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14.11.2017 à 01 H 38 • Mis à jour le 14.11.2017 à 01 H 50
Par
Biométrie

Le Maroc veut ficher sa population grâce au Big Brother indien

Illustration: John Karborn / The Intercept
Le ministre délégué auprès du ministre de l'Intérieur, Noureddine Boutayeb a séjourné en Inde durant dix jours à la tête d’une délégation d’experts en TIC. Objectif du voyage, évaluer la possibilité de dupliquer au Maroc son système d’identification biométrique Aadhaar qui fiche toute la population sans recourir à la carte d’identité. Lutte antiterroriste et ciblage des aides sociales étaient au menu des discussions

Selon le journal indien The Economic Times, une discrète délégation marocaine composée de fonctionnaires spécialisés en TIC et d’experts de Bank Al Maghrib notamment, menée par le ministre délégué auprès du ministre de l’Intérieur, Noureddine Boutayeb, a séjourné en Inde durant une dizaine de jours, du 28 octobre au 6 novembre afin d’étudier l’impressionnant système Aadhaar mis en place par New Delhi dès 2010 pour recenser la population du pays.


Plus grande base d’identification biométrique du monde, le programme indien Aadhaar, développé par le français Morpho (filiale du groupe Safran), l’américain L1 et le japonais NEC comptabilise près d’un milliard de personnes enregistrées.


12 chiffres pour lutter contre le terrorisme

Le système, unique au monde, fournit à chaque habitant un numéro à douze chiffres qui est associé à sa « signature digitale », conservée dans une base de données géante. Dès que nécessaire, l’identité de la personne est confirmée instantanément grâce à un lecteur d’empreinte.


Les initiatives de partenariat en matière de contre-terrorisme et de déradicalisation ont été au centre des préoccupations du ministre marocain. Boutayeb a déclaré à son homologue Kiren Rijiju, ministre fédéral des Affaires intérieures, que le Maroc avait pour ambition de devenir « un partenaire clé dans la lutte antiterroriste et de la déradicalisation pour Delhi en Afrique du Nord, et aimerait ainsi partager avec l’Inde son expériences dans ce domaine », faisant valoir son programme de formation des imams et la coopération sécuritaire des services de renseignement marocains avec leurs partenaires européens.


Le système Aadhaar indien a permis de ficher des centaines de millions d'habitants. LMT


Rabat est également très intéressé par le projet indien « Crime, Criminal Tracking Network – CCTNS » implémenté dans le cadre du Plan national d’eGovernance qui « aidera à moderniser la force de police par une mise en réseau à l’échelle nationale permettant le partage d’informations entre les postes de police, les agents de l’État et les agences de sécurité ». Le ministre indien a également expliqué comment ce système fournit une interface aux citoyens pour enregistrer les plaintes et offrir des services aux citoyens.

 

Lutter contre la corruption, organiser les aides sociales

Dans le contexte du chaos bureaucratique et de la corruption qui gangrène l’Inde, le choix d’une infrastructure virtuelle de biométrie assure une fiabilité optimale, avec potentiellement d’innombrables applications. La biométrie permet ainsi aux plus pauvres, qui ne possèdent souvent aucun document d’avoir une existence officielle. Pour établir une carte, nul besoin de justificatif de domicile ou de certificat de naissance. Il suffit de donner ses empreintes digitales, de se faire photographier le visage et les iris.


Une combinaison de données permet d’établir une identité unique. Ce système a été choisi en Inde car il n’existait aucun moyen d’identification fiable, le pays n’ayant jamais mis en place des cartes d’identité, suivant ainsi la tradition britannique.


Son application au Maroc, qui lui a depuis des années mis en place la CIN biométrique, serait un moyen supplémentaire pour identifier les personnes dépourvues d’Etat civil, mais aussi, à l’instar de l’Inde de mettre en place un système de ciblage des aides sociales imparable : subventions directes en cash ou pour certains produits alimentaires ou combustibles (gaz domestique).


« Le Maroc est désireux de reproduire les réussites de l’Inde en reliant Aadhaar à divers services pour les citoyens », écrit The Economic Times. Boutayeb a « informé ses interlocuteurs indiens que le Maroc est également dans le processus de mise en œuvre de programmes fondés sur le modèle socioéconomique de l’Inde et que l’objectif principal de sa délégation était de s’inspirer des expériences du modèle de développement de l’Inde et des réformes socio-économiques initiées par le gouvernement Modi », détaille le journal indien.


Avec le numéro Aadhaar, le problème de la triche à la subvention est quasiment contourné : il n’y a pas de doublon dans le système et la fabrication d’identités fictives devient impossible. La sécurité des données est de plus renforcée puisque encodées et rendues ainsi inutilisables pour un hacker.


Le numéro Aadhaar permet ainsi l’ouverture d’un compte propre qui ne dépend pas des contingences de bancarisation. Les bénéficiaires des allocations reçoivent directement leurs aides grâce à leur numéro d’identification. C’est aussi potentiellement un levier de croissance grâce à la simplification des procédures administratives, ses applications sont ainsi démultipliées : commander une carte SIM, valider un acte de propriété, assurer le suivi d’un dossier médical…


Des questions sur les libertés individuelles

Mais comme pour tout système de fichage intégral, aussi utile soit-il, celui-ci soulève les éternelles questions de la confidentialité des informations, notamment pour les régimes autoritaires qui ne respectent pas à la lettre les données personnelles. La coopération franco-marocaine dans ce domaine prouve les dérives potentielles d’une telle démarche.


En Inde, la Cour suprême a refusé l’usage de la base de données à la police, qui souhaitait identifier des criminels grâce à un relevé d’empreintes. La plus haute autorité indienne a réaffirmé que les données ne pouvaient être partagées sans l’autorisation de leur propriétaire. Peu sûr qu’il en soit de même pour le Maroc… 


Par ailleurs, Rabat et New Delhi veulent à cette occasion éliminer le visa pour leurs ressortissants et conclure rapidement un traité d’assistance juridique mutuelle.


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« Le Maroc est critique pour la sécurité alimentaire de l’Inde grâce à la fourniture de phosphates et cherche à émerger comme passerelle de l’Inde vers l’Europe et l’Afrique, des marchés économiques à croissance rapide et diversifiée », note The Economic Times.


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