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04.05.2021 à 12 H 52 • Mis à jour le 04.09.2021 à 16 H 01
Par

Benabdallah: “ Il faut un élan nouveau comme au début des années 2000 ”

ENTRETIEN Depuis 2016, Nabil Benabdallah a survécu à une débâcle électorale et à un désaveu royal. A quelques mois des élections, le patron du Parti du progrès et du socialisme (PPS) affûte ses armes en multipliant les sorties médiatiques contre ses adversaires, notamment le RNI et le PJD. Pour Le Desk, il revient sur les carences de l’Exécutif, la nécessité pour l’État d’un retour à un élan de réformes, son rapprochement du PAM, le départ de son parti du gouvernement, sa position sur le quotient électoral…
Nabil Benabdallah
Une décennie à la tête du PPS
2010 
Elu secrétaire général du PPS
2011 
Il intègre le gouvernement dirigé par les islamistes sous le mandat Abdelilah Benkirane
2016 
A la suite de critiques visant le fondateur du PAM et conseiller du roi, Fouad Ali El Himma, il se fait recadrer par un communiqué du cabinet royal
Le PPS obtient 12 sièges à la Chambre des représentants, soit six sièges de moins qu’en 2011
2017 
Nabil Benabdallah est limogé du ministère de l’Habitat par le roi, tout comme Houcine El Ouardi du ministère de la Santé
2018 
Il est reconduit à la tête du PPS
2019 
Le PPS quitte le gouvernement
2020 
Après l’élection d’Abdellatif Ouahbi comme secrétaire général du PAM, le PPS se rapproche du parti du tracteur

Ne remportant que douze sièges aux dernières législatives, un « butin » insuffisant même pour constituer un groupe parlementaire, le Parti du progrès et du socialisme (PPS) s’est pourtant fait confier des ministères importants sous les deux mandats du PJD depuis 2011 : la Santé, l’Habitat, la Culture, l’Emploi et l’Eau. Il a aussi été au centre de l’actualité ces dernières années. D’abord pour son alliance avec les islamistes, un mariage contre-nature au vu du passé communiste de la formation de Ali Yata. Une « alliance indéfectible » que le PPS a réaffirmée début septembre 2016, peu avant la publication d’un communiqué du cabinet royal tançant Nabil Benabdallah pour avoir déclaré dans le journal Al Ayam : « Notre problème n’est pas avec le PAM comme parti, mais avec celui qui est derrière et qui personnifie le tahakoum (Fouad Ali El Himma, ndlr). »


« Nous essayons en tout cas de nous distinguer par rapport aux autres partis et nous payons le prix pour cela. Parfois, nous recevons des coups parce que nous sommes soucieux de notre liberté de ton, de notre autonomie, de notre indépendance de décision », nous dit le secrétaire général du parti du livre, sans faire référence à cet épisode en particulier. Lorsque sont limogés, un an plus tard, Nabil Benabdallah avec son camarade  de parti Houcine El Ouardi – en plus de la sanction infligée à Amine Sbihi, ancien ministre de la Culture, à qui ne sera plus confiée aucune responsabilité officielle -, le PPS déclare son « respect envers les décisions du roi » non sans louer l’engagement de ses ministres sanctionnés qui ont rempli « leur mission en toute abnégation ».


Malgré la débâcle électorale et le limogeage royal, Nabil Benbadallah a été réélu à la tête du PPS en 2018 là où d’autres partis se sont empressés de chasser leurs chefs devenus encombrants après les élections ( Abdelilah Benkirane, Hamid Chabat, Ilyas El Omari et  Salaheddine Mezouar). Désormais, c’est avec l’Istiqlal, « tombé dans la même marmite que le PPS », et le PAM, devenu plus « fréquentable » après le départ d’El Omari, que le parti du livre fait de l’opposition en tirant à boulets rouges sur l’Exécutif, « probablement le gouvernement le plus faible que le Maroc ait connu depuis l’Indépendance ». L’enjeu des prochaines élections pour Benabdallah ? Que les urnes accouchent d’un gouvernement fort et homogène.

FACE AU DESK

Nabil Benabdallah

Nabil Benabdellah, à Rabat le 30 avril 2021. ©MOHAMED DRISSI K. / LE DESK


Pandémie, crise économique, partis politiques plus que jamais faibles… Les prochaines élections auront lieu dans un contexte spécial. Quels sont, selon vous, leurs enjeux ?
L’enjeu majeur qui, malheureusement, n’apparaît pas très fort dans le climat politique d’une manière générale mais également auprès des différents partis, c’est comment renforcer le processus démocratique, comment établir et consolider la démocratie dans notre pays, comment faire en sorte que ce scrutin multiple puisse être une sorte d’élan nouveau pour la mise en œuvre de la constitution de 2011, une mise en œuvre plus rapide, plus profonde plus volontariste. C’est l’enjeu majeur. Maintenant, que tel parti gagne ou arrive en première position, d’aucuns auront tendance à privilégier cela. Pour ma part, je dirais : « What else ? ».


Ce qui importe le plus, ce n’est pas que tel ou tel parti gagne mais le programme de réforme qui va être initié. Est-ce qu’on va avoir affaire à un gouvernement fort, homogène, capable d’assumer ses prérogatives telles que stipulées par la Constitution ? Est-ce qu’on va avoir affaire à un gouvernement qui va au-devant des grandes attentes aussi bien celles de notre peuple que du pays ? Comment relancer l’économie après le Covid-19 et sur quelle base programmatique ? Je vous dis cela car ce débat est totalement absent de la scène politique. On entend que des polémiques stériles sur certains aspects avec des partis en train de se disputer un certain nombre de créatures électorales. Cela veut dire qu’il n’y a même pas à ce niveau le renouvellement nécessaire et dont le pays a besoin : des jeunes, des compétences, des personnes capables d’apporter un mieux au Parlement et aux conseils élus. Il y a une sorte de césure entre la population et les partis. C’est pour ça que nous avons besoin d’un élan nouveau.


Étant donné que les plus grands chantiers sont conçus par le Palais et que le gouvernement se contente le plus souvent d’un rôle d’exécutant avec le succès que l’on connait, les électeurs conscients de cette réalité ne risquent-ils de bouder les urnes, convaincus que les élections « ne servent à rien » ?

C’est une excellente question. Nous en sommes arrivés là en effet. Il y a, d’abord, une décrédibilisation de l’action politique, une sorte de défiance qui s’est installée, une crise de confiance dans les institutions, dans les partis, dans la capacité de ces acteurs à apporter du mieux à la population dans la vie de tous les jours. C’est pour cela qu’il y a différentes responsabilités. La première, c’est que l’État puisse un peu comme ce qui s’est passé au début des années 2000 donner un élan nouveau de réformes, notamment dans le champ politique, qui puisse contribuer à donner de la présence, de la crédibilité, de la confiance aux forces politiques existantes et faire en sorte que la Constitution de 2011 soit mise en œuvre de manière plus résolue.


Cela veut dire : disposer d’un gouvernement fort, réellement fort, un gouvernement qui décide. L’image qui a été donnée pendant la crise du Covid-19 a montré l’inverse. N’eût été l’action de Sa Majesté pour prendre un certain nombre de grandes décisions, on avait affaire à un gouvernement qui était absent, désuni, qui manquait totalement d’homogénéité, probablement un des plus faibles que nous ayons eu depuis l’indépendance. Un gouvernement dont la présence politique est extrêmement dérisoire. Cela a contribué énormément à désintéresser encore plus les Marocains de la politique. C’est pour cela qu’il faut que des signaux soient donnés.


Avant d’aller voter, probablement au mois de septembre prochain, Il faudrait qu’un certain nombre d’initiatives fortes de réformes soient prises. Je pense notamment à l’élargissement des détenus du Rif, ceux de Jerada, aux dépassements de certains dossiers médiatiques, qui sont devant les tribunaux, à certains dossiers liés aux droits de l’homme. Il faut qu’il y ait un souffle, une capacité pour l’État de comprendre que si cette tendance est insufflée dans la société, nous allons avoir probablement quelque chose de nouveau qui va s’installer, une sorte de réconciliation qui s’opérerait entre le peuple et les institutions.


En deuxième lieu, il y a la responsabilité des partis politiques eux-mêmes. Les partis politiques doivent s’autonomiser, conquérir leur liberté de parole, avoir la capacité de gérer leurs problèmes par eux-mêmes, de donner l’image de partis forts, qui ouvrent leurs portes, qui arrivent à faire adhérer des potentialités nouvelles, qui accordent leur confiance à des compétences dans la société, qui laissent la place à des jeunes, à des femmes, à des profils nouveaux susceptibles de mieux représenter les émergences qui s’opèrent au niveau de la société et d’opérer cette réconciliation avec le peuple.


C’est pour cela qu’il est extrêmement important que les partis saisissent la balle au bond et se reprennent en main.


Pour notre part, nous essayons en tout cas de nous distinguer par rapport aux autres partis et nous payons le prix pour cela. Parfois, nous recevons des coups parce que nous sommes soucieux de notre liberté de ton, de notre autonomie, de notre indépendance de décision. Mais, en même temps, nous subissons le contrecoup de la vision globale sur les partis politiques. J’ai envie de dire : Levez-vous, partis politiques, soyez présents, soyez dignes de la classe politique telle qu’elle a existé longtemps dans notre pays.


La troisième solution que je préconise est liée, qu’on le veuille ou non, à notre peuple. Nous participions, en tant que parti, aux élections et j’ai moi-même eu un parcours dans lequel nous avons agi dans des processus électoraux alors même que nous savions que ces processus électoraux étaient biaisés, trafiqués. Nous savions cela et nous nous battions et nous allions voter, nous faisions campagne parce que nous estimions qu’il n’y a que la participation qui vaille. Le fait de rester dans son coin, de refuser le scrutin et de ne pas y participer, cela fait le jeu au bout du compte des lobbies traditionnels qui existent en matière électorale.


À ce propos, il existe trois types d’électeurs possibles. Le premier type est constitué de ce que j’appelle les cellules dormantes, c’est l’électorat des partis islamistes. Ils sont là, plus ou moins élastiques, pouvant recueillir, dans une phase d’extrême développement, plus qu’elles représentent elles-mêmes, ce qui s’est passé en 2016. Elles peuvent également ne représenter qu’elles-mêmes mais c’est déjà plusieurs centaines de milliers de voix, comme elles peuvent reculer dans certaines phases.


Le deuxième type d’électeurs, ce sont des gens qui se déplacent soit parce qu’un certain nombre de falsificateurs de la volonté populaire, –  il faut appeler les choses par leur nom –  , continuent d’utiliser les moyens de l’argent, de corrompre la volonté des électeurs, d’utiliser des moyens fallacieux pour faire en sorte que les gens votent ou, au meilleur des cas, s’appuient sur l’appartenance tribale pour que les gens votent pour eux.


Puis, il y a le troisième type, qu’on peut appeler le vote politique. Or, ce vote politique, qui correspond en particulier à un parti comme le PPS, est extrêmement faible. Les gens qui ont une préférence politique ou des avis politiques sont traversés souvent par ces vagues d’abstention et ça nous fait beaucoup de mal. J’adresse ainsi un appel solennel à ces compétences, à ces jeunes, à toutes ces personnes qui veulent un Maroc meilleur, il faut qu’elles comprennent que cela ne se fait pas à coups de baguette magique, cela se fait en y allant, en se portant volontaire, en allant voter pour les partis qui le méritent et il y en a encore. Et si jamais ces partis ne le méritent pas assez, que d’autres fassent émerger un nouveau mouvement politique capable de porter le changement dans notre pays. Mais la non-participation est la chose à éviter.


Le PPS fait partie des formations politiques qui ont vilipendé le RNI que vous accusez d’instrumentaliser la pauvreté à des fins électorales en distribuant partout des paniers du ramadan. Y a-t-il des garde-fous contre de telles pratiques ? Si le parti a enfreint la loi, pourquoi n’a-t-il pas été sanctionné ?

D’aucuns nous disent qu’il doit y avoir une loi sur les actions caritatives. Soit. Mais en attendant cette loi sur les actions caritatives, il y a le code et les lois électorales qui permettent clairement d’affirmer que toute volonté de falsification de la volonté populaire et toute utilisation de l’argent doivent être clairement réprimées. Donc, cela existe déjà dans les textes. C’est pour cela qu’il faut, à mon sens, une action énergique de l’État, ce qui pourrait d’ailleurs contribuer à améliorer la participation. Nous avons d’ailleurs appelé les autorités à intervenir pour arrêter ce travestissement de la volonté populaire, cette action qui, non seulement, est illégale mais porte en elle les germes d’une profonde atteinte aux valeurs qui fondent la société marocaine. C’est une corruption en profondeur de la société marocaine. Lier le vote des gens et l’appartenance partisane à des actes caritatifs, je crois que nous sommes arrivés bien bas, surtout lorsque cela se fait à une si large échelle. Il faut que cela s’arrête et qu’il y ait une action énergique contre cela, et la loi le permet.


Outre la position du PPS et vos sorties médiatiques, il y a eu un tir groupé contre le RNI avec l’Istiqlal et le PAM, qui incarnait il y a encore quelques temps aux yeux du PPS ce qu’il était convenu d’appeler le « tahakoum ». Pourquoi ce rapprochement avec le parti du tracteur ? Le « Tahakoum » est-il parti avec Ilyas El Omari ?

Le début du changement, oui probablement. Cela a commencé à se faire avec le départ d’Ilyas El Omari et puis il y a eu une sorte de mouvement interne au PAM, qui a été initié par l’actuel secrétaire général (Abdellatif Ouahbi, ndlr) mais également un certain nombre d’autres acteurs comme la présidente du Conseil national Fatima Zahra Mansouri et d’autres. Ces acteurs ont considéré qu’il fallait donner une meilleure image au PAM et apporter une note autocritique au parcours ancien. Je vous rappellerai à ce niveau les sorties médiatiques mais également les positions prises par Abdellatif Ouahbi ainsi que les orientations adoptées par leur dernier congrès, lesquelles remettent en cause ce qui a été fait avant. Ils veulent donner au PAM l’image d’un parti qui agit pour la démocratie, un parti autonome dans ses décisions et pas un parti officiel ou, en tout cas, proche de milieux officiels, une image qui a été véhiculée à partir de la création. Et encore car, au départ, le PAM a apporté une sorte de fraicheur, en 2008 et 2009, avant de connaître une déviation pour s’accaparer un certain nombre de créatures électorales, ce qui a travesti complètement l’objet même de ce parti. Il y a semble-t-il une volonté de revenir aux principes fondateurs, qui étaient basés sur une approche plus crédible. C’est ce qui explique que nous avons un rapport meilleur avec le PAM. N’étant pas figés, à partir du moment que ce que nous avons critiqué n’a plus lieu de l’être, nous pouvons avoir une action commune.


Avec le PJD, c’est l’inverse qui s’est produit. D’allié du parti sous Benkirane, le PPS s’est transformé en adversaire politique du PJD d’El Otmani. Que s’est-il passé mis à part votre départ du gouvernement ?

Nous gardons des liens de respect et des contacts réguliers mais, dans le même temps, lorsque nous avons poursuivi notre action dans le gouvernement El Otmani, après tous les épisodes que nous avons connus à la fin du gouvernement Benkirane, nous avons voulu jouer un rôle à l’intérieur de ce gouvernement pour que l’élan de réforme soit là, pour que nous puissions aller au-devant des attentes des Marocains en matière de démocratisation, en matière de relance économique, en matière de justice sociale. Malheureusement, à partir d’avril 2017, et j’ai été moi-même dans ce gouvernement, nous avons assisté beaucoup plus à des foires d’empoigne et à des polémiques stériles entre les composantes de ce gouvernement. Quatre composantes politiques d’un côté, le PJD de l’autre et nous au milieu en train de dire : « Arrêtez, de grâce, les Marocains attendent autre chose ».


Les Marocains attendaient mieux du gouvernement, il y avait des chantiers en construction. Ces attaques et cette campagne électorale avant l’heure ont contribué à désintéresser les Marocains de la chose politique. À un moment, nous ne pouvions plus continuer et nous l’avons dit au PJD. L’élan de réforme n’était plus là, la force politique de ce gouvernement était absente. Si c’est pour nous retrouver compromis dans certaines orientations, nous préférions partir. Nous ne sommes pas dans un mariage catholique mais dans des alliances qui n’ont de sens que si elles épousent les convictions qui sont les nôtres.


Mais y avait-il cet élan de réforme sous Abdelilah Benkirane ?

En tout cas, il y avait du combat, de l’action. Il y avait quelques chantiers qui étaient pris en charge dans lesquels nous nous retrouvions. Il y avait, dans le domaine démocratique et des droits humains, beaucoup de craintes. Nous avons eu, dans ce sens, une présence politique très importante qui a permis de canaliser l’action du gouvernement du PJD à ce niveau. Peut-être qu’il n’y a pas eu d’avancée majeure pendant cette période en termes de construction démocratique mais il n’y a pas eu de recul. C’est important. Nous avons également navigué dans une situation où il y avait des chantiers qui étaient menés pour revigorer l’économie nationale et donner une meilleure capacité de résister et de produire.


Il y avait également un certain nombre de chantiers sociaux pour prendre en charge les couches les plus démunies. Nous avions des ministères dans lesquels nous avons bossé. Nous avons fait des choses. Je parle du ministère de la Santé avec Houcine El Ouardi, du ministère de l’Eau avec Charafat Afailal, je parle du ministère de la Culture, où nous avons fait la culture de proximité, le ministère de l’Emploi (indemnité pour perte d’emploi ou l’élargissement de l’inscription à la CNSS) et du ministère que j’ai eu l’honneur de diriger, à savoir le ministère de l’Habitat, dans lequel nous avons réalisé un travail énorme. Dans le gouvernement suivant, l’action était quasiment devenue impossible. Il y avait une cascade de disputes et de déclarations de guerre entre les différentes composantes politiques.


À vous entendre, la démocratisation de la société serait l’essence même de l’action du PPS. Pourquoi votre parti n’a-t-il alors pas rejeté le nouveau quotient électoral calculé sur la base des inscrits et non du nombre de suffrage exprimés ?

À vrai dire, nous n’avons jamais défendu la question du quotient électoral sur la base des inscrits. Dès le départ, nous avons dit qu’il était très difficile de défendre une question comme celle-là. D’ailleurs, dans le mémorandum commun que nous avons présenté avec le PAM et l’Istiqlal, il n’est pas question de quotient électoral sur la base des inscrits. Il était question uniquement de quotient électoral sur la base des votants. Car le nouveau quotient électoral est difficilement défendable. Mais lorsque nous nous sommes retrouvés dans les discussions globales, il y avait la nécessité de prendre les choses dans leur globalité. C’était un package.


Pour nous, il y avait aussi d’autres questions qui étaient importantes : la nécessité de défendre la représentativité féminine et de l’augmenter, nous y sommes arrivés partiellement, beaucoup moins qu’on espérait mais c’est mieux. Il y avait également la question du cumul et celle du seuil électoral sur lesquelles il y a eu des avancées. Lorsque nous avons été dans une attitude d’avoir à choisir entre une position globale à l’égard de ces lois électorales et la question du quotient électoral sur la base des inscrits, nous nous sommes dit que nous ne pouvions pas nous appuyer uniquement sur notre rejet du quotient électoral des inscrits pour rejeter l’approche électorale globale. C’est ainsi que nous avons voté pour tout le package.


Cela se comprend d’autant que, pour certains milieux, il y aurait eu une campagne contre le PPS pour dire que notre refus du quotient électoral aurait pour but de servir le PJD. J’entendais déjà ces critiques. Nous ne voulions apparaître comme étant les défenseurs du PJD. Étant donné que nous avions les autres questions dont avons parlé (représentativité féminine, seuil électoral, cumul) sur lesquelles il y a eu des avancées, nous avons considéré que nous pouvions voter pour ces lois électorales.


Pour revenir aux alliances, d’aucuns estiment qu’une koutla (coalition) pourrait renaître de ses cendres entre les partis issus du Mouvement national, à savoir le PPS, l’USFP et l’Istiqlal. Est-ce réaliste au vu des relations du PPS avec l’USFP, ou du moins avec sa direction ?

Je ne m’étalerai pas longtemps sur cette question. Ce que je peux dire, c’est que lorsque nous avons rejoint l’opposition, nous avons fait œuvre utile. Nous avons permis de donner corps à l’opposition car il n’y avait pas de coordination entre le PAM et l’Istiqlal. Ils faisaient de l’opposition mais chacun de son côté. Nous avons agi avec ceux que nous avions en face de nous. Nous aurions aimé élargir à la Fédération de Gauche Démocratique (FGD) mais malheureusement nos appels sont restés sans réponse car ils ont vision différente qui ne prend pas, à mon avis, en considération de la réalité.
Avec l’Istiqlal, nous sommes tombés, comme Obélix, dans la même marmite du patriotisme, du nationalisme depuis les années 40. Nous avons une action commune et des relations extrêmement denses depuis cette période.


Alors agir avec l’USFP ? Je respecte énormément le parti et son histoire, je respecte l’apport de l’USFP à la construction du Maroc moderne, je respecte les hommes et les femmes de l’USFP que je connais pour beaucoup, ceux qui ne sont plus de ce monde et qui ont laissé des traces indélébiles, mais également ceux qui se trouvent aujourd’hui à l’écart parce qu’ils ne se retrouvent pas dans l’orientation actuelle. L’USFP a fait un autre choix, il se trouve aujourd’hui dans la majorité gouvernementale et précisément dans le groupe des quatre, dans une orientation que nous ne partagions pas déjà lorsque nous étions au gouvernement.


En février, le collectif des Hors-la-loi a interpelé les partis politiques, les invitant à prendre position par rapport à l’article 490 du Code pénal qui incrimine les relations sexuelles hors mariage. À ce jour, le PPS semble être le seul à avoir réagi à cette question : oui, ce sujet sera présent dans notre programme, avez-vous dit, mais dans un cadre plus global. N’est-ce pas une manière de ne pas prendre clairement position sur le sujet ?

Notre souci est la démocratisation de la société marocaine. Dans la question de la démocratisation, comme moyens extrêmement importants, il y a la mise en œuvre de la Constitution de 2011 dans sa dimension démocratique, dans sa dimension liée aux libertés et aux droits humains. Cela signifie notamment un espace de libertés individuelles et collectives plus important. Cela signifie surtout la réforme du Code pénal, qui est la loi la plus importante après la Constitution. C’est ce que j’entends par cadre global. Nous n’allons pas construire notre programme uniquement sur une question, quelle que soit son importance. Nous avons dit que cette question sera bien sûr importante dans notre programme mais qu’elle le sera dans le cadre de notre défense globale des libertés. Elle le sera dans le cadre de la réforme en profondeur du Code pénal que nous souhaitons, et qui n’est pas malheureusement pas sur la bonne voie en ce moment. Nous sommes prêts à soutenir ce collectif mais aussi d’autres qui agiraient pour d’autres aspects liés aux libertés, à l’avortement, à la peine de mort, à la reconnaissance de paternité, notamment après le dernier arrêt de la Cour de cassation (selon l’arrêt, un enfant né hors mariage n’a aucun droit vis-à-vis du père biologique, ndlr). Il y a des questions qui sont extrêmement importantes, nous les faisons nôtres, mais nous devons aussi tenir compte du fait qu’il y a dans la société un problème de pauvreté, des problèmes de justice sociale, des problèmes d’incapacité de notre économie à produire suffisamment…

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