Capitale politique du Maroc des siècles durant, Fès est devenu aujourd’hui sa capitale spirituelle, gardienne de la mémoire de toute une nation. Pour autant, la vénérable cité millénaire n’est pas une oubliée des temps présents, bien au contraire. Objet d’une attention particulière, son patrimoine inestimable a été patiemment restauré, afin que ses trésors vous soient mis en vitrine. De quoi enchanter le séjour de tout visiteur et pleinement satisfaire sa curiosité intellectuelle, historique ou culturelle.
Depuis les hauteurs des Tombeaux mérinides, vous pouvez admirer la lumineuse médina de Fès. Crédit : Imaginium / Le DeskAvant de plonger dans le cœur de la tumultueuse médina historique de Fès, prenez le temps de l’admirer dans son ensemble. Pour ce faire, n’hésitez pas à prendre de la hauteur en vous rendant sur la butte des tombeaux des Mérinides, où se trouve la sépulture des sultans de l’une des plus importantes dynasties (1244-1465) bâtisseuses de la ville. Et si les monuments funéraires sont aujourd’hui des ruines historiques, l’esprit des monarques veille encore sur l’œuvre qu’ils ont contribué à façonner. Ce site patrimonial est ainsi l’occasion de cerner les points d’intérêt dans ce qui peut vous paraître comme un labyrinthe. Mais n’ayez crainte : suivez le guide !
Fès El Bali, là où tout a commencé
Depuis les hauteurs des tombeaux des Mérinides, vous avez sans doute remarqué un ensemble de toits pyramidaux verts et son imposant minaret. Il s’agit là de l’un des plus importants monuments de tout le pays. Au cœur de Fès El Bali, premier noyau de la ville fondé par la dynastie Idrisside à la fin du VIIIe siècle, est érigé le complexe d’Al Qaraouiyine. À l’heure de la prière, la foule des fidèles croise celle des visiteurs, tous unis par la grandeur des lieux. Ici, chaque pierre raconte une histoire vieille de 1 166 ans, celle de Fatima Al Fihriya, qui offrit à la ville cette mosquée aux 270 colonnes couplées à l’Université, reconnue comme la plus ancienne du monde encore en activité. Son immense bibliothèque, véritable trésor, garde jalousement des manuscrits à la valeur inestimable signés des plus grands savants, d’Ibn Khaldoun à Avicenne.
Le mosquée Al Qaraouiyine, l'un des plus importants édifices religieux du Maroc. Crédit : Imaginium / Le DeskPlus qu’un monument, Al Qaraouiyine est une expérience : un lieu sacré, un centre de savoir millénaire qui vibre encore aujourd’hui, vous invitant à un voyage inoubliable au cœur de l’histoire et de la spiritualité marocaines. À quelques pas de là, face à la porte de la bibliothèque, la place Seffarine est un théâtre vivant où résonne le concert rythmé des marteaux sur le métal. Sous l’ombre bienveillante d’un arbre centenaire, les mâalems, maîtres-artisans héritiers d’un savoir-faire ancestral, transforment le cuivre et le laiton en œuvres d’art. Ici, la dinanderie, un métier vieux comme la ville, est inscrite au patrimoine immatériel de l’UNESCO.
La place, dont le nom vient de la couleur jaune des métaux, miroite de milliers d’objets précieux, entre plateaux, théières et lampes finement ciselés et gravés. Véritable atelier à ciel ouvert, elle est le poumon artisanal de la cité. Une visite à Seffarine, c’est l’assurance de s’offrir un voyage sensoriel au plus près de l’âme et de l’excellence de Fès.
Toujours dans le même périmètre, au cœur du quartier de Fès El Bali, un saint personnage est, depuis des siècles, l’objet de pieuses visites. Dans le sanctuaire où bat le cœur spirituel de la ville : le Mausolée de Moulay Driss II, fondateur de la cité millénaire à la fin du IXe siècle. Son approche est déjà une immersion : quittez l’agitation de la rue des Épiciers pour une ruelle où une lumière douce caresse une toiture de bois sculpté. Le passage vers le sacré exige humilité : il faudra baisser la tête sous l’imposante porte de cèdre, gardée par un membre de la confrérie.
L'ambiance est au recueillement et à la méditation à l'intérieur du Mausolée de Moulay Driss II. Crédit : Imaginium / Le DeskÀ l’intérieur, le temps semble s’être arrêté. Déchaussé, le visiteur découvre un patio d’une sérénité absolue, entièrement revêtu de zelliges verts formant des motifs géométriques hypnotiques. En son centre, une fontaine murmure, invitant à la purification. Puis vient le moment solennel : la salle sépulcrale. Ici, la tombe du saint homme repose sous un dôme de bois finement ajouré, baignée par la lumière dorée des lustres et les rayons du soleil filtrant à travers les moucharabiehs. L’atmosphère est intense, chargée de dévotion. Plus qu’un monument, ce mausolée est l’âme préservée de Fès, un havre de paix qui raconte la ferveur et l’histoire d’une ville fière de son héritage. La pause est essentielle pour sentir le pouls authentique de la cité impériale.
Balade patrimoniale et shopping artisanal
Depuis le sanctuaire du fondateur, suivez la rue Zkak Lahjar et laissez-vous guider vers l’un des joyaux de Fès : le fondouk Nejjarine. Cet ancien caravansérail du XVIIIe siècle, mitoyen de la place du même nom, s’élève au cœur du quartier historique des artisans du bois. Bien plus qu’un musée, c’est un voyage sensoriel qui vous attend. Après avoir admiré les sublimes luths andalous et les chefs-d’œuvre d’ébénisterie, descendez à l’étage des échoppes. Ici, le fondouk redevient un souk animé où il est conseillé aux visiteurs de rapporter un « morceau » de Fès : de magnifiques boîtes en cèdre marqueté, des jeux d’échecs finement sculptés ou de délicats objets en bois d’olivier y sont proposés.
La visite s’achève en beauté sur la terrasse, où l’on sirote un thé à la menthe en contemplant les toits de la médina. Symbole du renouveau de la cité, ce lieu incarne à merveille l’âme artisanale et l’éclat retrouvé de Fès. Une étape incontournable pour les sens et pour des emplettes authentiques.
Cap désormais à l’ouest, en direction des célèbres tanneries de Fès. Vous pénétrez dans un lieu où les siècles n’ont pas altéré les gestes ancestraux. À la tannerie Chouara, des centaines de cuves de teintures éclatantes s’étendent comme une palette de peintre à ciel ouvert. Des hommes y travaillent avec une énergie stupéfiante, souvent immergés jusqu’à la taille dans des bacs aux mixtures étonnantes. Le processus, entièrement manuel, n’a pas changé depuis le Moyen Âge. Les peaux sont d’abord traitées dans un bain de chaux et d’urine de vache, puis adoucies pendant des heures dans un mélange d’eau et d’excréments de pigeons, foulées par les pieds nus des tanneurs. C’est ce travail rude et immuable qui donne naissance aux cuirs souples et odorants qui seront plus tard transformés en sacs, babouches et autres assises.
Bien que le début de votre promenade ressemble à une visite dans un gigantesque musée, l’heure est à la découverte d’une vraie structure muséale, la plus renommée de la ville. Le Musée Al Batha vous ouvre les portes d’un palais hispano-mauresque du XIXe siècle, ancienne résidence estivale des sultans. Transformé en musée des arts et traditions, il abrite des trésors qui racontent le faste de la ville impériale : bois sculptés, broderies fassies, tapis berbères et instruments de musique anciens. La salle des céramiques est un enchantement, où se déploie la fameuse couleur bleue de Fès, obtenue depuis le XIVe siècle par l’usage du cobalt.
Le zellige atteint sa quintessence à Fès, où les artisans l'ont élevé au rang d'art. Crédit : Imaginium / Le DeskAprès la visite, le jardin andalou, avec ses orangers et ses fontaines, offre une halte paisible à l’ombre des remparts datant du XIIe siècle, toujours aussi imposants. Une plongée dans l’art de vivre et le savoir-faire qui ont fait la renommée de la capitale spirituelle.
Le « Fassi way of life »
Fès El Bali n’a pas fini de vous dévoiler ses secrets. Il vous est indispensable de visiter un autre joyau, œuvre de la dynastie mérinide : la medersa Bou Inania, un chef-d’œuvre architectural du XIVe siècle, alliant ambition politique et ferveur religieuse. Dès le seuil, ses portes de bois sculpté annoncent la splendeur des lieux. Dans le patio recouvert de marbre, une fontaine aux ablutions murmure encore sous l’ombre du minaret, alors que les murs de stuc ouvragé et les plafonds habillés de bois de cèdre témoignent du génie des artisans de l’époque.
Autre merveille des lieux : une ingénieuse horloge hydraulique, conçue par le savant andalou Ibn Faham, et dont le mécanisme, d’une extrême complexité, rappelle le rayonnement scientifique de Fès. Lieu de prière toujours vivant et étape incontournable pour les visiteurs, la Medersa Bou Inania incarne l’âge d’or d’une capitale qui porta haut le flambeau de la civilisation marocaine.
Profitez de votre présence dans la médina pour découvrir une autre expertise fassie : la gastronomie, véritable art de vivre et héritage précieux de son passé de capitale impériale. Ici, les plats sont une célébration des sens et un festival pour les papilles que vous trouverez dans les très nombreux restaurants alignés dans les ruelles. Au menu : le méchoui, agneau rôti à la braise fondant littéralement en bouche, ou une farandole des tagines aux recettes parfumées, dont les célèbres tagines aux pruneaux, aux amandes ou de poulet au citron confit. Quant à la pastilla, mets de pâte feuilletée garnie de pigeon, d’amandes et de cannelle, elle incarne le savant équilibre des goûts et des saveurs. Et quoi de mieux, pour clore le voyage du palais, qu’un assortiment de douceurs locales aux noms évocateurs, entre feqqas, corne de gazelle et autre ghriyba.
La façade de la medersa Bou Inania est un chef-d'œuvre de la dynastie mérinide. Crédit : Imaginium / Le DeskPour votre digestion, optez pour un bon bol d’air dans le jardin Jnan Sbil, oasis de paix vieille de 7 siècles. Créé, lui aussi, sous la dynastie mérinide, ce havre de verdure, l’un des plus anciens du Maroc, a conservé son âme grâce à des restaurations successives. Conçu dans la pure tradition des jardins islamiques, il déploie ses allées ombragées, ses bassins et ses fontaines murmurantes sous la canopée d’arbres fruitiers et de plantes exotiques. Plus qu’un simple écrin de verdure, il servait autrefois de salle de classe pour les étudiants de l’Université Al Quaraouiyine. Aujourd’hui, les visiteurs viennent s’y promener, s’y détendre et assister à des événements culturels qui animent régulièrement les lieux. Une halte rafraîchissante et essentielle pour saisir l’harmonie entre l’histoire, la nature et l’art de vivre à Fès.
Une ville dynamique et moderne
Cette escapade en appelle une autre, surtout si vous appréciez l’artisanat de la ville. Le Complexe artisanal est en ce sens bien plus qu’une simple boutique : c’est le sanctuaire vivant des métiers d’art de Fès. Sous son toit, les plus grands maîtres-artisans perpétuent les gestes ancestraux qui ont forgé la renommée de la capitale spirituelle. Une plongée fascinante dans les ateliers de zellige aux motifs géométriques, de boiseries finement sculptées, de cuivre ciselé et de cuir travaillé. Chaque pièce est le fruit d’un savoir-faire rigoureux, transmis aux jeunes apprentis sur place pour assurer la perpétuation de ces traditions. La boutique officielle, quant à elle, propose une sélection de créations authentiques, garantissant un achat de qualité.
Non loin de là, le quartier de Fès El Jdid dévoile une autre facette de l’histoire impériale. Fondée au XIIIe siècle par les Mérinides, cette « ville nouvelle » abrite l’immense Palais royal aux portes de cuivre étincelantes, aujourd’hui encore, principale résidence royale dans la cité. Vous pouvez admirer sa sublime façade ainsi que ses remparts imposants, ses portes monumentales, comme Bab Semmarine, et arpenter son artère principale, vaste espace conçu à l’origine pour accueillir le défilé de centaines de cavaliers. Également né comme le quartier des serviteurs du Sultan, Fès El Jdid conserve une atmosphère populaire et plus animée, avec ses marchés locaux et ses petits cafés typiques. Entre splendeur royale et vie quotidienne, ce quartier offre aussi une plongée fascinante dans la mémoire vivante de Fès.
En dehors de la médina, la ville nouvelle de Fès offre modernité et allées plantées, comme ici sur l'avenue Hassan II. Crédit : DRAu sortir de cette visite comme un voyage dans le temps, n’omettez pas que Fès s’est aussi adaptée à l’air du temps. Vous le constaterez en flânant le long des avenues Allal Ben Badellah et Hassan II, entre les grandes enseignes de l’hôtellerie mondiale, des cafés chics et des restaurants haut de gamme. De plus, des centres commerciaux modernes vous permettent de parfaire vos achats, et offrent aux enfants l’occasion de profiter des nombreux loisirs qui y sont proposés.
Habituée à être témoin de l’Histoire, Fès accompagnera aussi celle du football africain, dont des pages s’écriront dans l’écrin de son Complexe sportif, situé dans sa zone sud-est. Entièrement rénové et doté d'équipements ultra modernes, il peut accueillir 45 000 spectateurs dans les meilleures conditions de confort. Tout au long de cette Coupe d’Afrique des nations, les passionnés de football que sont les Fassis se réjouiront d’accueillir de belles affiches, notamment celles mettant en scène la sélection nigériane, triple championne d’Afrique. Les Green Eagles y défieront la Tanzanie, la Tunisie et l’Ouganda, respectivement le 23, le 27 et le 30 décembre.
Ces rencontres se joueront dans le Grand Stade de Fès, œuvre 100 % marocaine, conçue par les architectes Rachid El Andaloussi et Fikri Benabdallah, en s’inspirant de la restauration de monuments emblématiques locaux, à la manière de la mosquée Al Quaraouiyine ou le Fondouk Nejjarine. « L’art architectural de ces lieux patrimoniaux a constitué une matrice naturelle pour définir l’image principale du complexe, notamment l’élément de façade », expliquait Fikri Benabdallah au Desk pour décrire le stade.
Ainsi va Fès, cité millénaire dont l’âme et le cœur sont pétris d’histoire et de culture, est qui se prépare pour une immersion footballistique inédite.
Création : Mohamed Mhannaoui / Le Desk
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