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11.04.2017 à 00 H 54 • Mis à jour le 11.04.2017 à 00 H 58
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Compte-rendu

Abdelilah Benkirane: «nous ne voulons pas faire la révolution»

Abdelilah Benkirane, secrétaire général du PJD à Bouznika. DR
Confronté à la gronde d’une frange de ses partisans tentée de manifester ouvertement contre le gouvernement mené par Saâdeddine El Otmani, Abdelilah Benkirane a rendu public, lundi soir, via le compte Facebook du PJD, l’enregistrement de sa rencontre à huis clos avec les jeunes du parti tenue le 8 mars à Bouznika. Un discours introspectif d’un chef voulant désormais incarner la sagesse

C’est un chef ému qui s’est lancé dans un long monologue d’une heure devant un partenaire de jeunes partisans du PJD qui l’avaient invité à Bouznika samedi dernier pour évoquer la grave crise que traverse la formation islamiste après la déception de sa base de la voir diriger un gouvernement où elle a été reléguée à faire de la figuration. La vidéo de cette rencontre tenue à huis clos a été diffusée sur le compte Facebook du PJD quelques temps après un premier message écrit publié sur la page officielle du parti. Elle marque la première grande sortie du leader islamiste après une première phase de mutisme depuis qu’il a été déchargé par le roi Mohammed VI pour mener le nouvel Exécutif.


D’emblée Abdelilah Benkirane a reconnu que « les conditions étaient très difficiles », que « le chemin sera long » pour panser les blessures et faire retrouver au PJD tout le tonus qui lui avait permis il y a six mois à peine d’avoir le vent en poupe après sa victoire aux législatives. Pour le patron encore adulé malgré son débarquement par le roi au profit du n°2 du parti, il serait improductif de ressasser les détails de cet enlisement qui a mené le PJD à cette situation.



« Ce n’est pas la peine de rentrer dans les détails », a-t-il répété à maintes reprises enjoignant ses fidèles à se concentrer sur l’avenir et ne pas céder à la tentation de la rupture ou du chaos interne. Pour lui, l’essentiel est que le PJD aujourd’hui soit reconnu à l’international pour avoir mené « une expérience unique » dans la région grâce à une cohabitation avec ses adversaires avec qui pour bien des sujets, il partage les valeurs, a-t-il reconnu.


Posture de sage et accents gaulliens

Adoptant la posture du sage, tantôt avec des accents gaulliens, tantôt avec sa capacité à expliquer les grands enjeux par l’anecdote intimiste qui fait à chaque fois mouche auprès de son auditoire, Benkirane a requis de ses troupes de « résister coûte que coûte ». Il a avoué cependant n’avoir pas de « potion magique » alors qu’il s’est retrouvé « pieds et poings liés », incapable de tenir ses promesses « aux vieillards, aux jeunes, aux campagnards et aux citadins » qui avaient « placés tous leurs espoir en (lui) ».


« Je veux me reposer (…) le moment est venu pour moi de me reposer » a –t-il lâché, avant de se ressaisir pour expliquer que malgré tout il restera à la tâche en tant que secrétaire général du parti ou en simple militant. Il a expliqué qu’il avait tenu à conduire son expérience jusqu’à la fin, reconnaissant avec une certaine franchise « avoir commis quelques fautes, quelques abus de langages » qu’il aurait pu selon son propre aveu éviter. Des saillies qu’il semble regretter aujourd’hui et dont il raconte un épisode difficile lorsque quatre chefs de partis adverses avaient fait état au Palais de ses sorties tonitruantes. Ce dernier avait en retour dépêché deux conseillers pour s’assurer de sa loyauté envers la monarchie. Un épisode dont il livre quelques secrets d’inquisition, puisqu’il a du se justifier « enregistrements à l’appui », a-t-il affirmé. « Ils ne sont plus revenus après ca », a dit Benkirane…


Avec sa verve devenue légendaire, le secrétaire général du PJD a reconnu cependant que le Maroc « avait un sérieux problème, la volonté populaire étant systématiquement confrontée à la tactique des élites ». Une réalité dit-il qu’il faudra assumer, citant comme exemple la défaite de Benchamach (PAM) « battu à Yacoub El Mansour et qui, grâce aux grands électeurs se retrouve au perchoir de la Chambre des Conseillers ». Après tout, « c’est cela la démocratie, vous les battez ici, ils vous bloquent là ».

 

Il faut donc se résigner selon lui, « faire comme si de rien n’était (…) Où est le problème en définitive ? », s’est-il interrogé. L’important étant de « ne pas baisser les bras ». « Je ne vous promets rien, mais moi, je ne baisserai pas les bras, mais ne comptez pas sur moi seul à le faire ! », a-t-il lancé provoquant quelques applaudissements dans la salle.


Revigoré par l’appui de l’assistance, il s’en est pris frontalement à ses détracteurs qui l’accusent, selon lui, de vouloir saper la monarchie. « Des accusations fallacieuses qui nous lient à des projets terroristes (…) De purs mensonges relayés par une presse mercenaire », citant nommément la chaîne de télévision publique 2M. « Ce que nous voulons est de réformer ce pays vaille que vaille » a lancé Benkirane avant d’ajouter : « Nous ne voulons pas faire la révolution ou y participer », réfutant vouloir créer la zizanie.


En défense d’un Etat fort seul capable de réformes

Benkirane ira même plus loin dans son raisonnement en faveur d’un « Etat fort », seul capable de mener des réformes de fond. Il a assuré que s’il avait été maintenu à la tête du gouvernement, il aurait lui-même choisi des ministres technocrates pour certains postes, citant en particulier le domaine économique, enchaînant ainsi sur un des points de contentieux avec ceux qui au sein du parti sont en profond désaccord avec la composition du cabinet El Otmani. A ceux-là, le secrétaire général a lancé : « Mettez en sourdine vos revendications ! Pensez à l’avenir pour que notre pays avance ! ».


Benkirane accompagné de Driss Azami lors de la rencontre de Bouznika le 8 avril 2017. PJD

 

Il a ainsi défendu une certaine maturité que l’âge procure pour calmer les ardeurs d’une jeunesse qui veut en découdre dans la rue avec certains cadors du parti qui auraient accepté des conditions intenables pour assurer leur carrière politique. « Rien n’est perdu » a répondu Benkirane, « on a perdu un match, certes, mais il faut laisser ce gouvernement tenter de faire quelque chose », rappelant « qu’in fine, c’est le PJD qui est responsable (…) Je prends sur moi toute la responsabilité de ce qui s’est passé » a-t-il prévenu, tentant ainsi de dédouaner Saadeddine El Otmani, « un des nôtres ».


Benkirane a aussi prévenu ses ouailles de ne pas se laisser à des accusations de « traitrise ». « Je n’ai aucun souci à en discuter avec vous, mais il faut des preuves avant de porter de telles accusations », a-t-il affirmé, rappelant qu’au PJD, il a toujours impérieux de faire la différence « entre intérêt personnel et intérêt général ».

 

Enfin, pour rassurer la jeunesse du parti, il n’a eu de cesse d’émailler son propos de références à la généalogie de l’Islam, citant les marques de sagesse de certains compagnons du prophète dans un exercice d’exégèse presque didactique pour expliquer que certaines grandes figures de l’Histoire ont été défaites, mais qu’elles sont « demeurées un phare pour l’humanité ».


C’est de ce référentiel assumé qu’il a requis à son public de mener une introspection sur les « valeurs du parti », car pour Benkirane, « l’essentiel est de gérer le temps »…