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07.04.2017 à 11 H 08 • Mis à jour le 07.04.2017 à 11 H 19
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n°119.Pourquoi la faillite du PJD n’est pas un hold-up de la démocratie

Une fausse idée voudrait que le PJD a gagné sa légitimité à l’issue d’un processus de maturation politique qui en a fait le premier parti politique du Maroc. En réalité, il est né, comme les autres, de la fabrique du Palais et a cru à son affranchissement par un coup du sort. Personne ne lui a ravi sa victoire populaire, car en fait, de démocratie, il n’a jamais été question

Il faut tordre le cou à une idée qui enflamme les esprits : non, la marginalisation du PJD au sein du gouvernement qu’il est censé diriger n’est pas un coup d’Etat du Makhzen contre une démocratie en marche.


Abdelilah Benkirane s’est taillé tout au long de son mandat de chef de gouvernement un costume d’animal politique. Cela est incontestable. A-t-il pu cependant prendre l’épaisseur d’un homme d’Etat ? Rien n’est moins sûr en réalité.


L’ascension du PJD depuis ses premières lueurs n’a jamais été la résultante d’une maturité démocratique de la politique marocaine. On le sait, mais il est utile aujourd’hui de le rappeler au milieu des cris d’orfraie poussés comme autant de lamentations sur le sort « des islamistes de Sa Majesté » : le PJD est né dans les jupes du pouvoir autoritaire de Hassan II pour servir d’instrument de mort de la gauche contestataire.


Le changement de règne, la montée de l’islamisme politique dans le monde arabe et au-delà, lui ont servi de catalyseur dans une société travaillée par le conservatisme, la perte de repères identitaires et idéologiques et l’entrisme de la pensée des Frères musulmans et du Wahabbisme.


Dans un contexte hérité des années de dévitalisation du champ politique par l’autoritarisme du régime de Hassan II, les idées du PJD, essentiellement inspirées de l’étranger, ont trouvé un terreau fertile à leur expansion. La force de ce parti alternatif a été de s’organiser avec discipline et détermination, alors que tous ses compétiteurs étaient gagnés par le mal insidieux de la corruption et de l’achat des âmes.


Durant les années 2000, sa progression a été constante jouant sur le triptyque de la virginité, de l’opposition et surtout du référentiel religieux dont la Commanderie des croyants avait jusqu’alors le monopole absolu.


Le choc des printemps arabes a servi d’accélérateur de l’Histoire qui a propulsé plus vite que prévu le PJD aux devants de la scène, lui permettant de rafler la mise aidé en cela par une contestation populaire qu’il n’a pas soutenue, bien au contraire.


En 2011, Benkirane et ses amis sont arrivés au pinacle de leurs espérances, alors que jusque-là, ils ont grappillé des pans de pouvoir par petites touches. Ils doivent leur première grande victoire non pas grâce à leur participation à une dynamique démocratique, mais à un cataclysme totalement imprévisible.


Ont-ils capitalisé sur le rapt qu’ils ont commis après l’adoption de la Constitution de 2011 ? Non. Benkirane a tout de suite abandonné au Palais les territoires conquis, préférant travailler l’opinion publique à coups de slogans populistes que de contester au roi sa suprématie. Durant cinq ans, le gouvernement Benkirane, mité par les ministres et technocrates de souveraineté, a manœuvré sans exiger de transformation du régime. Il a participé à asseoir un rapport dual et malsain avec le Palais dans le seul espoir de rempiler pour un second mandat dans une logique menchévique d’accomplissement ultérieur de son modèle de société.


Le bilan de cette législature a été médiocre à bien des égards. Ce constat a été escamoté par les fanfaronnades à l’approche d’un nouveau scrutin, le premier organisé dans des conditions ouvertes.


Comme par enchantement, le discours mielleux ou au mieux parabolique (tamasih wal arafarit), a laissé la place à la révolte contre le fameux tahakkoum. Mais où était le PJD lorsqu’il était encore possible d’obtenir dans le sillage des révolutions arabes une loi fondamentale consacrant une véritable monarchie parlementaire ? Qu’a fait le PJD lorsque le Cabinet royal a organisé l’effeuillage systématique de ses prérogatives, ne lui laissant que la libre parole pour enfumer l’opinion publique ?


Bien sur, la classe politique s’est coalisée contre la machine Benkirane et le PJD a été la victime d’attaques et de complots à répétition. Le score obtenu en octobre ne lui a pas permis d’éviter les petits arrangements avec ses adversaires qui l’ont doucement, mais surement entrainé vers la fosse.


Dans ce jeu d’intérêts et face à des partis préfabriqués et dopés, les islamistes ont cru pouvoir jouer la carte de la volonté populaire au-delà du résultat des urnes. Les électeurs ont choisi le PJD, c’est un fait, mais ils ne lui ont pas donné pour autant les clés du pouvoir.


Faisandé à la base, ce marché aux voix n’a rien d’une démocratie. Il n’est que l’expression d’un rapport de force où un parti arrivé quatrième aux élections comme le RNI a pu enrayer l’élan du vainqueur. Téléguidé sans aucun doute par le Palais, ce coup de Jarnac n’aurait pas pu avoir lieu si le PJD avait résisté malgré l’impasse dans laquelle il a été piégé en choisissant logiquement de basculer dans l’opposition.


Benkirane s’est plié comme à son habitude au diktat qui lui a été imposé malgré son impétuosité feinte et ses jérémiades incessantes. Tombé du carrosse, il a laissé son successeur signer la reddition de son camp en rase campagne, ouvrant désormais la boîte de Pandore d’un mouvement politique qui se révèle au final hétéroclite et craquelé de l’intérieur.


Si ce moment grave a bien fermé une parenthèse ouverte en 2011, ce n’est pas celle d’une expérimentation démocratique, mais d’une anomalie de l’Histoire. Une transition démocratique a besoin d’une dynamique profonde davantage que d’un coup du sort. Personne n’a obligé le PJD à accepter de tergiverser des années durant, ni de subir une telle humiliation que celle de prendre la tête d’un gouvernement sur lequel il n’aura aucune autorité. La bonne question à se poser est de savoir s’il avait les moyens de se rebiffer et d’entrer en dissidence alors que son ADN est marqué du sceau de la compromission depuis sa naissance.


Lorsqu’on a compris cette évidence, l’argument du hold-up démocratique ne tient plus, car de démocratie, il n’a jamais été question.