S'abonner
Se connecter
logo du site ledesk
En continu
Les dernières informations en temps réel
12.05.2026 à 10 H 41 • Mis à jour le 12.05.2026 à 16 H 47 • Temps de lecture : 4 minutes
Par
Dispositif

La CM-TPME dénonce un Pacte TPME qui ne ciblerait que « 0,02 % du tissu des petites entreprises »

Un artisan dans son échoppe dans la vieille médina de Chefchaouen

Dans un communiqué, la Confédération Marocaine des TPE-PME (CM-TPME), présidée par Abdellah El Fergui, a fait part de sa « profonde préoccupation » quant à l'architecture du Pacte TPME lancé le 29 avril par les pouvoirs publics. Selon l'organisation, le dispositif présente une contradiction majeure : il se réclame des très petites, petites et moyennes entreprises, mais exclurait, dans les faits, la grande majorité du tissu qu'il prétend servir, estimé par la confédération à environ 4 millions de très petites entreprises.


Le premier grief porte sur la gouvernance du programme. La CM-TPME affirme avoir été écartée tant de la phase de conception que des mécanismes de pilotage du Pacte, alors que la Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM) y a été associée dès l'origine et reste impliquée dans son déploiement, y compris au niveau territorial. La confédération souligne par ailleurs que le ministère en charge de la Petite Entreprise serait absent ou marginalisé, tandis que d'autres départements sectoriels, en particulier le ministère du Tourisme, ont été intégrés au dispositif. Elle compare cette configuration à celle du programme Forsa, dans lequel l'association d'un ministère tiers s'était selon elle faite au détriment du département de tutelle des petites entreprises, et y voit une « défaillance de conception » plutôt qu'un simple arbitrage institutionnel.


La confédération met également en cause le calibrage du Pacte au regard de l'ampleur du tissu visé. Le dispositif cible environ 800 entreprises par an entre 2026 et 2030, soit une intervention qui, selon les calculs de la CM-TPME, ne dépasserait pas 0,02 % du tissu des TPE. Cette portée, qualifiée de « symbolique », contrasterait avec une stratégie de visibilité forte : déploiement annoncé dans les 12 régions, communication institutionnelle soutenue, séquences de lancement territorialisées. L'organisation y voit un dispositif à « forte intensité médiatique » mais à capacité d'intervention limitée, concentré sur un nombre restreint d'entreprises déjà structurées.


Pour étayer son constat, la CM-TPME avance plusieurs données de terrain de son cru : 52 000 entreprises auraient fermé en 2025, soit l'équivalent d'une TPE qui disparaît toutes les dix minutes, moins de 5 % des TPE auraient accès au financement et moins de 10 % aux commandes publiques, l'économie informelle représenterait encore 41 % de l'activité. La majorité des très petites entreprises seraient ainsi, selon la confédération, en situation de survie et non de croissance.


L'organisation critique aussi les conditions d'éligibilité au Fonds de soutien spécifique à l'investissement des TPME, pilier de la Nouvelle Charte d'investissement. Ce dernier exige un ticket minimum d'un million de dirhams (MDH) d'investissement et deux derniers bilans supérieurs à un 1 MDH de chiffre d'affaires, ce qui éliminerait de fait la majorité des TPE marocaines, dans un contexte marqué par les séquelles de la pandémie, 7 années consécutives de sécheresse, les répercussions de la guerre en Ukraine, l'inflation persistante et la hausse des prix du gasoil. Pour la confédération, « ce n'est plus un problème d'accès, c'est un problème de ciblage ».

Le communiqué pointe par ailleurs un repositionnement stratégique de Maroc PME, dont l'agence se déploie désormais dans les locaux des Centres régionaux d'investissement (CRI) des 12 régions, avec une orientation accrue vers l'accompagnement de nouveaux investisseurs et l'assistance technique de projets déjà financés. La CM-TPME y voit un glissement d'un rôle de soutien au tissu existant vers une fonction d'appui à des politiques sectorielles, illustré selon elle par la mise en œuvre du programme « Go Siyaha » pour le ministère du Tourisme, les partenariats avec les CRI et le déploiement des « PME Master Classes ».


La confédération formule en conclusion 4 exigences pour une révision du dispositif : l'intégration de l'organisation représentative des TPE dans la gouvernance du PACTE  un recentrage des dispositifs sur les entreprises en situation réelle de fragilité  un abaissement substantiel, d'environ 1 MDH, des seuils d'accès au Fonds d'investissement, et le traitement prioritaire des blocages structurels que sont la fiscalité, la trésorerie, l'accès au crédit et à la commande publique, les délais de paiement et les mécanismes de protection en cas de défaillance. Sans ce socle, conclut le communiqué, le Pacte TPME « restera un programme pour entreprises visibles, et non une réponse à la réalité économique du pays ». La CM-TPME se déclare disponible pour participer à une refonte du dispositif, « à condition que celle-ci soit réelle et non un nouvel exercice de communication ».

©️ Copyright Pulse Media. Tous droits réservés.
Reproduction et diffusions interdites (photocopies, intranet, web, messageries, newsletters, outils de veille) sans autorisation écrite.

Par
Revenir au direct