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11.01.2024 à 16 H 44 • Mis à jour le 11.01.2024 à 16 H 47 • Temps de lecture : 4 minutes
Par et
CIJ

Afrique du Sud vs. Israël à La Haye : un Marocain parmi les 15 juges

À partir de ce jeudi 11 janvier, Israël et l’Afrique du Sud s’affrontent devant la Cour internationale de justice (CIJ), plus haute juridiction de l’ONU, après que Pretoria a accusé Israël d’« actes génocidaires » à Gaza, accusations qualifiées par les Israéliens de « diffamation sanglante absurde ».


Dans une requête de 84 pages adressée à la CIJ, qui siège à La Haye, l’Afrique du Sud exhorte les juges à ordonner d’urgence à Israël de « suspendre immédiatement ses opérations militaires » sur le territoire palestinien.


La requête sud-africaine s'explique notamment par des motivations historiques – le parti au pouvoir soutenant depuis longtemps la cause palestinienne, associée à la lutte contre l'apartheid – et de politique intérieure, à quelques mois des prochaines élections.


En affrontant Israël devant la plus haute juridiction de l'ONU, le pouvoir sud-africain espère sortir grandi sur la scène internationale et gagner en popularité chez lui avant des élections à risque pour son parti.


Pour défendre cette première affaire portée par le pays devant la CIJ, Pretoria envoie une « équipe d'élite » d'avocats, a souligné Cathleen Powell, professeure de droit international à l'université du Cap.


Parmi eux, John Dugard, associé au cabinet d'avocats international Doughty Street Chambers, auquel appartient notamment Amal Clooney. Me Dugard a été rapporteur spécial des Nations unies sur les droits humains dans les Territoires palestiniens.


Y figure aussi Tembeka Ngcukaitobi, qui a notamment travaillé sur l'affaire qui a conduit l'ancien président Jacob Zuma en prison.


Une délégation menée par le ministre de la Justice, Ronald Lamola, se rend aussi à La Haye pour soutenir l'initiative.


Cependant, les motivations de Pretoria sont aussi domestiques, selon les analystes. Pour la première fois de son histoire, l'ANC risque de perdre sa majorité parlementaire lors des prochaines élections prévues entre mai et août, dans un contexte socio-économique morose.


L'ANC voit dans ce recours « une base pour retrouver une primauté perdue ces 30 dernières années avec une gouvernance abandonnant peu à peu ses principes », explique Sara Gon, du groupe de réflexion Institute of Race Relations.


L'Afrique du Sud accueille la plus grande communauté juive d'Afrique subsaharienne. Mais le pays compte une population musulmane largement plus importante, dont une partie pourrait voir le recours contre Israël d'un bon œil.


L'Afrique du Sud pourrait aussi gagner du terrain sur la scène internationale avec sa démarche, estime Sara Gon.


Membre des Brics (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud), Pretoria considère ce groupe comme un contrepoids à l'ordre mondial dominé par les États-Unis et l'Europe. Et Pretoria a activement soutenu l'élargissement du bloc, notamment à l'Iran, grand rival d'Israël.


Les décisions de la CIJ sont sans appel et juridiquement contraignantes mais elle n'a aucun pouvoir pour les faire appliquer.


La Cour, qui siège à La Haye, comprend quinze juges élus. Parmi eux figure le magistrat marocain Mohamed Bennouna, réélu en 2014 pour un mandat de 9 ans. Natif de Marrakech en 1943, ce diplomate et professeur d’université, a étudié la jurisprudence et les sciences politiques à l’Université de Nancy et à l’Université de Paris, où il a obtenu un doctorat en droit international. Il a également obtenu son diplôme à l’Académie de droit international de La Haye en 1970. Il est également membre de l’Institut de droit international.


Le juge marocain a été professeur et doyen de la Faculté de droit à Rabat entre 1972 et 1984. En 1976, il a fondé la Revue juridique, politique et économique du Maroc. De 1985 et 1989, il a été directeur général de l’Institut du Monde Arabe (IMA) à Paris, et ambassadeur représentant permanent adjoint auprès des Nations Unies de 2001 à 2005. Il a également été professeur invité dans diverses universités en Tunisie, en Algérie, en France et aux États-Unis.


Bennouna a été honoré de diverses distinctions : Wissam Al Arch de l’ordre de Commandeur en 2014, Prix national de la culture du Maroc, Médaille de la culture du Yémen et Chevalier de l’ordre de la Légion d’honneur en France.

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