S'abonner
Se connecter
Logo du site LeDesk
La chanteuse Statia lors de son concert sur la scène de Salé, le 21 juin 2026, dans le cadre de la 21e édition du festival Mawazine - Rythmes du monde.
22.06.2026 à 16 H 18 • Mis à jour le 22.06.2026 à 17 H 33 • Temps de lecture : 3 minutes
Par

Mawazine Statia et Tahour, les voix d’un art qui fait danser tout un peuple

À Salé, dans le cadre de la 21e édition de Mawazine, les deux figures du chaâbi marocain ont offert une soirée d'une rare intensité. Bien plus qu'un concert : la démonstration que ce genre populaire reste l'âme commune d'un peuple

Il y a des musiques qui n'appartiennent à personne parce qu'elles appartiennent à tout le monde. Le chaâbi est de celles-là. Dimanche soir, sur la scène de Salé, dans le cadre de la 21e édition du Festival Mawazine : Rythmes du Monde, Statia et Tahour ont signé une prestation éclatante : celle d'un genre populaire capable, en quelques mesures, de fondre en un seul élan des milliers d'individus venus d'horizons différents.


Dès les premières notes de Statia, le public a basculé. Les corps se sont mis à bouger, les voix à s'élever, les mains à se lever vers le ciel. Deux classiques de l'Aïta, Moulay Abdellah El Wali, titre phare de l’Aïta abdia, hommage au saint patron Moulay Abdallah Amghar, et Jaïdane, morceau d’anthologie du répertoire zâari que seuls les interprètes les plus aguerris osent, ont été repris en chœur, spontanément, comme une évidence. C'est cela le chaâbi : une mémoire collective gravée dans la chair que nul n'a besoin d'apprendre, car elle est là, transmise de génération en génération, dans les fêtes de famille, les mariages, les veillées. Le chaâbi ne se décrète pas, il surgit.


Tahour, ou le chaâbi comme communion

Tahour a pris le relais avec la même intensité. Sa célèbre performance, tout en percussions, a électrisé la foule, instaurant cette transe communicative qui est la signature du genre. Dans un style plus urbain, l’artiste a aussi interprété une reprise de Mama Mia, de Kader Japonais, C’est la vie, de Khaled, ou encore Siniya de Nass El Ghiwane. Le chaâbi possède cette vertu rare : il traverse les classes sociales, les générations, les styles et les régions. De Casablanca à Marrakech, de Tanger à Agadir, citadins et ruraux, jeunes et mois jeunes, tous connaissent ses rythmes et ses thèmes : l’amour, la nostalgie, la foi et la joie de vivre.


« Entre de bonnes mains »

Lors de la conférence de presse précédant le concert, Statia a tenu à rassurer ceux qui craignent pour l'avenir du genre. La chanson populaire est « entre de bonnes mains  », a-t-elle affirmé, saluant l'émergence d'une nouvelle génération d'artistes qui réinterprètent les œuvres emblématiques avec des arrangements contemporains, sans trahir leur ancrage patrimonial. Une modernité qui ne renie pas ses racines. C’est précisément ce qui permet au chaâbi de rester vivant.


Tahour, à son troisième passage sur la scène de Mawazine, a abondé dans ce sens, tout en lançant un appel aux jeunes artistes : renouveler, oui, mais sans sacrifier la profondeur des textes, ni la qualité de l'interprétation. Car c'est là que réside la longévité du chaâbi : dans cette exigence artistique qui cohabite avec l'exubérance festive.


En réunissant Statia et Tahour sur une même scène, Mawazine a offert bien plus qu'un concert. Il a rappelé que le chaâbi n'est pas un genre en voie de disparition à préserver sous verre, mais une forme d'art vivante, vibrante, capable de faire danser tout un peuple et de le réconcilier avec lui-même, le temps d'une nuit.

©️ Copyright Pulse Media. Tous droits réservés.
Reproduction et diffusions interdites (photocopies, intranet, web, messageries, newsletters, outils de veille) sans autorisation écrite.