ces chasseurs-cueilleurs du Proche-Orient qui précédèrent les premiers agriculteurs. À cela s'ajoutait une composante ibéromaurusienne, héritée des populations locales d'Afrique du Nord qui occupaient le Maghreb depuis au moins 15 000 ans.


Ce profil correspond aux résultats d'une étude publiée en 2023 dans la revue Nature, qui a séquencé les génomes de neuf individus provenant de quatre sites archéologiques marocains, de l'Épipaléolithique au Néolithique moyen. Les chercheurs y ont démontré que la transition néolithique au nord-ouest de l'Afrique avait d'abord été amorcée par l'arrivée d'agriculteurs venus de la péninsule ibérique, vers 5 500 avant notre ère, porteurs de la tradition de la céramique cardiale. Puis, environ un millénaire plus tard – au moment où vivait SKH001 –, une seconde vague de peuplement, venue cette fois du Levant, avait introduit une nouvelle composante génétique dans la région, probablement liée à l'expansion de sociétés pastorales issues du Croissant fertile.



Le résultat est saisissant : l'ascendance levantine représentait jusqu'à 50 % du patrimoine génétique des individus de Skhirat-Rouazi. Or, cette composante n'avait pas été observée sur la rive européenne de la Méditerranée à la même époque, ce qui suggère une expansion indépendante, directement du Levant vers l'Afrique du Nord. Son arrivée coïncidait avec l'apparition d'une nouvelle tradition céramique au Maroc septentrional, caractérisée par des motifs imprimés à la cordelette – précisément le type de poterie retrouvé dans les sépultures de Skhirat.


Le Maroc du Ve millénaire avant notre ère n'était donc pas un monde isolé. Il se trouvait au carrefour de circulations humaines et culturelles complexes, où se croisaient des héritages nord-africains millénaires, des apports ibériques récents et des migrations en provenance du Proche-Orient.


Rouazi-Skhirat, la plus grande nécropole du Néolithique moyen marocain

SKH001 n'était pas seule. Elle appartenait à un vaste ensemble funéraire situé sur un cordon dunaire littoral de la côte atlantique, dans la zone deltaïque de l'oued Cherrat, à une trentaine de kilomètres au sud-ouest de Rabat. Le site de Skhirat-Rouazi, découvert en 1980 par une équipe de coopérants français, puis fouillé de 1982 à 1984 sous la direction de Jean-Pierre Daugas et Fatima-Zohra Sbihi-Alaoui, est considéré comme le plus important ensemble funéraire du Néolithique moyen du Maroc septentrional.


La nécropole compte 87 sépultures primaires et 14 dépôts mobiliers, auxquels s'ajoutent 11 crânes isolés découverts hors stratigraphie. Les archéologues y ont également identifié les traces d'un habitat à proximité immédiate de la zone funéraire. L'organisation des tombes, les gestes rituels – céramiques brisées, objets déposés selon des positions précises –, la présence d'artefacts rares accompagnant même des nourrissons (colorants, perles en coquilles d'œufs d'autruche, haches polies) témoignent de pratiques sociales et symboliques déjà élaborées.


Le site se caractérise également par une forte concentration de décès infantiles, un trait démographique qui continue d'alimenter les travaux des spécialistes. Malgré leur jeune âge, ces enfants étaient pleinement intégrés à l'espace funéraire, parfois dotés d'un mobilier plus riche que celui de certains adultes – une donnée qui interroge sur la structuration sociale de ces communautés néolithiques.


Le retour des restes : une question de souveraineté scientifique

Derrière la fascination suscitée par cette reconstitution, une autre histoire, moins commentée, donne à l'événement une dimension supplémentaire. Les restes humains exhumés à Skhirat-Rouazi avaient été transférés en France pour y être étudiés, datés et restaurés par l'université de Bordeaux. Ce n'est qu'en septembre 2019, lors d'une cérémonie officielle à Rabat, que vingt spécimens ont été restitués à l'Institut national des sciences de l'archéologie et du patrimoine (INSAP). Le directeur de l'institut, Abdelouahed Ben-Ncer, avait alors souligné que ces vestiges constitueraient le noyau d'une ostéothèque et un atout pour la formation que l'INSAP ambitionnait de développer.


Ce geste s'inscrivait dans un mouvement plus large de réappropriation par les pays d'origine de leur patrimoine archéologique et anthropologique, longtemps étudié – et parfois conservé – dans les institutions du Nord. Les restes de SKH001 sont aujourd'hui étudiés et conservés à Rabat.

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