Une cinquantaine de mineurs marocains débarquent à la nage à Sebta
Malgré des conditions météorologiques extrêmes, 54 mineurs marocains non accompagnés et une trentaine d’adultes ont réussi à rejoindre l’enclave espagnole de Sebta à la nage vendredi soir, ravivant les tensions autour de la gestion des flux migratoires à la frontière sud de l’Espagne.
Selon des sources de la Garde civile espagnole, les intrusions se sont concentrées sur les secteurs les plus vulnérables de la frontière maritime, principalement par les points sensibles de Tarajal et Benzú, où des patrouilles ont été rapidement déployées pour tenter de contenir les incursions et porter assistance aux personnes en détresse.
Les vagues puissantes et les courants n’ont pas dissuadé ces mineurs non accompagnés, déterminés à atteindre la côte espagnole. Plusieurs interventions de sauvetage ont dû être menées dans l’urgence par les agents de la Guardia Civil afin d’éviter des drames humains.
Face à cette nouvelle poussée migratoire, le gouvernement local a réagi vivement. Le Département de la Présidence et du gouvernement de Sebta a annoncé dès samedi le déploiement de la police locale pour retrouver les jeunes arrivés clandestinement au cours des dernières heures. Juan Vivas, président de Sebta et doyen des dirigeants du Parti populaire (PP - opposition), a lancé un nouvel appel solennel au gouvernement de Madrid : « Ne nous laissez pas seuls. C’est une affaire d’État. Il faut résoudre ce problème. »
Les autorités locales estiment que 54 enfants supplémentaires ont rejoint Sebta vendredi, s’ajoutant aux quelque 460 mineurs déjà pris en charge par les structures d’accueil de la ville, bien au-delà de leur capacité maximale de 132 places. La pression sur le système d’accueil devient critique, selon l’administration autonome, qui, tout en affirmant ne pas vouloir céder à la panique, insiste sur la gravité de la situation.
Un plan de répartition de mineurs non accompagnés entre Sebta, les îles Canaries et les autres communautés autonomes d’Espagne doit entrer en vigueur le 28 août. Il prévoit le transfert de 4 400 enfants, mais les autorités de Sebta doutent de l’efficacité de ce dispositif face à l’afflux constant observé ces dernières semaines. À ce jour, aucun chiffre précis n’a été communiqué sur le nombre de mineurs qui quitteront effectivement Sebta à cette date.
Cette nouvelle vague migratoire intervient à un moment particulièrement sensible pour la ville. Dans quatre jours débute la Foire de Ceuta, événement annuel qui s’achèvera le 5 août. Cette période donne traditionnellement lieu à l’« Opération Feriante », une vaste mobilisation des forces de sécurité espagnoles visant à contrôler minutieusement tous les véhicules quittant Sebta par ferry vers Algésiras, afin d’empêcher des mineurs de se dissimuler à bord pour rejoindre la péninsule.
Or, selon les statistiques de l’année précédente, cette période estivale est marquée par une recrudescence des tentatives d’intrusion. En août 2024, environ 300 mineurs avaient ainsi réussi à pénétrer sur le territoire espagnol à Sebta. L’administration locale craint donc un scénario similaire, voire aggravé, en raison de l’effet d’appel provoqué par l’échéance du transfert national annoncé.
L’exécutif de l'enclave espagnole insiste sur la nécessité d’une réponse coordonnée de l’État espagnol et de l’Union européenne, appelant à une gestion structurelle et durable de la question migratoire. Face à la saturation de ses capacités et à la pression exercée par les arrivées irrégulières de mineurs en provenance du Maroc, la ville alerte sur une crise imminente qu’elle dit ne pas pouvoir affronter seule.
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