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19.11.2019 à 10 H 09 • Mis à jour le 19.11.2019 à 10 H 09
Par
Amériques

Bolivie: après la mort de neuf paysans, « l’humiliation » cède à la colère

Neuf croix placées sur le bord de la route de Cochabamba, en Bolivie, rappellent que vendredi neuf partisans de l’ex-président Evo Morales ont été tués pendant une manifestation. Après « l’humiliation  », les habitants ressentent de la colère envers le nouveau gouvernement.


Trois jours après leur mort, leurs collègues et amis « cocaleros » –  paysans cultivateurs de coca –  continuent à se rassembler au même endroit où, disent-ils, les soldats ont ouvert le feu.


Ce jour-là à Sacaba, les manifestants voulaient aller jusqu’à Cochabamba, à quelques kilomètres, et exprimer leur rejet de la présidente par intérim de droite Jeanine Añez qui a pris les rênes du pays la semaine dernière, 48 heures après la démission d’Evo Morales.


« Humiliés » par la mort de leurs camarades, les paysans de Sacaba sont prêts, si nécessaire, à porter leurs doléances et réclamer justice jusqu’à La Paz, à 380 km de là.


Et, s’il le faut, faire encore gonfler le macabre décompte des habitants tombés à Sacaba, près de Cochabamba, fief d’Evo Morales, lui-même ancien patron de la confédération syndicale des « cocaleros ».


« S’il y a des morts, nous les veillons, mais nous continuons la lutte », explique Jaime Marcas, 26 ans, depuis le péage qu’occupent les manifestants sur la route de Cochabamba.


Sur les façades des maisons des alentours les impacts de balles sont encore visibles.


« Nous qui portons la pollera (ample jupe des Amérindiennes, ndlr), nous avons été discriminées. Nos drapeaux, notre wiphala (bannière multicolore des indigènes andins, ndlr) ont été piétinés », raconte Leonor Gonzalez à l’AFP.


« En plus, on ne nous laisse pas entrer dans la ville (Cochabamba, ndlr). On nous fouille comme si on était à un poste-frontière », se lamente-t-elle.


Le visage rouge de colère, Leonor, 45 ans, affirme qu’au barrage qu’elles avaient érigé, les forces de l’ordre ont menti aux manifestants qui voulaient se diriger vers Cochabamba. Selon elle, les soldats et policiers ont dit aux femmes de passer en premier.


« Ils nous ont aspergé de gaz (lacrymogène, ndlr), et les hommes, qui attendaient derrière que nous soyons passées, ont reçu des balles », explique-t-elle.


La version du gouvernement par intérim est tout autre. Le ministre de l’Intérieur Arturo Murillo a laissé entendre ce week-end que les manifestants s’étaient tiré dessus entre eux.


Sur la route de Cochabamba, des chapeaux, des lambeaux de chemises, des chaussures s’accumulent sur un pneu brûlé.


« Ca appartient à ceux qui ont pu s’enfuir en courant », raconte un paysan qui monte la garde.


Un peu plus loin ont été placées les croix en hommage aux neuf morts de vendredi.


Emilio, Omar, César, Juan, Roberto, Lucas, Placido, Marcos : huit prénoms ont été inscrits en lettres blanches. Un neuvième, Armando, est surmonté de la photo d’un garçon qui n’avait pas plus de 20 ans.


Vendredi, eux et leurs camarades « cocaleros » et paysans entendaient manifester leur soutien à Evo Morales et leur rejet de Jeanine Añez.


Le premier président indigène de Bolivie a affirmé avoir remporté un quatrième mandat dès le premier tour de la présidentielle du 20 octobre. Mais l’opposition a crié à la « fraude » et a appelé à manifester. Acculé, lâché par l’armée, Evo Morales a démissionné le 10 novembre et est parti en exil au Mexique.


Depuis, il dit avoir été victime d’un « coup d’Etat » et sa successeure a promis de « pacifier » la Bolivie en organisant de nouvelles élections présidentielle et législatives.


Mais à Sacaba, personne ne veut entendre parler d’un nouveau scrutin tant que Jeanine Añez sera en poste.


La répression des manifestations a accentué la colère des pro-Morales, d’autant que la présidente par intérim a, par décret, exonéré les forces de l’ordre de toute poursuite pénale dans l’exercice de leurs fonctions.


« Avant, tout cela n’existait pas. Il y avait des manifestations mais on ne nous tirait pas dessus à balles réelles », explique Jaime Marcas. « Maintenant, n’importe qui peut venir, nous tirer dessus et s’en sortir sans procès », souffle-t-il.

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