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17.04.2026 à 03 H 07 • Mis à jour le 17.04.2026 à 10 H 04
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Régions

Casablanca-Settat lève 1 MMDH et ouvre aux régions la voie du marché obligataire

Abdellatif Maâzouz, président du Conseil régional de Casablanca-Settat. Abdellatif Maâzouz, président du Conseil régional de Casablanca-Settat. Crédit : Le Desk
Casablanca-Settat devient la première région marocaine à lever directement un milliard de dirhams sur le marché des capitaux, avec le soutien de la BERD. Au terme d'un parcours long de près de deux ans, l'opération rebat les cartes du financement territorial. Les détails

La région Casablanca-Settat a finalisé, le jeudi 16 avril, l'émission d'un emprunt obligataire d'un milliard de dirhams (MMDH), devenant la première collectivité territoriale du Royaume à mobiliser une telle enveloppe directement sur le marché des capitaux. L'opération, inédite par son ampleur comme par son architecture, rompt avec un modèle de financement local demeuré jusqu'ici cantonné aux lignes de crédit du Fonds d'équipement communal (FEC) et aux transferts budgétaires de l'État. Pour Abdellatif Maâzouz, président du conseil régional, elle constitue une première étape décisive dans l'exécution du Plan de développement régional (PDR) 2022-2027, un portefeuille d'investissements doté d'une enveloppe globale approchant les 47 MMDH.


Du FEC au marché : la bascule d'un modèle

Le chemin qui a conduit à cette émission aura été long et semé d'embûches. Dès l'été 2024, le conseil régional avait donné son accord de principe à l'ouverture de négociations avec le FEC pour une ligne de financement plafonnée à un milliard de dirhams. Mais la discussion avec le fonds placé sous la tutelle du ministère de l'Intérieur a rapidement buté sur des conditions tarifaires jugées prohibitives : les taux proposés oscillaient entre 6 % et 7,5 %, soit près du double de ce qu'offrait, à la même période, le marché obligataire. Pour une collectivité dont la signature est adossée à la première économie régionale du pays, l'écart était trop important pour être absorbé sur une maturité de dix ans.


Parallèlement, le conseil avait lancé un appel d'offres visant à sélectionner une banque d'affaires chargée de structurer l'opération. Le premier tour s'est soldé par un échec, les offres reçues s'écartant sensiblement du coût de la prestation, fixé à 3,84 millions de dirhams (MDH). Le second a finalement permis de départager deux groupements concurrents, l'un réunissant Valoris Corporate Finance, Capital Trust Finance et AD Capital Finance, l'autre rassemblant CDG Capital, Attijari Finances Corp et Upline Corporate Finance. C'est ce deuxième consortium, solidaire, qui a décroché le mandat de préparation et de placement de l'émission. Un attelage sans surprise, puisqu'il réunit les trois maisons qui dominent depuis deux décennies la dette corporate et parapublique au Maroc. La négociation aura été d'autant plus âpre que la signature de Casablanca-Settat constituait, pour les banques d'affaires, une référence stratégique dont la rareté justifiait une compression des marges.


La BERD, ticket d'entrée dans le club des villes vertes

Le report du calendrier initial – l'émission avait un temps été envisagée pour avril 2025, puis pour septembre – ne tient pas seulement à la complexité de la structuration. Abdellatif Maâzouz l'a justifié publiquement par deux considérations : d'une part, un excédent budgétaire sur l'exercice 2025 rendait inutile une mobilisation anticipée des fonds, d'autre part, la région faisait le pari d'un assouplissement monétaire à venir. Le calcul s'est avéré payant. En mars 2025, Bank Al-Maghrib a abaissé son taux directeur à 2,25 %, ouvrant une fenêtre de tir particulièrement favorable. Le taux d'intérêt effectif de l'émission a été arrêté à 3,92 %, l'un des plus compétitifs jamais obtenus par une collectivité marocaine, et à comparer aux 6 à 7,5 % initialement proposés par le FEC. L'émission, d'une maturité de 10 ans, intègre par ailleurs un délai de grâce de deux ans permettant à la région d'aligner le calendrier de ses décaissements sur les phases de réalisation des projets financés.


La Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD) est entrée dans l'opération à hauteur de 400 MDH, soit environ 40 % du montant levé, complétés par une enveloppe d'assistance technique de 2 millions d'euros (M $) destinée à l'élaboration et au déploiement du plan d'action pour une région verte. Haytham Eissa, qui dirige le bureau marocain de l'institution, s'est dit « fier d'accompagner Casablanca-Settat dans cette opération », soulignant qu'il s'agit de la première émission du genre pour une région au Maroc et que cette réalisation consacre la vision du Royaume en matière de décentralisation.


Aux côtés de la BERD, la base d'investisseurs nationaux rassemble l'essentiel des poids lourds institutionnels du Royaume : la Caisse de dépôt et de gestion (CDG), la Banque Centrale Populaire (BCP), BMCE Capital Gestion, CIH Capital Management, Wafa Gestion, Marogest et Upline Capital Gestion. Cette configuration confère à l'émission un profil proche de celui des papiers souverains ou parapublics, et valide, au-delà du cas particulier de Casablanca-Settat, la capacité des régions marocaines à émettre en direct auprès du marché sans garantie explicite de l'État.


La participation de la BERD ouvre par ailleurs à la région les portes du programme « Green Cities ». Lancé en 2016, ce dispositif accompagne les collectivités dans la transition environnementale et dans la structuration d'investissements urbains durables. Il a été déployé dans plusieurs dizaines de villes à travers les régions d'intervention de la banque européenne, sans compter jusqu'ici de bénéficiaire marocain. L'entrée de Casablanca-Settat comble cette absence et installe la région dans un écosystème international de financement climatique qui pourrait, à terme, faciliter l'accès à d'autres sources de capitaux verts.


Un précédent pour les onze autres régions

L'opération intervient au terme d'un assainissement financier méthodique engagé depuis octobre 2021. Sur la période, la région a réduit son stock d'endettement de 1,31 MMDH, tout en engageant 10 MMDH d'investissements programmés, dont 7 ont déjà été décaissés.


Cette trajectoire de désendettement net, combinée à une structure budgétaire particulièrement favorable, où les frais de fonctionnement représentent moins de 5 % du budget régional, libère la quasi-totalité des ressources pour l'investissement, a constitué le préalable indispensable à l'accès au marché obligataire.


La doctrine financière qui sous-tend le Plan de développement régional repose sur un principe d'effet de levier assumé : chaque dirham investi par la région doit en attirer 2 à 3 autres, via des partenariats avec l'État, les communes, les opérateurs publics ou les bailleurs de fonds. L'emprunt obligataire s'inscrit dans cette logique. Abdellatif Maâzouz l'a présenté non pas comme une dette de fonctionnement, mais comme un outil de levier de long terme, adossé à des projets générateurs de retour d'utilité territoriale, sociale et économique, et dont le calendrier de remboursement, étalé sur 10 ans, a été calibré pour ne pas peser sur la capacité d'action future de la collectivité.


Les fonds levés alimenteront la quote-part régionale d'une série de chantiers structurants : la ligne à grande vitesse (LGV) Marrakech-Kénitra, le Réseau express régional (RER) de l'agglomération casablancaise, les infrastructures hydrauliques et les réseaux d'adduction d'eau dessalée, la reconversion de la décharge de Médiouna, l'aménagement de la plateforme logistique et industrielle intégrée de Zenata, ainsi que le futur pôle entrepreneurial et d'innovation de la région. Une fraction des ressources mobilisées ira également à la modernisation de l'appareil administratif régional, à travers le déploiement d'un progiciel de gestion intégré et d'un cadre de transformation numérique.


Au-delà du milliard levé, la région n'exclut pas de revenir sur le marché. Abdellatif Maâzouz a plusieurs fois évoqué la possibilité de deux émissions supplémentaires au cours du mandat, pour couvrir la part régionale croissante d'un PDR dont le coût global a été réévalué à la hausse depuis son adoption en 2022. La signature d'aujourd'hui, nouée à 3,92 % sur 10 ans avec un panel d'investisseurs institutionnels domestiques et un bailleur multilatéral, fournit à la région un étalon de référence pour ces opérations futures.


Le caractère pionnier de l'opération dépasse la seule région Casablanca-Settat. Il s'inscrit dans les orientations royales en faveur d'une diversification des sources de financement des collectivités territoriales, exprimées notamment dans le message adressé par le roi Mohammed VI aux participants des Assises de la régionalisation avancée de Tanger.


Pour la région, l'adhésion obtenue auprès d'un panel aussi large d'investisseurs institutionnels vaut également témoignage de confiance du marché à l'égard des projets de développement durable et inclusif qu'elle porte en partenariat avec ses acteurs locaux et internationaux. En démontrant qu'une région peut lever un milliard de dirhams à 3,92 % auprès d'investisseurs domestiques et d'un bailleur multilatéral, Casablanca-Settat crée un précédent susceptible d'inspirer les onze autres régions du Royaume. Si plusieurs d'entre elles, Souss-Massa la première, avaient exploré la piste obligataire sans la concrétiser à cette échelle, aucune n'avait jusqu'ici franchi le pas.


L'opération marque ainsi une inflexion potentiellement durable dans l'architecture du financement territorial au Maroc. Reste à savoir si les conditions qui ont rendu possible l'émission de Casablanca-Settat (taille critique, rigueur budgétaire, soutien d'un bailleur international, attrait pour les investisseurs) sont reproductibles ailleurs, ou si la région de la capitale économique demeurera, pendant quelque temps encore, un cas singulier dans le paysage des collectivités marocaines.

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