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#Ancienne médina de Casablanca
28.05.2016 à 14 H 26 • Mis à jour le 02.06.2016 à 16 H 37
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Virée dans le Casa intramuros

Reportage. Lancé en grande pompe par Mohammed VI en 2010, le plan de réhabilitation de l’ancienne médina de Casablanca commence à donner ses fruits. Né dans ses ruelles, infatigable collectionneur de tous ce qui se rapporte à la ville blanche, Mohamed Tangi, membre du comité de pilotage du projet, nous fait la visite des lieux. Suivez le guide.

Aout 2010. Mohammed VI en visite à l'ancienne médina de Casablanca guidé par Mohamed Tangi. MAP
Aout 2010. Le roi Mohammed VI est le premier souverain alaouite à effectuer une visite officielle dans l’ancienne médina de Casablanca. Apocryphe, l’assertion n’en perd pas pour autant toute sa charge symbolique. L’objectif du monarque : lancer un chantier d’envergure pour rénover le cœur historique de la cité, enchâssé entre la ville dite européenne et la rade, et délaissé par des décennies de gestion lamentable des conseils de la ville qui se sont succédés. Les enjeux sont de taille, puisque la gare ultramoderne de Casa-Port, la construction de la marina et la réaffectation du port de la ville, ne pouvaient s’articuler autour d’une ancienne médina souffrant d’insalubrité, d’insécurité et d’absence d’infrastructures efficaces. « Après des années de lobbying  de la société civile et certaines associations comme Casamémoire, la médina dont les responsables ignoraient tout est devenue une priorité royale », rembobine Mohamed Tangi. Pour déblayer le terrain, la défunte conseillère royale, Zoulikha Nasri, qui avait l’oreille du roi sur les dossiers économiques et sociaux, effectue les premiers déplacements sur le terrain pour préparer la visite de Mohammed VI. La médina devient ainsi  un projet royal  décliné en deux tranches et financé à hauteur de 600 millions de dirhams grâce à l’apport de l’Etat et du fonds Hassan II. La gestion du projet, que ses détracteurs jugent opaque, est confié à l’Agence urbaine de Casablanca, soutenue par l’expertise d’un comité de pilotage constitué de différentes sensibilités. Parmi eux, Mohamed Tangi qui nous fait visiter les entrailles de la médina, histoire de se rendre compte de visu des retombées de ce plan sur la vie sociale de ses habitants.



Première étape de cette réhabilitation à pas forcés, les infrastructures de base et l'hygiène des quartiers. Ici une rue passante repavée et ravalée. MOHAMED DRISSI KAMILI / LE DESK

C’était  probablement le premier défi du plan de réhabilitation. Il a fallu deux ans pour refaire tout le réseau d’assainissement, de l’eau potable, l’électricité, la téléphonie et l’éclairage public avec l’installation de 1 440 points lumineux et 75 lampadaires sur poteaux. Par ailleurs, les murs et les antiques portes de la médina qui ceinturent les 40 hectares de la médina, comme El Bab Lekbir, Bab Rha, Bab Marrakech et El Bab Jdid, ont été restaurés. De son côté, le comité de pilotage a exhumé les plans des anciens lieux de culte, ceux de la première poste de la ville, des anciens consulats… pour répertorier les édifices historiques tombés dans l’oubli et les restaurer à l’identique.



Mohamed Tangi en visite à Dar Al-Ittihad, le lieu qui a servi de quartier général aux résidents généraux dont le Maréchal Lyautey. Ce lieu est désormais occupé par le syndicat de l'Union marocaine des travailleurs (UMT). MOHAMED DRISSI KAMILI / LE DESK

Signalétique historique montrant les lieux du temps du protectorat. MOHAMED DRISSI KAMILI / LE DESK
Depuis la visite de Mohammed VI, une plaque de l'UMT a été placée à l'entrée du bâtiment. MOHAMED DRISSI KAMILI / LE DESK

Dar Al-Ittihad (Maison de l’Union) est le premier lieu qui a servi de quartier général casablancais aux  premiers résidents généraux, dont principalement le Maréchal Hubert Lyautey, concepteur de la ville moderne. A l’indépendance, Mohammed V l’a offert à l’UMT pour en faire son premier siège. Au fil des années, il est devenu un lieu de formation des cadres du syndicat. Ayant l’allure de forteresse, ses murs ont été abattus pour les remplacer par des grilles pour rendre le lieu et son splendide jardin, accessible à la vue des passants. Une façon de sensibiliser les habitants pour qu’ils s’approprient l’espace où ils vivent. Enfin,  le comité de pilotage a obtenu de l’UMT que l’édifice accueille également des activités culturelles.



L’Imperial, une des salles de cinéma autrefois les plus courues à Casablanca, fermée depuis trois décennies. MOHAMED DRISSI KAMILI / LE DESK

Le siège de la maison de l’artisanat en construction. Le lieu abritait autrefois les locaux de de la poste française. Il sera rebâti à l'identique. MOHAMED DRISSI KAMILI / LE DESK
Avec le cinéma Al Medina, l’Imperial est la seconde salle obscure qui a fermé depuis trois décennies. Les deux ont marqué l’âge d’or de la fréquentation des cinémas à Casablanca. Durant la Seconde guerre mondiale, la population, toutes confessions confondues, venait au cinéma pour suivre les informations en images et regarder les plus grands succès du box-office. Véritable lieu d’animation de quartier, le cinéma Al Medina a été rayé de la carte alors l’Imperial a fermé. La bonne nouvelle, c’est que l’ancien siège de la poste française situé derrière cette salle est en cours de reconstruction et fera office de siège pour la maison de l’artisanat.


L'ancien consulat d'Allemagne construit en 1902, réhabilité et transformé en école. MOHAMED DRISSI KAMILI / LE DESK

Construit en 1902, l’ancien consulat d’Allemagne se trouvant sur la place de Belgique a été réhabilité et sert actuellement de locaux pour une école. A proximité,  se trouvaient les consulats de Belgique et d’Espagne, devenus depuis des habitations. Située au cœur du centre-ville, la médina souffre d’une grande pression démographique, devenue au fil des années, le point de chute des  personnes arrivant à Casablanca suite aux vagues successives d’exode rural. Résultat : les maisons unifamiliales ont été fractionnées pour être louées à la découpe, parfois pièce par pièce. Pire, certains marchands de sommeil louent des lits à des prix parfois dépassant les 1 000 dirhams par mois. L’explosion de la demande a poussé certains propriétaires véreux à surélever illégalement des maisons souvent en ruine, provoquant plusieurs écroulements et faisant nombre de victimes. Pour le moment, toutes les maisons menaçant ruine ont été répertoriées, mais le relogement  des habitants pose encore un grand problème.


La mosquée Ould L’hamra dont le minaret, typique de l'architecture casablancaise est en cours de réfection. MOHAMED DRISSI KAMILI / LE DESK

L’école Abdellaouia, première école privée de la ville destinée à accueillir les fils de notables. MOHAMED DRISSI KAMILI/ LE DESK.
Voulue par le sultan Mohammed V, l’école Abdellaouia est l’une des premières écoles privées de Casablanca destinée à accueillir les fils des notables de la ville. Pour sa nouvelle affectation, l’école rénovée va se transformer en un centre de documentation et d’interprétation du patrimoine de la médina. L’école est mitoyenne à la mosquée Ould L’hamra dont les travaux de rénovation ont repris après un temps d’arrêt suite à la découverte d’objets anciens en cours de datation. Plus loin : l’école Fatima El Fihriya, anciennement appelé Ballande, du nom du lieutenant Charles Adolphe Ballande, qui a participé, en 1907, au débarquement français dans la ville.

La Maison de la culture de la médina. Le lieu, anciennement une église espagnole dont il subsiste le magnifique abside, a entièrement été restauré. Il accueille désormais expositions et conférences. MOHAMED DRISSI KAMILI / LE DESK

la Maison de la culture de la médina, épicentre de la nouvelle vie sociale et culturelle de la médina. MOHAMED DRISSI KAMILI / LE DESK
Le centre de santé 9-Juillet disposant de diverses unités médicales. MOHAMED DRISSI KAMILI / LE DESK

C’est l’un des plus grands acquis de ce projet à savoir la reconstruction du Centre de santé 9-Juillet qui n’était qu’un modeste dispensaire. Il disposera d’unités de médecine générale, de santé “mère-enfant” , de médecine dentaire, d’ophtalmologie et de diagnostic des maladies rénales. Il n’attend que son inauguration par le roi. L’autre grand acquis pour les jeunes c’est la Maison de la culture de la médina. A l’origine, l’édifice était une église espagnole bâtie sur un lopin de terre offert par le sultan Moulay Hassan 1er au roi Alphonse XII à la fin du 19ème siècle. Pendant des années, elle s’est transformée en squat avant d’être rénovée à l’identique. Au final, le lieu a été cédé par l’ambassade d’Espagne à la ville de Casablanca.


Le centre social dispose d’une salle de spectacle, de sport et d’apprentissage et initiation à plusieurs métiers. MOHAMED DRISSI KAMILI / LE DESK

 

La salle de spectacles et de conférences du centre social, nouveau lieu de socialisation de l'ancienne médina. MOHAMED DRISSI KAMILI / LE DESK
La salle de sports destinée à la jeunesse des quartiers qui ne disposait d'aucun lieu de ce type. MOHAMED DRISSI KAMILI / LE DESK

C’est également l’une des réussites de la réhabilitation puisque ce centre social dispose d’une salle de spectacle, de sport et d’apprentissage et initiation à plusieurs métiers. Ce centre a été pensé pour que les jeunes de la médina puissent s’y marier pour un prix accessible et pour que les enfants y pratiquent du sport.  Seul bémol, la gestion de ce centre est partagée entre quatre ministères au lieu de le confier à une association avec un cahier des charges précis et moins de bureaucratie.


Le mausolée de Sidi Allal El Karouani en travaux. Un haut-lieu de spiritualité bientôt rendu au public. MOHAMED DRISSI KAMILI / LE DESK

Le mausolée de Sidi Allal El Karouani a toujours été au cœur de la spiritualité dans la médina. Au début du siècle,  les voyageurs de passage dans la région de Casablanca, installaient des tentes dans un  espace à côté du mausolée et  profitaient de quelques jours de repos pour se recueillir auprès de la tombe du saint-homme. Malheureusement, la transformation de la Skala en lieu touristique a grignoté beaucoup d’espace au point de cacher le mausolée. Par ailleurs, la médina regorge de plusieurs tombeaux de saints et de  saintes, comme celui de Lalla Taja, sans oublier des lieux occupés par différents courants soufis comme les zaouïas qadiria et darkaouia. Jusqu’à aujourd’hui, des veillées spirituelles se tiennent dans ces zaouïas particulièrement durant le mois du ramadan et lors des fêtes religieuses.

La synagogue Ettedghi. Son mur d'enceinte qui l'étouffait a été abattu pour en faire une annexe du musée juif de Casablanca. MOHAMED DRISSI KAMILI / LE DESK

Déambulation dans l'ancienne médina avec Mohamed Tangi qui en connaît les mille recoins et autant d'histoires. Ici, la plaque de la synagogue Ettedghi. MOHAMED DRISSI KAMILI / LE DESK

Avant l’édification du Casablanca européen, une forte communauté israélite habitait la médina et disposait de ses lieux de culte. Parmi eux, la synagogue Ettedghi qui a été restaurée de fond en comble. En plus de rendre visible la synagogue de l’extérieur en démolissant le mur qui l’entoure, la synagogue a été restaurée. Elle devra servir d’annexe au musée du judaïsme marocain de Casablanca.

Le jardin de la médina, Arsat Zerktouni. La placette a été repavée pour servir de lieu de jonction avec la marina, nouveau lieu de loisirs et d'affaires de Casablanca. MOHAMED DRISSI KAMILI / LE DESK

Arsat Zerktouni est l’unique espace vert de la médina qui, de l’humble avis de Tangi, n’a pas été bien pensé puisque son aménagement ne prend pas en considération le fait de réserver des lieux pour les activités sportives ainsi que des espaces aménagés pour les personnes du troisième âge. Constituant la façade maritime de la médina, cet espace est à un jet de pierre de la nouvelle marina et du pôle des affaires en construction. D’ici peu, deux mondes vont devoir coexister : l’aménagement du port de Casablanca qui accueillera des navires de croisière, aura des retombées certaines sur la médina désormais englobée dans le circuit touristique de la ville, et le quartier des affaires en construction qui va générer de l’emploi aux habitants souffrant de chômage. Tout cela dépendra du bouclage dans les temps et dans les normes de ce plan qui fera de nouveau de la médina le cœur de Casablanca. 

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