Le recyclage textile pourrait attirer 1,9 milliard de dollars au Maroc
La filière du recyclage des déchets textiles est techniquement viable au Maroc et sa mise à l'échelle pourrait drainer jusqu'à 1,9 milliard de dollars d'investissements privés supplémentaires, tout en générant plus de 30 000 emplois. C'est la principale conclusion du Diagnostic du secteur privé du Groupe de la Banque mondiale, présenté mardi à Rabat dans le cadre du programme « Morocco Textile Circularity », piloté par la Société financière internationale (IFC).
Ces projections reposent sur un programme pilote dont les résultats, dévoilés à cette occasion, dépassent les objectifs initialement fixés. Selon le diagnostic, 427 tonnes métriques de chutes textiles ont été transformées en nouveaux matériaux destinés à la production, et 2 400 tonnes supplémentaires ont été orientées vers le recyclage. Les tissus à contenu recyclé issus de ces opérations auraient satisfait aux critères de qualité commerciale standard sur l'ensemble des paramètres testés, ce qui leur permettrait de réintégrer la chaîne d'approvisionnement sans perte de performance. Une analyse de cycle de vie versée au dossier établit par ailleurs que le recours aux matériaux recyclés réduirait les émissions de carbone d'environ 18 % et la consommation d'eau de plus de 60 % comparé aux procédés conventionnels.
Une part substantielle des retombées attendues concernerait le bas de la chaîne de valeur. Plus de 80 % des collecteurs de déchets textiles opèrent aujourd'hui dans l'informel au Maroc. Une étude menée dans le cadre du programme estime que jusqu'à 75 % d'entre eux pourraient basculer vers le secteur formel d'ici cinq ans, à condition de bénéficier d'un accompagnement institutionnel adapté — perspective présentée comme un levier de stabilisation économique pour ces travailleurs parmi les plus précaires.
Pour David Tinel, représentant régional de l'IFC pour le Maghreb, le développement de la circularité textile permettrait de créer des dizaines de milliers d'emplois et de bâtir une industrie compétitive à l'échelle mondiale, un constat qu'il estime désormais étayé par les résultats du pilote. Le secrétaire général du département du Développement durable au ministère de la Transition énergétique et du Développement durable, Bouzekri Razi, a rappelé que le projet, lancé il y a trois ans, visait d'abord à vérifier si la circularité textile pouvait constituer une opportunité réaliste pour le pays. Il en retient aujourd'hui des « preuves opérationnelles » et range le textile bas carbone parmi les secteurs piliers de l'investissement privé.
Le directeur général de l'Industrie au ministère de l'Industrie et du Commerce, Youssef Fadil, a pour sa part chiffré à près de 83 200 tonnes par an le gisement de déchets textiles pré-consommation généré par l'industrie nationale, qu'il juge valorisable.
Pour exploiter ce potentiel, le programme assortit son diagnostic d'une série de recommandations. Il préconise de reclasser les chutes d'usine en sous-produits industriels plutôt qu'en déchets et de réformer les règles douanières afin d'autoriser les marques à transférer la propriété légale de ces matériaux aux fabricants locaux. Il appelle également à la mise en place d'une plateforme nationale de traçabilité et à l'investissement dans les capacités de filature, pour éviter que les fibres recyclées ne soient exportées avant d'être transformées et réintroduites localement.
L'urgence tient au resserrement des exigences des acheteurs internationaux, et singulièrement européens : l'UE absorbe 93 % des exportations textiles marocaines. Le passeport numérique des produits de l'Union doit entrer en vigueur en 2027, échéance à laquelle des dispositifs obligatoires de responsabilité élargie des producteurs pour les textiles devraient être généralisés dans l'ensemble des États membres. La traçabilité et le contenu recyclé deviennent ainsi des conditions d'accès au principal débouché du secteur.
Le programme « Morocco Textile Circularity » a associé les ministères de l'Industrie et du Commerce et de la Transition énergétique et du Développement durable, l'Administration des douanes et impôts indirects (ADII), l'Agence marocaine de développement des investissements et des exportations (AMDIE) et l'Association marocaine des industries du textile et de l'habillement (AMITH), aux côtés de marques internationales, d'usines, de collecteurs et de recycleurs.
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