Plafonnement des prix des carburants : l’Istiqlal et l’USFP s’expliquent après le rejet du texte
Le 16 juin, à la Chambre des conseillers, deux propositions de loi portant l'une sur le plafonnement des prix des carburants, l'autre sur la nationalisation de la raffinerie Samir ont été écartées par 29 voix, celles des groupes de la majorité et de l'Union générale des travailleurs du Maroc (UGTM) contre 10, émanant du Mouvement populaire et des centrales syndicales UMT, CDT et UNTM. L'USFP, elle, a choisi de s'abstenir, un positionnement qui a concentré l'attention et nourri la controverse, conduisant les deux formations à sortir du silence pour s'expliquer.
Mis en cause pour son vote contre les deux propositions, le parti de Nizar Baraka a d'abord cherché à dissiper ce qu'il présente comme une confusion. À ses yeux, plafonner les marges des distributeurs de carburants ne revient pas à plafonner les prix eux-mêmes. Ces derniers, rappelle-t-il, sont indexés sur les cours internationaux du pétrole et ne sauraient être fixés par voie administrative sans peser sur les équilibres des finances publiques ni sur l'approvisionnement du marché. Plutôt qu'un encadrement des prix, l'Istiqlal défend un encadrement des marges bénéficiaires des opérateurs, assorti d'une lutte contre les ententes et d'un plafonnement des profits jugés excessifs. Une voie qui, selon lui, protégerait le consommateur sans grever le budget de l'État.
Le parti rejette par ailleurs tout retour à la caisse de compensation des hydrocarbures. Cette mécanique, fait-il valoir, a surtout profité aux gros consommateurs au détriment des ménages les plus fragiles, et mobiliserait des ressources considérables au moment où l'État finance le chantier de la protection sociale et les aides directes, dont bénéficient selon lui plus de quatre millions de familles. L'orientation des deniers publics vers un ciblage direct des populations les plus exposées lui paraît à la fois plus juste et plus efficace qu'un soutien universel.
L'Istiqlal voit dans les reproches qui lui sont adressés une manœuvre relevant davantage de la surenchère électorale que d'un débat économique sérieux. Il souligne que sa propre proposition, fixer un plafond aux bénéfices des sociétés sans coûter un dirham au Trésor, vise précisément à préserver le pouvoir d'achat. Le parti ne manque pas, enfin, de renvoyer ses contradicteurs à leurs responsabilités passées, rappelant que les formations aujourd'hui à la pointe de la campagne sont aussi celles qui ont accompagné la libéralisation des prix des carburants, à une époque où lui-même siégeait dans l'opposition.
Du côté de l'USFP, l'enjeu était de défendre une abstention que ses dirigeants refusent de voir réduite à un soutien déguisé ou à une posture de neutralité. La formation socialiste déplore que l'attention se soit focalisée sur son vote, alors même que les deux textes ont été rejetés par la majorité gouvernementale. Forte d'une assise qu'elle qualifie d'écrasante, celle-ci disposerait des voix nécessaires pour faire adopter ou écarter n'importe quel texte, rendant l'issue des scrutins prévisible avant même leur tenue.
Pour le parti de la rose, cette configuration vide le débat parlementaire de sa substance et affaiblit le pluralisme. Son abstention se veut dès lors un acte de protestation contre ce qu'il décrit comme une mainmise de la majorité sur le processus législatif, un déséquilibre qu'il affirme dénoncer de longue date. La vraie question, plaide-t-il, n'est pas son propre vote mais l'identité de ceux qui ont fait échouer les deux propositions et les intérêts que ce rejet sert, en déplaçant le regard vers l'abstention, ses détracteurs détourneraient l'attention du fond et de la responsabilité politique réelle dans la décision.
L'USFP plaide en somme pour une lecture moins binaire de l'acte de voter : dans un rapport de forces qu'elle juge déséquilibré au point de priver le scrutin de toute portée réelle, s'abstenir relèverait d'un choix politique assumé plutôt que d'une dérobade. Reste que, sur le fond comme sur la forme, les deux propositions de loi ont bel et bien été enterrées, illustrant combien, à l'approche des échéances électorales, le terrain du pouvoir d'achat est devenu un front d'affrontement entre formations.
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