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04.03.2025 à 18 H 18 • Mis à jour le 04.03.2025 à 18 H 18

Attaché à sa famille, patriote, optimiste, davantage anglophone… : voici le Marocain d’aujourd’hui

Grille identitaire, confiance aux institutions, sécurité, vivre-ensemble, langues d’enseignement, réseaux sociaux…Autant de paramètres décryptés par l'Institut royal des études stratégiques (IRES) dans sa dernière enquête nationale sur le lien social au Maroc. Les détails



Où en est le lien social au Maroc ? C’est l’interrogation à laquelle a essayé de répondre l'Institut royal des études stratégiques (IRES) dans la troisième édition de son enquête nationale qui analyse l’évolution des liens sociaux et des valeurs dans le royaume, dans la continuité de celles menées en 2011 et 2016.


Réalisé entre décembre 2022 et février 2023, ce sondage a concerné un échantillon de 6 000 individus âgés de 18 ans et plus, représentatif de la population marocaine, et réparti sur les douze régions du royaume.


L’un des principaux résultats, c’est la consolidation du lien familial, qui demeure un socle central dans la société marocaine. Pour preuve : 57 % des sondés citent leur famille comme principal réseau amical. « La stabilité relative du modèle sociétal marocain s’exprime, en particulier, dans le primat du lien familial sur les autres liens sociaux, le poids des traditions et l’attachement aux symboles identitaires de la Nation, le peu d’intérêt des citoyens à la chose politique et aux élections, le matérialisme des demandes sociales et le providentialisme comme rapport à l’Etat », explique l'IRES.


Le tryptique de la grille identitaire

Pour autant, la pandémie de Covid-19 a mis à rude épreuve les relations sociales. Certes cette crise sanitaire a permis une « redécouverte du sens de la famille, de la solidarité nationale, du vivre-ensemble, voire du lien civique avec les institutions et les autorités publiques ». Mais elle n'en a pas moins favorisé la distanciation sociale et provoqué des tensions au niveau de la famille nucléaire telles que « la violence conjugale ou à l'égard des enfants, et la fréquence des divorces » ou encore les problèmes de santé mentale.

L'étude s'intéresse aussi sur la grille identitaire qui unit les Marocains, indique que celle-ci repose sur trois piliers. D'abord, « un socle national, basé sur l'Islam, la marocanité et l'arabité ». Ensuite, « un socle territorialisé, exprimant la diversité ethno-culturelle du Maroc avec ses composantes amazighe et saharo-hassanie ». Et enfin, « un socle global, montrant une vocation au cosmopolitisme : Maghreb, Afrique, monde ».  Des « repères identitaires extranationaux » qui  ont connu « un rebond remarquable entre 2011 et 2023 ».


Cette unité contraste avec le fossé qui se creuse entre les voisins. Des rapports qui s'effritent. Pour 45 % des personnes interrogées, une simple relation de courtoisie avec leurs voisins leur suffit, plutôt qu'un échange fréquent de visites et de services.


Sur le plan professionnel, 76 % estiment les relations avec leurs collègues « bonnes » ou « excellentes », malgré une légère baisse par rapport à 2016.


D’après l’IRES, « les mutations portées par la mondialisation culturelle et la révolution technologique sont encore loin de bouleverser les attitudes individuelles et l’identité nationale marocaine ». Cependant, « force est de constater que leurs impacts sur le lien social commencent à se faire sentir plus clairement chez les personnes résidant en milieu urbain, les jeunes générations et les individus à fort capital culturel ou économique », nuance-t-elle.


On apprend aussi que l’amélioration du pouvoir d’achat (26 % des sondés) et le travail pour tous (18,2 %) figurent en tête des préoccupations des Marocains.


Les principaux obstacles au vivre-ensemble ont également été passés au peigne feint. Ils ont pour noms : pauvreté (7,5 %), l’injustice sociale (7 %) et la corruption (6,9 %), bien qu'en légère régression par rapport aux enquêtes de 2016 et 2023. S’en suivent l’individualisme (6,4 %), l’indifférence (6,3 %), l’insécurité (6,3 %), l'incivilité (6,3 %) et l’extrémisme religieux (5,6 %).


Hausse significative de la préférence pour l’anglais

L’enquête, qui s’est également penchée sur la perception des langues d’enseignement au Maroc. Presque les trois quarts des sondés (73,5 %,) préfèrent l’arabe classique comme première langue, contre 11 % pour l’arabe dialectal (darija), 5,7 % pour l’anglais, 5 % pour l’’amazighe et 4,6 % pour le français.


Comme deuxième langue : 36,9 % optent pour le français, 22 % pour l’anglais, 15 % pour l’amazigh, et 11,9 % pour la darija. « Bien qu’encore dominante, la préférence des Marocains pour le français a baissé de 63,5 % en 2016 à 36,9 % en 2023 contre une hausse significative de la préférence pour l’anglais qui a presque doublé (22 % en 2023 contre 12 % en 2016) », explique l’IRES.


Autre aspect analysé par ce baromètre du lien social, le degré de confiance des citoyens à l’égard des institutions. Avec des moyennes respectives de 7,2/10 et 6,7/10, les institutions éducatives et régaliennes ont bonne presse auprès des sondés. En revanche, ils n'ont pas encore une confiance solide envers les institutions représentatives (5/10), malgré une amélioration de ce sentiment depuis 2011.


Le rapport révèle aussi une hausse du taux de confiance interpersonnelle qui a quadruplé, passant de 5 % en 2016 à 20 % en 2023. Toutefois, 80 % des Marocains croient que les gens ne sont pas dignes de confiance, « un indice de la persistance de la défiance interpersonnelle au Maroc », commente l’IRES.


S’agissant de l’aspect sécuritaire, 84,7 % des personnes interrogées déclarent se sentir en sécurité. Seules 15,3 % ne se sentent pas du tout ou pas suffisamment en sécurité.


La toile, fabrique de fake news

L'Institut royal des études stratégiques constate également une baisse, chez les sondés, du degré de perception de la contribution des médias au renforcement du lien social au Maroc, entre 2016 et 2023. Les taux sont passés de 38 à 25,3 % pour la radio, de 42 % à 27,9 % pour la télévision, de 15 à 10 % pour les journaux, et de 20 à 18 % pour la presse électronique.


« Une croissance de l’usage de l’Internet dans la vie sociale et professionnelle des Marocains, à un moment où la radio et la télévision et, dans moindre mesure, les journaux, qui étaient crédités d’une réputation plutôt favorable en 2016, semblent subir une érosion de leur contribution au renforcement du lien social », observe-t-il.

 

Quant à l’impact du monde virtuel sur le lien social, sept Marocains sur dix (71 %) pensent que cet espace constitue un danger pour la cohésion sociale au Maroc. Pis, pour 85 %, les réseaux sociaux contribuent à la propagation des fake news.

« La raison de naviguer sur les réseaux sociaux, demeure, à titre principal, celle de rester en contact avec les membres de la famille et les amis, de combler les moments d'ennui, de s'informer sur les évènements culturels, etc (...) L'usage politique de l'Internet demeure relativement faible et reste l'apanage des minorités actives dont la motivation est d'organiser des événements politiques », souligne la même source.


Interrogés sur les perspectives économiques du Maroc au cours des cinq prochaines années, 37 % estiment qu’elles seront meilleures, 45 % tablent sur un statu quo, et 18 % se montrent pessimistes.

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