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16.02.2016 à 21 H 39 • Mis à jour le 16.02.2016 à 21 H 45
Par
Interview

En attente de son procès, Younès Chekkouri livre ses souvenirs de Gitmo

Younès Chekkouri à sa sortie de prison à Salé le 13 février 2016. Il avait été mis en liberté provisoire au Maroc après 13 ans de détention à Guantanamo. AFP
Mis récemment en liberté provisoire au Maroc après avoir passé de longues années de détention sur la base américaine à Cuba, l’ex-homme en tenue orange de Gitmo fait quelques confidences sur son passé.

Quelques jours après l’annonce de sa liberté provisoire, Younes Chekkouri a accordé une interview à Associated Press (AP). C’est accompagné de son plus jeune frère, Ridouane, lui aussi ancien détenu à Guantanamo libéré en 2004, que les journalistes l’ont rencontrés.


Dans cet entretien, l’ancien prisonnier de Guantanamo affirme qu’il a appris la formation de l’organisation terroriste de l’Etat islamique quand il était en détention. « L’Islam est innocent de ce groupe et de ses actions, ce sont des criminels », lance-t-il d’emblée. Il insiste pour ne pas être considéré comme étant l’un des Marocains qui ont rejoint Daech et qu’il n’a rien à voir avec eux, dénonçant un amalgame autour de sa personne et de son parcours.

Un quotidien à Gitmo digne du film The Hunger Games

Revenant sur sa détention à Guantanamo, Chekkouri explique, son frère Ridouane « y a subi de graves abus de la part des Etats-Unis, qui lui ont même cassé un bras ». « Le seul élément positif durant mon séjour à Guantanamo, c’était le fait de pouvoir manger trois repas par jour » relate Chekkouri. Un quotidien qu’il compare au film The Hunger Games, qu’il a visionné en prison.


Des prisonniers incarcérés dans la prison américaine de Guantanamo à Cuba. AFP


« J’ai été soumis à toutes sortes de torture et d’abus sexuels à Guantanamo et à Kandahar » a-t-il témoigné en pleurs, au moment où son frère lui tendait un mouchoir pour essuyer les larmes sur son visage.


Durant son interview avec AP, Chekkouri a reçu un appel de la part d’un responsable sécuritaire lui demandant si les journalistes qui l’interrogeaient étaient munis des autorisations nécessaires. Quelques minutes plus tard, deux policiers en civil et un en uniforme se sont présentés pour s’assurer que l’agence AP avait le sésame.


Aujourd’hui âgé d’une quarantaine d’années, Chekkouri rappelle qu’il avait 31 ans et qu’il venait de se marier au moment de son départ vers l’Afghanistan. C’était un voyage qu’il a entrepris « suite à des années d’étude du soufisme », prétend-t-il, dans divers pays à travers le Moyen-Orient, dont le Soudan, le Yémen et la Syrie, entre autres.

Tombé dans les filets d’un chasseur de têtes

Considéré par un chasseur de primes comme combattant d’Al-Qaida, Chekkouri a été enlevé et incarcéré au Pakistan. « J’ai été réceptionné par les personnes aux cheveux blonds et aux yeux bleus, qui m’ont demandé à quel groupe terroriste j’appartenais », raconte-t-il. Avant d’ajouter, « j’ai dit aucune ». Une réponse ignorée par les Américains jusqu’en 2009, date à laquelle ils ont conclu qu’il ne constituait aucune menace pour les Etats-Unis, tout en reconnaissant dans des documents judiciaires que les allégations portées contre lui, ont été façonnées de toutes pièces par des codétenus jugés peu fiables.

Accusé d’atteinte à la sécurité nationale

Et pourtant, Chekkouri demeurera cloitré sur la base américaine cubaine de Guantanamo jusqu’en septembre 2015, avant d’être transféré au Maroc, où il a été immédiatement jeté en prison à Salé II. Mis en liberté provisoire suite à des tractations entre Rabat et Washington, son procès est toujours en cours. Sa prochaine audience est fixée pour le 23 février prochain, où il devra faire face à de lourdes accusations « de conspiration et d’atteinte à la sécurité nationale ».


Depuis sa libération, Chekkouri dit qu’il est dans l’incapacité de s’acheter les médicaments pour traiter sa dépression et les troubles de stress post-traumatique qu’il continue d’endurer. Chekkouri essaie toutefois de relativiser et reste optimiste quant à son avenir. Il affirme qu’il devrait, « si tout se passe bien », rejoindre sa femme algérienne restée dans son pays natal dans les prochaines semaines. « Notre histoire est unique, digne d’un roman » se laisse-t-il à dire. Pour preuve de cette romance, l’ancien détenu a montré à ses intervieweurs une carte de la Saint-Valentin constellée de petits cœurs écarlates, contenant un poème écrit en arabe, que sa femme lui a envoyé lorsqu’ il était à Guantanamo. « Quand je borde ma nièce pour la faire dormir, je l’embrasse en pensant qu’elle est ma fille. Il m’ont volé la paternité », a-t-il conclut.


Avec AP.