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05.10.2016 à 13 H 40 • Mis à jour le 05.10.2016 à 13 H 42
Par
Législatives 2016

PPS : un programme pour la forme, axé sur la poursuite des stratégies sectorielles

Nabil Benabdallah, SG du PPS. MOHAMED DRISSI KAMILI / LE DESK
Le PPS s’est fermement arrimé au PJD depuis la constitution de la majorité gouvernementale en janvier 2012. En conséquence, son programme, plutôt léger, se contente de réitérer son attachement aux grands projets, qu’il énumère plus explicitement que ses collègues de la coalition gouvernementale sortant ou des partis d’opposition.

Avec un objectif de croissance à 6 % et une promesse de réduction du taux de chômage de 2 points d’ici 2021, le PPS se place au centre du consensus partisan, et garde des objectifs similaires à son programme électoral de novembre 2011. Il subordonne également ses autres objectifs économiques à ceux énoncés dans les grandes stratégies sectorielles : le Plan Maroc Vert (PMV), le Plan d’Accélération Industrielle (PAI) et la Vision Tourisme 2020 sont autant de grands chantiers que le PPS promet de mener à terme.


Le parti dirigé par Nabil Benabdellah par exemple cherche à capitaliser sur les acquis du PMV, alors même que celui-ci peine à réaliser ses objectifs les plus importants : un secteur qui peine à l’export et qui détruit des postes alors qu’il est supposer en créer 1 million d’ici 2017 ou 2022. Le fait est qu’en souscrivant à la stratégie du PMV, le PPS admet que la grande majorité du financement –  le Pilier I- sera allouée aux grandes exploitations agricoles modernes déjà bien équipées et gérées. Le financement du PMV alloue en effet 78 % du budget initial de 95 milliards de dirhams à 39 % des exploitations –  les plus modernes et les mieux équipées- concernées par le programme.


Le résultat est que la modernisation du secteur agricole telle qu’elle est pensée par le PMV –  et défendue par le PPS –  résulte d’une déstructure de poste et un déclin de la population active employée dans le secteur.


Sources : Banque Mondiale, ministère des Finances, ministère de l’Agriculture, ADA, calculs de l’auteur.


Le graphe représente l’effet cumulé sur l’emploi agricole de la croissance du PIB agricole d’une part, et de l’augmentation d’utilisation du matériel agricole comme les tracteurs d’autre part. Une expansion du PIB agricole se traduit paradoxalement par une baisse de la population employée dans le secteur. Une utilisation plus importante de matériel agricole est quant à elle plus intuitive : une agriculture mécanisée et capitalistique va dépendre de moins en moins de la main d’œuvre. L’effet de la croissance peut également être expliqué : un accroissement de la production fait baisser le rendement d’un travailleur agricole par superficie. L’exploitant agricole a donc intérêt à se passer de ses services, et utiliser du matériel agricole, autrement plus productif.


Malgré toutes les garanties promises de sauvegarder le « patrimoine civilisation et historique qu’il convient de pérenniser », le PPS adhère sans réserves à l’impact –  déjà observé –  du PMV sur l’emploi agricole au Maroc. Autre sujet que le parti ne mentionne pas explicitement, mais qui rentre dans sa logique de croissance à 6 %, est la cohérence entre cet objectif et le PMV lui-même. L’un des objectifs du Plan était de réaliser un PIB agricole de 100 milliards de dirhams entre 2007 et 2017 ou 2022. Grâce à la succession de campagnes agricoles exceptionnelles durant les dernières années, cet objectif a été réalisé. Le problème réside ainsi dans le calcul fait par les concepteurs du PMV –  si les 100 milliards de dirhams devaient exprimer les potentialités pleines de l’agriculture marocaine, cela veut dire qu’elle ne peut faire mieux dans les 5 prochaines années. En d’autres termes, en souscrivant au PMV à un stade aussi avancé dans son exécution, le PPS accepte que la croissance du PIB sera tirée exclusivement par les activités non-agricoles, abstraction faite de la performance du secteur agricole, sauf en cas de catastrophe répétée sur 5 ans consécutifs.


Le PPS peut par exemple chercher à côté d’un autre chantier qu’il a repris à son compte, le Plan d’Accélération Industrielle. Si les projections fantaisistes des objectifs du PAI ont déjà été démontrés, il convient malgré tout de chercher à faire le lien entre, d’une part, l’objectif de croissance et le secteur industriel, et d’autre part les chiffres de création d’emplois et l’objectif de réduction du chômage formulé par le PPS.


Le plan, tel qu’il a été présenté par l’actuel ministre de l’Industrie Moulay Hafid Elalamy, prévoit de faire porter la part de l’industrie de 14 % à 23 % du PIB d’ici 2020. Si le PPS souhaite réaliser le double objectif d’une croissance de 6 % d’ici 2021 et porter la part du secteur industriel à 23 % dans le PIB, il doit assurer les conditions d’une croissance annuelle moyenne de 17 % du secteur industriel. La meilleure performance de croissance du secteur dans l’histoire de l’économie marocaine depuis le début des années 1960 est à chercher durant les années 1970. Depuis, la croissance moyenne du secteur n’a pas dépassé 3.4 %.


Sources : Banque Mondiale, ministère des Finances, ministère de l’Industrie, Invest.gov.ma, calculs de l’auteur.


Un autre aspect que le PPS néglige dans son adhésion aux grands chantiers est l’effet potentiel de cannibalisation sur le marché du travail : en supposant que les postes promis par les divers secteurs se concrétisent, la création de poste dans ces activités ne se traduit pas forcément par une baisse du chômage, et encore moins une création nette accélérée des emplois. Preuve en est la baisse tendancielle de la population employée dans le secteur industriel, alors même que les annonces se succèdent sur l’implantation d’une multinationale au Maroc, avec à la clef des postes créés. Le fait est que malgré toutes les mesures adoptées depuis près de 20 ans, la population en âge de travailler est de moins en moins intégrée dans le marché de l’emploi. Il est donc difficile pour le PPS de justifier la cohérence de l’objectif de réduire le taux de chômage de 2 points d’ici 2021 par le simple effet mécanique des grands chantiers qu’il appelle de ses voeux.


Le PPS a ainsi abdiqué son rôle de parti portant un programme électoral propre, se confinant confortablement dans son rôle d’auxiliaire de l’actuelle coalition gouvernementale, et très probablement de la prochaine. De ce fait, il abandonne tout effort visant à porter des mesures qu’il chercherait à défendre auprès de l’électorat, et se contente ainsi de proclamer son attachement à réaliser des programmes permanents et non-partisans.