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Media Fail
16.03.2022 à 13 H 42 • Mis à jour le 16.03.2022 à 14 H 07
Par et

Non, Rachid Andaloussi et l’agence Ronald Sirio ne concevront pas le futur Musée de l’archéologie de Rabat

Contrairement à des informations publiées par la presse, aucun choix n'a encore été acté quant au groupement d'architectes qui concevra le projet du musée de l'archéologie de Rabat, dont le montant d'investissement est estimé à plus de 750 millions de dirhams. Rachid Andaloussi et encore moins une agence d'architecture française n'ont été choisis pour cela, apprend-on. Les détails
À l'origine
Depuis quelques jours, les réseaux sociaux refont mention d'un projet qui s'était fait discret depuis le début de la pandémie du Covid-19: il s'agit du musée d'archéologie et des sciences de la terre de Rabat.

D'après les publications sur Facebook et Twitter, mais aussi deux articles de presse, la maîtrise d'oeuvre aurait été confiée à l'architecte casablancais Rachid Benbrahim El Andaloussi, tandis que c'est l'agence d'architecture Ronald Sirio qui a été chargée de la conception architecturale.

En reprenant le site web de l'agence parisienne et en citant aussi une annonce faite par sa communication sur les réseaux sociaux, en février 2021, on diffuse aussi les images de synthèse et les 3D de ce qu'on présente comme étant le futur musée de l'archéologie de la capitale du Royaume.
Les détails
Au début tout d'abord, une publication sur Twitter diffusée par le compte @MarocProject présente les maquettes du musée. La publication date du 12 mars.

 



Deux jours plus tard, un premier média, Médias24, reprendra l'information, toujours en citant le site web de l'agence qui présente le projet, ou du moins la conception architecturale développée par son équipe. Le 15 mars, l'information continue de faire son chemin en atterrissant chez L'Opinion.

Aucune information supplémentaire n'est fournie, hormis ce qui est déjà avancé sur le site web de l'agence d'architecture.

 
Les faits réels
Contrairement aux informations imprécises rapportées par la presse, le groupement de cabinets d'architecture devant concevoir les lieux n'a toujours pas été dévoilé au grand public. Il n'a même pas été choisi, apprend-on de source officielle.

Pour comprendre la situation actuelle du projet, il convient de revenir quelques années auparavant. Nous sommes en 2018 et un concours architectural relatif à la maîtrise d'oeuvre du projet est lancé. Le montant des travaux renseigne sur l'envergure du projet: 750 millions de dirhams (MDH) pour le montant global, avec 630 MDH pour les opérations de démolition, de construction des bâtiments, de jardins et de stationnements. Enfin, 120 MDH sont alloués pour la scénographie, le mobilier, la muséographique, les maquettes animées, le matériel et la production multimédia, etc.

La description du futur musée, faite par la Société de développement local Rabat Région Aménagement, démontre aussi qu'il s'agit d'un projet de grande envergure, devant attirer plusieurs cabinets internationaux et grands architectes.

À ce premier concours architectural de 2018, une dizaine de groupements répondent. Les résultats sont officiellement dévoilés en mars 2020.

On retiendra qu'en première position, on retrouve les architectes Rachid Andaloussi (Grand Théâtre de Casablanca, Bibliothèque nationale du Royaume du Maroc, etc), officiant en tant qu'architecte mandataire, épaulé par Atelier Massena, représenté par les architectes Paul Chemetov (ministère français de l'Économie et des Finances) et Ronald Sirio, qui sont ici les architectes associés.

La deuxième place revient au groupement mené par Abdou Lahlou, architecte mandataire et XTU, cabinet d'Anouk Legendre et Nicolas Desmazieres en tant qu'architectes associés, auxquels 800 000 dirhams sont alloués. Le Groupe 3A de Omar Tijani, architecte mandataire, accompagné de Thom Mayne (Tour Casablanca Finance City) et son cabinet Morhosis Architecte en tant qu'associé, obtiennent la troisième position et 650 000 dirhams.

Les groupements de Saâd Benkirane, architecte mandataire et Rudy Ricciotti, associé, ainsi que Tarik Oualalou, en tant que mandataire et Bernard Tschumi, architecte associé sont respectivement la quatrième (500 000 dirhams) et cinquième place (400 000 dirhams).

Pour ce concours, les honoraires du montant hors taxes des travaux ont été plafonnés à 12 % selon des sources consultées par Le Desk, alors qu'en moyenne ils stagnent entre 4 et 5 %. Un fait rare, indiquent des sources professionnelles.

Cinq groupements ont été indemnisés suite aux résultats de ce concours, il s'agit de Hakim Benjelloun, mandataire, accompagné de Wilkinson Eyre Architect et Sébastion Ricard, associés. Le groupement Omar Alaoui Architecte OAA en tant que mandataire et accompagné des architectes associés, Nietto Sobejano Arquitectos et Fuensanta Nietto.

Les trois derniers indemnisés sont le groupement Hajji & Ouali  en sa qualité de mandataire, associé à Architecture Studio; l'architecte mandataire Karim Chakor et Bodin & Associés représenté par Jean François Bodin, entant qu'architecte associé et enfin le groupement Stil Archi, Ali Azami officiant en tant que mandataire et associé à Coop Himmelb (L) AU WOLF D.Prix & PartnerzT, Wolf D.Prix.

Malgré le classement révélé, Rabat Région Aménagement précise bel et bien qu'il a été décidé par l'Autorité compétente de ne pas donner suite et de relancer le concours. Un « sans suite » indiqué plus tard dans le site de l'architecte Ronald Sirio.

Crédit : Agence Ronald Sirio


Ce qui n'empêchera pas les réseaux sociaux de s'emparer du sujet tout récemment, avançant qu'il s'agit du futur musée de l'archéologie. Ce qui est faux. Plus tard, les médias sus-mentionnés (Médias24 et l'Opinion) reprendront l'information sans pour autant réaliser les vérifications nécessaires auprès des parties concernées.

Ce qui n'a pas manqué de faire réagir le principal concerné par les informations publiées, à savoir Rachid Andaloussi. Contacté par Le Desk, celui-ci affirme « je ne sais pas qui a donné cette information, elle est fausse. Primé oui, mais il n’y a pas eu de suite ».

Crédit : Capture d'écran


Du côté de l'agence Ronald Sirio, il n'est même pas la peine de poser la question, tant les intéressés sont déjà clairs sur leur site web en indiquant qu'ils ont remporté le premier prix et qu'il n'a été donné aucune suite au concours. Il est cependant à souligner qu'un autre nom, beaucoup plus important que celui de Sirio, passe à la trappe: celui de Paul Chemetov, co-concepteur de l'actuel Bercy, le ministère français de l'Économie et des Finances, l'architecte ayant aussi collaboré à la proposition diffusée par Ronald Sirio.

Ce qu'on oublie aussi par ailleurs de mentionner, c'est qu'un deuxième concours architectural a été entre temps lancé. Il est lancé dès février 2020. Celui-ci est pour l'instant dans sa phase 1, où certains groupements ont été retenus en avril 2020.

Et là encore, la liste est longue, et on retrouve plusieurs grands cabinets. Le Desk en a sélectionné certains: Abdelouahed Mountassir (Futur CHU de Ibn Sina de Rabat), avec l'agence Zen+DCO, Omar Kobbite avec l'agence Yame Architecture Studio Ega et Eric Guidce Architects Federico Mannella, l'architecte Youssef Melehi avec Rogers Stirk Harbour + Partners LLP, mais aussi Rachid Benbrahim Andaloussi avec cette fois-ci un autre partenaire international, le Danois BIG Bjark Engels Group, accompagné du Studio Adeline Rispal ayant déjà travaillé avec Andaloussi...

Houyane Mourchid, avec Reichen et Robert & Associés, sont aussi de la partie, en plus de Tarik Oualalou avec Bernards Tschumi, sans oublier l'architecte proche du cercle Karim Chakor, avec le cabinet d'architecture Bodin & Associés.

Autant dire plusieurs grands cabinets qui, selon des sources concordantes interrogées par Le Desk, n'ont toujours pas reçu de réponse à leurs candidatures.

Une information confirmée par Mehdi Qotbi, patron de la Fondation Nationale des Musées, quant à la non-sélection actuelle d'un cabinet d'architecture. « Le musée relèverait de la Fondation une fois qu'un architecte sera choisi, c'est un projet considérable c'est pour ça que ça prend du temps », précise-t-il. Un musée qui relèverait donc de la FNM, même si d'autres indications précisent qu'il sera plutôt du ressort de la filiale Bouregreg Cultures, créée par l'Agence pour l'aménagement de la vallée du Bouregreg.

 
Le verdict
Autrement dit, le projet est toujours en stand-by, tandis que les architectes devant le désigner n'ont toujours pas été choisis. Il est cependant tout à fait naturel que des architectes commencent dès maintenant à publier leurs conceptions primées lors du premier concours architectural, à partir du moment où il est bien renseigné la situation actuelle du projet mais aussi de la proposition faite.

Ce qu'on sait pour l'heure du projet, c'est qu'il a été installé dans un endroit de choix: celui donnant sur le fleuve Bouregreg, et où était par le passé logés les anciens locaux de l'ambassade américaine à Rabat. La représentation diplomatique était propriétaire du terrain, avant qu'elle ne le cède au gouvernement marocain, apprend-on du côté de l'ambassade. Aucune actuelle participation américaine n'est par ailleurs à l'ordre du jour, fait-on savoir de même source.

Le site correspond à celui de l'ancienne ambassade des États-Unis qui surplombe la vallée du Bouregreg. La nouvelle ambassade américaine ayant été transférée au quartier Souissi. Crédit : RRA


D'après les éléments à notre disposition, on sait aussi que le musée sera divisé en quatre sections. Terre et Maroc pour la première, avec une maquette animée de la Terre pour présenter les temps géologiques, la dérive des continents et les glaciations jusqu’à la période contemporaine. Les deuxième et troisième sections seront consacrées aux sciences de la Terre, avec des minéraux, roches, météorites, ainsi que des ères comme le Précambrien, le Paléozoique, le Mésozoique et le Cénozoique tertiaire. Enfin la dernière section sera consacrée à l’archéologie en représentant la préhistoire, la période préislamique et la période islamique.

Le fonds du musée devrait provenir, d'après nos informations, notamment des dernières fouilles réalisées par le ministère de la Culture mais aussi par l'Institut National des Sciences de l'Archéologie et du Patrimoine (INSAP).

 

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