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10.11.2019 à 21 H 21 • Mis à jour le 10.11.2019 à 21 H 21
Par et
Bolivie

Le président bolivien Evo Morales annonce sa démission

« Je renonce à mon poste de président. » Le président bolivien Evo Morales aura fini par céder, dimanche 10 novembre, en annoncant à la télévision sa démission dans le sillage de plusieurs ministres et députés après trois semaines de contestation.


Morales avait annoncé plus tôt ce dimanche qu’il convoquerait de nouvelles élections en Bolivie, où la contestation du scrutin du 20 octobre n’a cessé de prendre de l’ampleur, l’armée bolivienne avait recommandé au chef de l’État de démissionner, jugeant qu’une telle décision contribuerait à restaurer le calme dans le pays. « Après avoir analysé le conflit national, nous demandons au président de renoncer à son mandat présidentiel, de permettre le rétablissement de la paix et le restauration de la stabilité dans le pays », a déclaré à la presse le commandant des forces armées terrestres, Williams Kaliman.


Après plusieurs jours de contestation, à la suite des résultats controversés du scrutin qui avait débouché sur la réélection d’Evo Morales, le président bolivien avait renoncé dimanche à conserver coûte que coûte son poste. Evo Morales avait annoncé qu’il convoquerait de nouvelles élections en Bolivie, où la contestation du scrutin du 20 octobre n’a cessé de prendre de l’ampleur. « J’ai décidé de renouveler l’ensemble des membres du Tribunal électoral suprême », avait déclaré le président Morales lors d’une intervention télévisée en annonçant qu’il « convoquerait de nouvelles élections qui permettront, en votant, au peuple bolivien d’élire démocratiquement de nouvelles autorités ».


Face à la tension extrême que traverse désormais le pays, Evo Morales, 60 ans, avait préféré accepter ce qu’il refusait d’envisager jusqu’ici. « Cette décision prise, j’appelle à faire baisser la tension. Tous et toutes doivent pacifier la Bolivie », avait-il lancé. Evo Morales n’avait pas spécifié s’il se représenterait à ces nouvelles élections et n’a pas plus indiqué les dates auxquelles elles auraient lieu. Peu auparavant, l’Organisation des États américains (OEA) avait demandé l’annulation de la présidentielle du 20 octobre, entachée de fraudes selon elle, et demandé la convocation d’un nouveau scrutin, dès que les garanties seraient fournies pour son bon déroulement, « au premier rang desquelles la composition d’un nouvel organe électoral », par allusion au TSE.


Plusieurs dirigeants de l’opposition bolivienne ont appelé dimanche le président Evo Morales à démissionner. « Nous croyons que le président Morales doit prendre cette décision, s’il lui reste une once de patriotisme il devrait se retirer », a déclaré le centriste Carlos Mesa, candidat malheureux au premier tour de la présidentielle, dont l’Organisation des Etats américains (OEA) a demandé l’annulation.


Le chef de l’Etat « n’est pas en conditions » de mener un nouveau processus électoral ni de se présenter à nouveau comme candidat, a-t-il ajouté. « Evo Morales a brisé l’ordre constitutionnel et doit démissionner », a aussi estimé Luis Fernando Camacho, dirigeant le plus visible et radical de l’opposition, appelant à la formation d’une “commission de gouvernement transitoire” , chargée de « convoquer de nouvelles élections d’ici 60 jours maximum ».


Dans un communiqué, la cheffe de la diplomatie européenne, Federica Mogherini, a salué « positivement » l’annonce de nouvelles élections, appelant « toutes les parties, surtout les autorités, à prendre leurs responsabilités démocratiques et les décisions appropriées permettant une réconciliation rapide et d’éviter de nouvelles violences ».


Le président de l’Assemblée nationale bolivienne, Victor Borda, a démissionné dimanche après l’incendie de son domicile par des manifestants, qui contestent depuis trois semaines la réélection au premier tour du président Evo Morales. « Je renonce à (la présidence de) l’Assemblée (… ), pourvu que cela aide à préserver l’intégrité physique de mon frère, qui a été pris en otage » à son domicile de Potosi (sud-ouest), a-t-il déclaré, peu après la démission du ministre des Mines, César Navarro, qui a dénoncé l’incendie de sa maison et l’agression de son neveu.


Le scrutin du 20 octobre a abouti à la réélection à la présidence, pour un quatrième mandat jusqu’en 2025, d’Evo Morales, un leader indigène de gauche, au pouvoir depuis 2006. Un tel quatrième mandat avait pourtant été rejeté par référendum en février 2016. Son score annoncé par le TSE, dépassant de plus de dix points celui du centriste Carlos Mesa, avait aussitôt été qualifié de frauduleux par l’opposition.


Evo Morales a annoncé dimanche que le Parlement, où il dispose de la majorité, se réunirait « dans les prochaines heures » pour que les partis boliviens puissent définir les moyens de renouveler le TSE et faire de lui une instance à l’abri des critiques, tant intérieures qu’extérieures. Les comités de la société civile qui se sont multipliés ces dernières semaines dans le pays et à l’origine d’assemblées publiques la semaine passée ont demandé à ce que ni Evo Morales ni Carlos Mesa ne se représentent pour un nouveau scrutin.


Les signes d’aggravation de la situation se multipliaient ces dernières heures, avec des mutineries d’unités policières et l’occupation de médias d’État par des manifestants. Evo Morales avait encore lancé samedi un appel au dialogue, rejeté aussitôt par l’opposition, tandis que Cuba lui exprimait son soutien, face à « l’aventure putschiste de l’impérialisme et de l’oligarchie ». Le pape François a appelé pour sa part les Boliviens à attendre « dans la paix et la sérénité » le processus de révision électoral « en cours ».


La vague de contestation qui secoue le pays depuis trois semaines a fait 3 morts et 200 blessés. Une foule de manifestants hostiles à Evo Morales a occupé samedi à La Paz les sièges de deux médias d’État, Bolivia TV et Radio Patria Nueva, et a contraint leurs employés à quitter les lieux. Evo Morales a condamné l’occupation de ces médias par des manifestants. « Ils disent défendre la démocratie, mais ils agissent comme en dictature », avait-il écrit sur Twitter.


Peu après, une radio du syndicat paysan CSUTCB à La Paz a également été envahie par des manifestants, selon un autre tweet d’Evo Morales qui a condamné « une attaque lâche et sauvage ». « Dans le style des dictatures militaires, les putschistes attaquent des sièges syndicaux », a écrit le président. Vendredi, trois unités de la police se sont mutinées dans la ville de Cochabamba (centre), puis à Sucre (sud, capitale constitutionnelle de la Bolivie) et à Santa Cruz, une région riche de l’est du pays et un bastion de l’opposition.


Les mutineries se sont étendues dans la nuit de vendredi à samedi aux autres régions, selon les médias locaux. « Notre démocratie est en danger à cause du coup d’État en cours que des groupes violents ont lancé contre l’ordre constitutionnel », avait écrit Evo Morales sur Twitter vendredi soir. Le ministre de la Défense Javier Zavaleta a toutefois exclu une intervention militaire contre les mutins.

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