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Media Fail
26.05.2022 à 02 H 01 • Mis à jour le 31.05.2022 à 11 H 29
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Non, la villa du Jardin Majorelle de Marrakech n’est pas à vendre

Suscitée par une annonce prêtant à confusion de Sotheby's International Realty, agence d'immobilier de luxe, la fausse information de la mise en vente de la villa du Jardin Majorelle a été reprise par certains médias, dont notamment le New York Post. Une fake news nourrie par une volonté de valoriser une demeure située à proximité du lieu historique
À l'origine
Ce 25 avril, un article du journal américain New York Post affirme qu'il sera possible de vivre à côté du Jardin Majorelle d'Yves Saint Laurent pour 3,9 millions de dollars, soit la coquette somme de 38 millions de dirhams. On précise qu'il « s'agit d'une résidence au Maroc qui appartenait au regretté peintre et designer français Jacques Majorelle qui est actuellement en vente ».

Montrant photos de la demeure, on ajoute que Yves Saint Laurent et Pierre Bergé « ont acheté le Jardin Majorelle et cette célèbre villa - qui avait également appartenu à Majorelle à partir des années 1920 - en 1980 pour le sauver du développement hôtelier ».

D'autres médias étrangers, durant la même journée, abondent dans le même sens: comme Designboom, média d'origine italienne spécialisé dans l'architecture et le design, qui avance que « la villa emblématique du Jardin Majorelle est en vente via Sotheby's avec un prix sur demande ».

« Conçu pour le peintre Jacques Majorelle dans les années 1930, et autrefois propriété du designer français Yves Saint Laurent et de son partenaire Pierre Bergé, l'havre de paix moderniste sert de symbole dans la « ville ocre » est une destination de tous les temps pour les passionnés d'YSL à travers le globe », fait-on valoir.
Les détails
Les deux sites, suivis par d'autres médias américains, citent comme source de leurs informations une annonce immobilière de luxe de la filiale de la très réputée maison de vente aux enchères britannique, Sotheby's.

Sur son site internet, Sotheby's International Realty montre effectivement une palette de palaces, villas et demeures de luxes de la ville de Marrakech.

Parmi les offres présentées, celle intitulée « Marrakech 1 Majorelle » qui dirige vers la villa en question. Sa construction daterait de 1960, tandis qu'on précise que l'habitation, en intérieur, est étalée sur une superficie de 700 m2, comportant sept salles de bain et six chambres à coucher. Elle est par ailleurs dotée d'un jardin de 1 497 m2, fait-on savoir.

Dans le descriptif réalisé par Sotheby's, il est dit que la villa est attenante au Jardin Majorelle. « Certaines décorations originales, comme les pavés en terre cuite façonnés par le temps et les zelliges anciens, rappellent l'authenticité des lieux », peut-on lire.

« La maison principale dessert plusieurs salons autour d'un patio, quatre suites avec salles de bains et des terrasses à vivre sans vis à vis », poursuit-on. Afin de promouvoir les lieux, on met en avant que le fait que « la maison dispose de deux entrées, en plus d'un magasin donnant directement sur la rue Yves Saint Laurent ». « Cette situation privilégiée permet également d'exploiter les lieux pour une activité à forte valeur ajoutée, puisque le Jardin Majorelle reçoit près de 800 000 visiteurs par an », conclut-on. Toujours sur le site de Sotheby's, on propose aussi une visite 3D, à travers la plateforme Matterport pour s'enquérir des lieux et de l'état des chambres.

Autant d'informations qui feront dire aux médias américains qu'il s'agit bel et bien ici de LA villa du Jardin Majorelle, soudainement mise en vente, alors même qu'elle est chargée d'histoire. Sauf que dans la réalité, la vérité est bien différente.
Les faits réels
Sur Sotheby's, l'agent immobilier David Monterin, installé à Marrakech, ne manque pas lui-même de souligner que la date de construction est 1960. Ce qui devrait déjà alerter les avertis et passionnés de Majorelle, mais aussi de l'héritage du duo Pierre Bergé et Yves Saint Laurent.

L'histoire est connue: Durant les années 30, le peintre orientaliste prend pleinement possession de sa fameuse villa et décide de la peindre en bleu outremer, signature de tant de ses œuvres. Quelques années plus tard, pas peu fier de son jardin, il décide de l'ouvrir au grand public. Au début des années 60, il décède, et délaisse derrière lui son jardin, véritable bijoux botanique. En 1980, le couple Saint Laurent - Bergé reprend les lieux, mais aussi la villa qui fut la résidence du peintre. Elle sera rebaptisée Villa Oasis. Elle demeure jusqu'à aujourd'hui un véritable objet d'art, attisant la curiosité de connaisseurs comme de touristes.

 

Le jardin de la véritable Villa Oasis, ayant appartenu à Jacques Majorelle. Crédit : FarEst Actu


 

Des éléments qui contredisent la version avancée par la presse ayant sur-interprété l'annonce de Sotheby's . Il serait même difficile d'imaginer, en 1960 et peu de temps avant de décéder, Jacques Majorelle lancé dans un projet de construction d'une nouvelle habitation, mitoyenne de sa résidence et de moindre envergure...

D'autant plus que les photos des lieux parlent d'elles-mêmes: le petit jardin de la maison promue par Sotheby's ne ressemble en rien à la seule propriété résidentielle ayant appartenu à Majorelle, en l'occurrence celle qui deviendra plus tard la Villa Oasis.

Le fait que l'agence immobilière ne publie pas des photos des façades de la maison ajoute à la confusion. Les images se contentent de ne montrer que des détails du jardin, où on relève le bleu, de la piscine dont la couleur s'apparente quelque peu à celle de Majorelle, et de l'intérieur réaménagé et donnant plutôt l'impression d'une maison d'hôtes...

Des détails qui intriguent, lorsqu'on sait que ce n'est pas la première fois que cette maison apparaît sur un site de vente d'immobilier de luxe: Au-delà de Sotheby's, le même agent immobilier avait aussi posté les mêmes photos, avec quelques divergences au niveau de la description, dans d'autres sites du même genre... On notera que pour ceux-là, à l'image du supplément immobilier du Figaro, David Monterin évitera d'indiquer la date de construction, pourtant nécéssaire à la différenciation des lieux.

La maison d'ailleurs ne sera pas mise en vente uniquement pas Monterin. D'autres agences de Marrakech ont aussi tenté leur coup, comme ici, où on voit cependant cette fois-ci des photos de la façade, ne ressemblant en rien ni par la couleur ni par le style, à une quelconque propriété de Majorelle... Sur un autre site, un agent proposera même d'aller sur les pas d'Yves Saint Laurent, sans faire cette fois-ci mention du peintre français.

La véritable façade de la villa attribuée à Jacques Majorelle.


 
Le verdict
Mis en vente depuis plusieurs mois, le bien immobilier ne semble vraisemblablement pas trouver acquéreur, poussant à l'évidence les agents immobiliers à entretenir le flou, surfant sur l'héritage de Jacques Majorelle mais aussi les réputations de Pierre Bergé et Yves Saint Laurent.

Une confusion des lieux mais aussi des appellations qui fait monter les prix, au gré des annonces, celui-ci variant en fonction des plateformes que nous avons pu consulter. Ce qui semble être une habitude dans le milieu, nombre d'agents tentant de vendre les biens à leur disposition, en y accolant le nom de Majorelle, et en effectuant quelques rappels historiques...

Présente sur quelques sites internet peu connus à l'international, l'annonce devrait devenir virale, à la suite de sa publication sur celui de Sotheby's International Realty, mais aussi par les articles de médias américains à forte audience et aux contenus sensationnalistes, à l'image du New York Post, n'ayant effectué aucune vérification d'usage.

Pour rappel, le Jardin Majorelle, la demeure comme la boutique et le musée, sont détenus par une société de droit marocain du nom de Fondation Jardin Majorelle, elle-même étant la propriété de la Fondation Pierre Bergé - Yves Saint Laurent, siégeant à Paris. La Fondation Jardin Majorelle a clairement déclaré sur son site internet que « contrairement à ce que certains organes de presse ont affirmé, sans vérification préalable, ni le Jardin Majorelle ni aucune propriété appartenant à la Fondation Majorelle n'est à vendre ».

 
La parution de cet article, amendé depuis à la marge, a suscité une réaction de Sotheby's International Realty auprès du Desk, lire à ce propos: « Villa Majorelle » : Sotheby’s rectifie son annonce de vente prêtant à confusion

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