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Déclarations
05.05.2016 à 18 H 33 • Mis à jour le 06.05.2016 à 21 H 34
Par

La Fondation Bill Gates n’a signé aucun accord de financement avec Ilyas El Omari

À l'origine

Un communiqué du PAM, relayé par de très nombreux médias, a annoncé mardi que la Fondation Bill & Melinda Gates en partenariat avec la Banque Islamique de Développement ont signé un accord avec le président de la région Tanger-Tétouan-Al Hoceima pour l’octroi d’un financement de 100 millions de dollars. Un financement qui servirait à soutenir des projets sociaux dans les domaines de l’éducation, l’agriculture, l’eau, l’électricité et le secteur de l’économie solidaire.

Les détails

Ce partenariat a été présenté par certains médias comme une preuve de la légitimité d’Ilyas El Omari en tant qu’homme d’Etat. Un politique capable de toucher de grandes personnalités de ce monde, comme Bill Gates, fondateur de Microsoft et un des hommes les plus riches de la planète. Ces médias ont même annoncé une visite prochaine du célèbre philanthrope au Maroc pour entériner cet accord. « Ilyas l’a fait ! », a titré par exemple le site Febrayer. Un communiqué du PAM a même confié que ce deal est le résultat de deux mois de contacts entre si IIyas et des responsables de la Fondation, comme pour insister sur le rôle joué par le patron du PAM dans ce rapprochement, qualifié de « grande première » au Maroc.

Les faits réels

Si le président de la région Tanger-Tetouan-Al Hoceima s’est bel et bien réuni mardi avec des représentants de la Fondation Bill & Melinda Gates et certains cadres de la BID, aucun accord n’a été toutefois signé entre les différentes parties, comme nous le confirme Cecilie Sorhus, responsable communication de la Fondation pour la zone Europe et Moyen Orient, qui tient à préciser dans un mail adressé au Desk ce jour, que la Fondation des Gates travaille exclusivement avec des institutionnels, comme la BID.


 

En 2012, les deux institutions ont ainsi monté une initiative commune baptisée « Lives & Livelihoods Fund » (Le fond Vie et moyens d’existence). Une initiative qui vise à soutenir financièrement des projets à dimension humaine dans les pays islamiques pour une enveloppe globale de 2,5 milliards de dollars.


 

Assez original, le montage financier de ce fond limite toutefois l’intervention de la Fondation Bill & Melinda Gates au seul paiement des charges d’intérêts induits par les financements octroyés par la BID. En clair, la BID finance des projets sociaux ou d’infrastructure comme d’habitude, et la Fondation Bill & Melinda se charge des intérêts, comme l’explique le Vice-président de la banque Birama Boubacar Sidibé dans une interview accordée à l’agence EcoFin en décembre 2012.


 

Bill Gates ne met pas le moindre kopeck et ne finance pas des projets, mais se contente de prendre en charge les frais financiers liés aux prêts de la BID pour alléger le fardeau des Etats ou des régions. « Cela permet à la Fondation Gates de bénéficier d’un puissant effet de levier de ses ressources philanthropiques », confie le VP de la BID.


 

Ce mécanisme sera le même pour les projets identifiés par la BID dans le nord du pays. Mais encore : « Pour l’instant, aucun programme n’a été validé par la BID », confie au Desk la responsable com’ de la Fondation Bill & Melinda Gates.  « Nous n’avons confirmé aucun projet au Maroc, mais nous continuerons à explorer les opportunités dans le pays », ajoute-t-elle. Voilà qui contredit clairement les informations annoncées par le communiqué du PAM et tous les articles de presse qui s’en ont fait l'écho.


 

Quant à la visite de certains responsables de la Fondation à Tanger, notre source indique que cela est une démarche ordinaire : « Le partenariat avec la BID prévoit des visites de terrain dans plusieurs régions du monde pour approcher de près les besoins des populations », conclut Cecile Shorus, porte-parole de la Fondation Bill & Melinda Gates. 

Le verdict

D’après la Fondation Bill & Melinda Gates, aucun accord n’a été signé mardi à Tanger. Ce qui montre l’étendue de l’intox, non démentie par le premier concerné, Ilyas El Omari, et vite récupérée par son parti comme un nouvel argument électoral en faveur de son nouveau zaim. Plusieurs médias ont également joué le jeu, présentant si Ilyas comme un messie, capable de naviguer dans des sphères que même le Chef du gouvernement, ses ministres ou de hauts dignitaires de l’establishment n’arrivent pas à toucher. Une grosse opération d’enfumage de l’opinion publique en somme, pas du tout étrange en ces jours de pré-campagne électorale.