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Une rivière dans les massifs de Chefchaouen. Agence Imaginium / Le Desk
10.09.2025 à 16 H 46 • Mis à jour le 11.09.2025 à 02 H 53 • Temps de lecture : 6 minutes
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Environnement Une étude de l’UM6P alerte sur la contamination au Maroc des eaux souterraines et de surface

Une vaste étude menée par l’Institut international de recherche en eau (IWRI) de l’Université Mohammed VI Polytechnique (UM6P) dresse une cartographie inédite de la qualité de l’eau au Maroc et met en évidence une pollution inquiétante des aquifères

Une équipe de chercheurs de l’Institut international de recherche en eau (IWRI) de l’Université Mohammed VI Polytechnique (UM6P) vient de publier, dans Journal of Hydrology : Regional Studies, une analyse exhaustive de la qualité des eaux de surface et souterraines à travers le Royaume. Cette étude, inédite par son ampleur, s’appuie sur les données de 25 barrages, 29 aquifères et 172 points de mesure dans les principales rivières, fournies par la Direction générale des eaux et les agences de bassins hydrauliques. L’objectif : dresser un état des lieux précis pour aider les décideurs à bâtir des stratégies de gestion durable de la ressource hydrique.


Des contrastes marqués dans la qualité des eaux souterraines

La carte issue de l’étude révèle un contraste frappant. Si certaines nappes présentent une eau de très bonne qualité – c’est le cas des aquifères du Causse moyen atlasique, d’Ogobane et de Laou dans le bassin du Loukkos – une grande partie des aquifères marocains souffre de contamination et de pollution. Dans le nord, l’aquifère de Nékor affiche une minéralisation élevée, avec des concentrations importantes de chlorures dues aux argiles évaporitiques et à l’intrusion marine.


Contamination des aquifères. Source : Les ressources en eau marocaines sous pression : Défis de la qualité des eaux souterraines et de la contamination par les nitrates : Meryem Miftah, Yassine Ait Brahim, Mohammed Hssaisoune, Ayoub Ayaou, Hamza Berrouch, Lhoussaine Bouchaou, Journal of Hydrology : Regional Studies, Elsevier, Octobre 2025Contamination des aquifères au nitrates. Source : Les ressources en eau marocaines sous pression : Défis de la qualité des eaux souterraines et de la contamination par les nitrates : Meryem Miftah, Yassine Ait Brahim, Mohammed Hssaisoune, Ayoub Ayaou, Hamza Berrouch, Lhoussaine Bouchaou, Journal of Hydrology : Regional Studies, Elsevier, Octobre 2025


Le bassin du Sebou concentre certaines des situations les plus critiques : la majorité des aquifères y présente une qualité d’eau très médiocre, marquée par une forte pollution aux nitrates. Cette contamination est directement liée à l’usage massif d’engrais azotés, au rejet d’eaux usées non traitées et à l’élevage intensif. Dans le bassin de l’Oum Er-Rbia, plusieurs aquifères présentent une minéralisation excessive ou des taux de nitrates dépassant les normes de l’OMS (50 mg/l), conséquence d’activités agricoles intensives et de défaillances d’assainissement favorisant l’infiltration des nitrates.


L’aquifère de Doukkala-Abda illustre parfaitement cette dégradation : emploi massif d’engrais et de pesticides, intrusion marine confirmée par des taux élevés de sodium et de chlorures, forte conductivité électrique et apport de matières organiques issues du fumier et des rejets industriels y aggravent la situation.


Régions agricoles en première ligne

Dans la région de Souss-Massa, la qualité des nappes de Souss et de Chtouka s’est nettement dégradée sous l’effet combiné de l’agriculture intensive et de l’intrusion marine. L’aquifère de Tiznit présente en plus une contamination bactérienne liée à l’absence d’assainissement adéquat. Plus au sud, dans le Sahara, les aquifères du Crétacé et de Foum El Oued souffrent d’une minéralisation très forte, principalement d’origine naturelle, qui rend l’eau trop salée pour de nombreux usages.


Les chercheurs identifient la pollution par les nitrates comme la menace la plus préoccupante pour les nappes. Les aquifères les plus touchés sont ceux de la Chaouia, de Doukkala, de Berrechid, de Mnasra Gharba et du Souss sur la façade atlantique, mais aussi le Saïss et la Triffa dans les régions internes. Dans certains cas, plus de 90 % des échantillons présentent des teneurs supérieures à 50 mg/l, avec des pics dépassant 300 mg/l.


Intrusion marine et dénitrification limitée

L’étude souligne un phénomène aggravant : l’intrusion d’eau de mer, qui ne provoque pas directement la pollution aux nitrates mais dont la salinité élevée peut inhiber la dénitrification, un processus naturel qui permet normalement de réduire les nitrates. Cette situation est observée dans les aquifères côtiers de la Chaouia, d’Akermoud et de Doukkala, où les concentrations les plus extrêmes – jusqu’à 521 mg/l – sont enregistrées dans un rayon de 2 km du littoral.


Degré de pollution des aquifères. Source : Les ressources en eau marocaines sous pression : Défis de la qualité des eaux souterraines et de la contamination par les nitrates : Meryem Miftah, Yassine Ait Brahim, Mohammed Hssaisoune, Ayoub Ayaou, Hamza Berrouch, Lhoussaine Bouchaou, Journal of Hydrology : Regional Studies, Elsevier, Octobre 2025


Les auteurs ont également évalué la conductivité électrique et la concentration en chlorures afin de déterminer les nappes aptes à l’adduction en eau potable. Les aquifères de Témara, du Rif, de la Moulouya, de Guelmim, du Haouz et d’Errachidia nécessitent un suivi attentif pour limiter les risques sanitaires.


Les rivières et barrages sous pression

Les eaux de surface ne sont pas épargnées. Entre 2018 et 2020, les analyses montrent que 63 % des stations de mesure des rivières affichent une qualité modérée, mais 37 % présentent une pollution notable, notamment en aval des rejets domestiques et industriels. Les bassins du Sebou et du Bouregreg sont particulièrement touchés, avec des niveaux élevés de demande biochimique en oxygène (DBO), de DCO, de nitrates et de coliformes fécaux. Cette situation résulte de la combinaison de l’urbanisation, de l’agriculture intensive et des activités industrielles.


Pollution des barrages et des rivières. Source : Les ressources en eau marocaines sous pression : Défis de la qualité des eaux souterraines et de la contamination par les nitrates : Meryem Miftah, Yassine Ait Brahim, Mohammed Hssaisoune, Ayoub Ayaou, Hamza Berrouch, Lhoussaine Bouchaou, Journal of Hydrology : Regional Studies, Elsevier, Octobre 2025Pollution des barrages et des rivières. Source : Les ressources en eau marocaines sous pression : Défis de la qualité des eaux souterraines et de la contamination par les nitrates : Meryem Miftah, Yassine Ait Brahim, Mohammed Hssaisoune, Ayoub Ayaou, Hamza Berrouch, Lhoussaine Bouchaou, Journal of Hydrology : Regional Studies, Elsevier, Octobre 2025


En revanche, les eaux des barrages présentent un bilan globalement plus positif : 78 % affichent une qualité excellente à bonne. Toutefois, des exceptions subsistent : le barrage d’El Kansara (Sebou) et ceux de Himmer, Kreima et Zamrine (Bouregreg) montrent une qualité médiocre, marquée par des déficits en oxygène dissous et une prolifération d’algues, signes d’eutrophisation causée par les ruissellements agricoles et les rejets de fosses septiques.


Face à ce diagnostic, les auteurs plaident pour une gestion intégrée et proactive : réduction de l’usage d’engrais, mise à niveau des stations d’épuration, surveillance isotopique pour identifier précisément les sources de pollution, et protection des zones de recharge des nappes. Sans intervention rapide, préviennent-ils, la dégradation continue des ressources en eau pourrait compromettre à la fois la santé publique, la sécurité alimentaire et la viabilité de l’agriculture irriguée au Maroc.

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