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27.08.2025 à 20 H 02 • Mis à jour le 27.08.2025 à 20 H 02 • Temps de lecture : 4 minutes
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Paléontologie Spicomellus afer : le plus ancien dinosaure cuirassé découvert au Maroc réécrit l’histoire des ankylosaures

La découverte spectaculaire en 2021 à Boulemane dans le Moyen Atlas, objet d'une nouvelle étude scientifique publiée dans la revue Nature, révèle une armure extravagante et la plus ancienne arme caudale connue chez un dinosaure herbivore

Une équipe internationale de paléontologues a révélé au Maroc le fossile de Spicomellus afer, considéré comme le plus ancien ankylosaure jamais identifié au monde. Vieux de 165 millions d’années, ce dinosaure cuirassé découvert en 2021 par des agriculteurs près de Boulemane, dans le Moyen Atlas bouleverse les théories établies sur l’évolution des ankylosaures, ces dinosaures herbivores au corps blindé.


Un animal hérissé de pointes

Long d’environ quatre mètres et pesant près de deux tonnes, Spicomellus était recouvert d’une armure spectaculaire. « Le nouveau spécimen révèle des modifications extrêmes de l’armure dermique, différentes de celles de tout autre vertébré, et qui échappent totalement aux morphologies connues chez les autres dinosaures cuirassés », souligne une nouvelle étude du spécimen publiée dans Nature.


Son anatomie a stupéfié les chercheurs. « Il est absolument hérissé de pointes sur tout le corps », décrit le professeur Richard Butler, paléontologue à l’Université de Birmingham cité par le Guardian. « Il possède ces pics incroyablement distinctifs autour du cou – une énorme collerette blindée totalement disproportionnée par rapport au reste du corps –, des pointes plus petites sortant des côtes, et au bout de sa queue, il devait avoir une arme. »


Une reconstitution numérique du Spicomellus afer, dont des fossiles ont été découverts au Maroc. Crédit : Matthew DempseyUne reconstitution numérique du Spicomellus afer, dont des fossiles ont été découverts au Maroc. Crédit : Matthew Dempsey


La plus ancienne arme de queue jamais observée

Les paléontologues ont identifié des vertèbres soudées dites handle vertebrae, typiques des ankylosaures porteurs d’une massue caudale. « La présence de ces vertèbres indique qu’il possédait une arme de queue », précisent les chercheurs, « ce qui renverse la compréhension actuelle de l’évolution de ces structures, car on pensait qu’elles n’étaient apparues qu’au Crétacé inférieur. »


Cette découverte repousse donc de près de 30 millions d’années l’apparition de cette adaptation, transformant l’histoire de la famille des ankylosaures.


Une armure aux fonctions multiples

L’armure extravagante de Spicomellus ne se limite pas à la défense. Les chercheurs évoquent la possibilité qu’elle ait servi de moyen de parade sexuelle ou de signal social. « Ces structures élaborées étaient probablement coûteuses à produire et à entretenir pour l’animal, et leur fonction devait dépasser la seule défense », note l’étude.


L’idée que les piques et plaques aient pu jouer un rôle de séduction ou de domination intra-espèce rejoint d’autres exemples d’évolution animale, où les caractères ostentatoires sont d’abord liés à l’affichage avant d’être réutilisés à des fins de protection.


Un jalon pour la paléontologie africaine

Au-delà de sa morphologie spectaculaire, Spicomellus afer est une découverte capitale pour la paléontologie africaine. Il s’agit du premier ankylosaure mis au jour sur le continent et du plus ancien connu dans le monde. « Spicomellus est le plus ancien ankylosaure et provient de l’hémisphère Sud », rappellent les auteurs, soulignant son rôle clé pour comprendre la diversification précoce de ce groupe.


Les fossiles ont été nettoyés et préparés à la Faculté des sciences Dhar El Mahraz de Fès, où ils sont désormais conservés. Mais la découverte est assombrie par la menace du pillage fossile : certains os attribués au même spécimen auraient été dispersés sur le marché noir et proposés à la vente jusqu’à 10 000 livres sterling en Europe et en Amérique du Nord.


Des os fossilisés supposés appartenir au spécimen de Spicomellus afer ont été mis en vente en ligne pour jusqu’à 10 000 £. Crédit : Lucie Goodayle / The Natural History Museum, Londres


Avec Spicomellus afer, le Maroc livre une découverte qui bouleverse la chronologie de l’évolution des dinosaures cuirassés. Sa silhouette hérissée de piques, son armure disproportionnée et son arme caudale primitive en font un fossile hors du commun, qui témoigne de la richesse paléontologique du Moyen Atlas.


Cette découverte s’inscrit dans la série de trouvailles majeures réalisées ces dernières années au Maroc, qui a livré des spécimens aussi emblématiques que les plus anciens hominidés ou encore des fossiles de dinosaures exceptionnels. Pour les chercheurs, le pays « constitue l’un des terrains les plus prometteurs pour étudier l’évolution de la vie à travers les âges ».

Spicomellus afer, dont le nom signifie littéralement « collier d’épines africain », devient ainsi une référence incontournable dans la classification des dinosaures cuirassés. Au-delà de sa valeur scientifique, il renforce l’image du Maroc comme acteur central dans la reconstitution de l’histoire de la biodiversité terrestre. « Le complexe et baroque armement de Spicomellus indique que les adaptations pour les armes de queue ont évolué beaucoup plus tôt qu’imaginé », conclut l’étude.

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