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16.05.2026 à 23 H 58 • Mis à jour le 16.05.2026 à 23 H 58 • Temps de lecture : 5 minutes
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n°1228.Hypertension artérielle : au Maroc, une maladie massive encore largement ignorée

À l’occasion de la Journée nationale de l’hypertension artérielle, célébrée le 23 mai, les professionnels de santé alertent sur une pathologie silencieuse qui touche un adulte sur trois au Maroc. Faiblement dépistée et mal contrôlée, elle reste l’un des principaux facteurs de mortalité évitable dans le pays

Mal connue, rarement ressentie, mais aux conséquences lourdes, l’hypertension artérielle s’impose comme un enjeu majeur de santé publique. Selon les données de l’Organisation mondiale de la santé, près de 9,8 millions de Marocains âgés de 30 à 79 ans sont concernés, soit environ 35 % de la population adulte.


À l’occasion de la Journée nationale dédiée à cette pathologie, organisée sous l’égide de la Société marocaine de cardiologie, les professionnels du secteur entendent alerter sur l’ampleur du phénomène, mais aussi sur les failles persistantes en matière de dépistage et de prise en charge. Dans ce cadre, plusieurs actions de sensibilisation et de prévention sont prévues en amont et le jour même. Un week-end de dépistage gratuit sera organisé les 16 et 17 mai à Casablanca, avec des dispositifs ouverts au grand public, notamment pour les personnes de plus de 40 ans.


Parallèlement, une campagne de sensibilisation sera diffusée dans les salles de cinéma, avec pour objectif de rappeler le caractère silencieux de la maladie et l’importance d’un contrôle régulier de la tension artérielle. Ces actions sont portées par la filiale hypertension artérielle et prévention de la Société marocaine de cardiologie, pilotée notamment par les cardiologues Bahia Menebhi et Rachida Habbal.


Une maladie silencieuse, largement sous-estimée

L’hypertension artérielle se distingue par son caractère insidieux. Contrairement à d’autres maladies chroniques, elle évolue souvent sans symptômes apparents, ce qui contribue à retarder son diagnostic.


« C’est une maladie insidieuse. Les patients peuvent avoir une tension très élevée sans ressentir le moindre symptôme », explique Bahia Menebhi, cardiologue impliquée dans l’initiative.


Cette absence de signaux d’alerte entretient une forme de banalisation. Beaucoup de patients ne jugent pas nécessaire de contrôler leur tension, en particulier en l’absence de douleurs ou de troubles visibles. Or, cette perception est trompeuse.


Car dans l’intervalle, la maladie progresse silencieusement. Elle altère progressivement les artères et expose à des complications graves - accidents vasculaires cérébraux, infarctus du myocarde, insuffisance cardiaque ou rénale - qui surviennent souvent brutalement, après des années d’évolution non détectée.


Dépistage insuffisant et prise en charge lacunaire

Si la prévalence de l’hypertension est élevée, sa prise en charge reste largement insuffisante. Moins d’un patient sur deux est diagnostiqué, et seule une minorité bénéficie d’un traitement adapté.


Plus frappant encore : à peine 10 % des hypertendus ont une tension effectivement contrôlée. Ce chiffre traduit une défaillance à plusieurs niveaux - dépistage, accès aux soins, suivi médical, mais aussi observance thérapeutique.


Dans de nombreux cas, le diagnostic intervient tardivement, à l’occasion de complications déjà installées. À cela s’ajoutent des inégalités territoriales, particulièrement marquées dans les zones rurales ou enclavées, où les structures de soins sont moins accessibles.


Face à ces limites structurelles, les initiatives actuelles, menées par la Société marocaine de cardiologie, privilégient des actions de proximité, rappelle Menebhi.


Femmes : une progression portée par les modes de vie et les facteurs sociaux

Longtemps plus fréquente chez les hommes, l’hypertension artérielle tend aujourd’hui à s’équilibrer entre les sexes au Maroc. Une évolution notable, qui traduit des transformations plus larges des modes de vie et des déterminants de santé.


Chez l’homme, la prévalence de l’hypertension s’explique par des facteurs biologiques, notamment une plus grande rigidité artérielle d’origine génétique, bien que des facteurs de risque comportementaux, tels que le tabagisme, la consommation d’alcool et le stress y contribuent.  Par contre, chez la femme, la progression observée ces dernières années repose davantage sur des facteurs environnementaux et comportementaux.


« On constate une augmentation de l’hypertension chez la femme, notamment en lien avec la recrudescence de l’obésité », souligne Menebhi. Au Maroc, près de 30 % des femmes seraient en situation d’obésité, contre environ 10 % chez les hommes. Sédentarité, alimentation déséquilibrée, mais aussi contraintes sociales et familiales participent à cette dynamique.


À ces facteurs s’ajoutent des dimensions hormonales, notamment la ménopause, ainsi que certaines pathologies spécifiques, comme l’hypertension gravidique (liée à la grossesse), qui peut constituer un facteur de risque ultérieur si elle n’est pas correctement suivie.


Une santé cardiovasculaire féminine encore sous-estimée

Au-delà des facteurs biologiques et comportementaux, les spécialistes pointent également une dimension plus structurelle : la santé cardiovasculaire des femmes reste encore insuffisamment prise en compte.


Les femmes consultent généralement plus tardivement et ont tendance à prioriser la santé de leur entourage au détriment de la leur. Mais cette sous-estimation ne se limite pas aux comportements individuels.


« Il existe aussi une tendance à minimiser les symptômes chez la femme, y compris dans le système de soins », relève la cardiologue. Certaines plaintes sont plus facilement attribuées à des facteurs psychologiques, retardant ainsi le diagnostic de pathologies cardiovasculaires pourtant bien réelles. Ce décalage contribue à alourdir un fardeau déjà important : les maladies cardiovasculaires constituent la première cause de mortalité chez les femmes, loin devant certaines pathologies plus médiatisées.


Une urgence de santé publique encore peu structurée

Chaque année, près de 127 000 décès d’origine cardiovasculaire sont enregistrés au Maroc, dont une part significative est liée à l’hypertension artérielle.


Malgré cette réalité, les politiques de prévention et de prise en charge restent encore fragmentées, reposant largement sur des campagnes ponctuelles plutôt que sur une stratégie intégrée à grande échelle. La Journée nationale de l’hypertension s’inscrit dans cette dynamique, avec un double objectif : sensibiliser la population et mobiliser les professionnels de santé.


Le message reste simple mais crucial : mesurer régulièrement sa tension, en particulier à partir de 40 ans, et ne pas attendre l’apparition de symptômes pour consulter. Comme le rappelle la campagne de sensibilisation : « L’hypertension ne fait pas mal. Mais elle peut tuer ».

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