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20.01.2018 à 13 H 21 • Mis à jour le 20.01.2018 à 14 H 12
Par
Coleman Files

MarocLeaks: l’affaire Charai devant le tribunal de Paris

Ahmed Charai, directeur de L’Observateur du Maroc et du groupe de presse Maroc Télématique. AIC PRESS
L’énigme non résolue du corbeau Chris Coleman qui avait « balancé » autant sur la diplomatie marocaine que sur les nervis médiatiques des services secrets, continue de faire des remous devant la justice française. A Paris, s’est ouvert le procès intenté par Le Point contre Arrêt sur Images et Orient XXI dans le volet de l’affaire Charai…

C’est, comme le relatait Daniel Schneidermann dans sa chronique sur son site Arrêt sur Images, le volet « le plus ahurissant » des fuites de Chris Coleman (@chris_coleman24), ce corbeau qui a mis le feu en 2014 à la diplomatie marocaine et levé le voile sur les pratiques des services secrets pour lustrer l’image du pays à l’international.


Pour mémoire, une série de mails fuités parmi les centaines de documents de MarocLeaks (nom donné à la plus grande fuite de documents d’Etat de l’histoire du royaume) révélaient, entre autres, qu’une poignée de journalistes français, de L’Express, du Point, de Libé, et de LCI, pigeaient depuis des années pour L’Observateur du Maroc, un site appartenant au petit empire médiatique d’Ahmed Charai, qui par ailleurs obtenait des subsides à la DGED, le service de contre-espionnage dirigé par Yassine Mansouri, afin de rétribuer de « précieux collaborateurs, en échange d’articles favorables aux thèses marocaines dans l’affaire du Sahara occidental ».


Lire à ce propos notre contre-enquête : La DGED manipulée par ses propres relais médiatiques ?


La correspondance, notamment, entre Vincent Hervouët, spécialiste de politique étrangère de LCI, et ancien président de l’association de la presse diplomatique française et Charai, est « édifiante », écrivait Schneidermann. Une correspondance électronique que le spécialiste d’Internet Jean-Marc Manach, après un premier doute légitime, avaient jugée authentique, accablait ainsi « quatre grands médias français, dont les journalistes ont ainsi travaillé en étant stipendiés par une puissance étrangère ». Son expertise a d’ailleurs servi de « base factuelle » dans cette affaire.


L'empire médiatique d'Ahmed Charai. Infographie: MOHAMED DRISSI KAMILI / LE DESK


Bien entendu, les plumes accusées de collusion avec le Maroc se sont défendues d’avoir commis des articles de propagande contre rétribution, la chape de plomb corporatiste des deux rives de la Méditerranée, s’est alors abattue sur l’affaire la reléguant très vite dans l’oubli. Or, la journaliste Mireille Duteil, qui a couvert le Maghreb des années durant pour Le Point et son directeur Etienne Gernelle, avaient contre toute attente, décidé de poursuivre les médias de l’Hexagone qui avaient pour ainsi dire le mieux écrit sur le sujet.


Vendredi 19 janvier s’ouvrait donc devant la 17e chambre du tribunal correctionnel de Paris le procès en diffamation qu’ils ont intenté à Arrêt sur images et Orient XXI, le site d’analyse consacré au Moyen-Orient, dirigé par Alain Gresh, ancien directeur du Monde Diplomatique.


« Et si Mireille Duteil et Le Point se sont sentis diffamés, pourquoi eux seuls ? Pourquoi pas les trois autres journalistes français également cités dans cette affaire (…) Dominique Lagarde (L’Express), José Garçon (Libération) et Vincent Hervouët (LCI) ? », s’est interrogé Daniel Schneidermann, dans une chronique relatant l’audience.


Et s’ils se sont sentis à ce point diffamés par sa chronique, titrée « Maroc : le retour de l’abominable vénalité de la presse française ? », « pourquoi aucun des deux n’a-t-il eu le courage de venir affronter à la barre les odieux diffamateurs que nous sommes ? », a poursuivi Schneidermann, qui pose ainsi la question lancinante de savoir pourquoi Duteil n’est-elle pas venue clarifier le statut de sa collaboration avec L’Observateur du Maroc , « publication confidentielle dont le directeur, Ahmed Charai, est un proche du pouvoir marocain ». Sans compter celle de savoir combien était-elle payée « pour cette abondante collaboration » et si pour sa direction, celle-ci constituait-elle un conflit d’intérêt avec la ligne éditoriale du Point.



A ces questions, nulle réponse. La substitute Aglaë Fradois, dans un réquisitoire concluant à la bonne foi des médias trainés devant la justice a lancé : « J’aurais aimé, à propos de l’absente, lui demander ce qu’elle savait de cet ami, M. Charai ».



En défense d’Orient XXI, plusieurs journalistes sont venus témoigner : Ignacio Cembrero (ex-El Pais) a déclaré « on n’écrit pas gratuitement pour une publication qui n’a pas de lecteurs », tandis que Jean-Pierre Tuquoi (ex-Le Monde) fustigeait cette presse francophone marocaine qui vit « des subsides du régime ». Pour sa part Aboubakr Jamaï (ex-Le Journal) a rappelé « la nocivité, pour les journalistes indépendants marocains, de ces personnes qui donnent une image erronée du régime ».



Le jugement de l’affaire sera prononcé le 22 mars. En novembre 2015, une plainte similaire d’Ahmed Charai contre Ignacio Cembreo avait été rejetée par la justice espagnole…