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#Affaire Chris Coleman
16.04.2016 à 15 H 03 • Mis à jour le 16.05.2016 à 10 H 36
Par

La DGED manipulée par ses propres relais médiatiques ?

Contre-enquête. L’affaire Chris Coleman, toujours d’actualité avec le procès qui oppose en appel les patrons de presse Ahmed Charai et Taoufik Bouachrine, a dévoilé les liens entre la DGED et certaines personnalités publiques. Selon les éléments collectés par Le Desk, ces relais ont manifestement tenté de manipuler le service de renseignement extérieur entre 2011 et 2012 en transférant de faux mails au cabinet de Yassine Mansouri.

Plus d’un an après l’apparition du mystérieux corbeau « Chris Coleman », qui a dévoilé sur internet des centaines de câbles diplomatiques marocains et autant d’échanges email présumés entre la DGED et ses relais médiatiques, l’affaire n’est toujours pas terminée. Taoufik Bouachrine, le directeur du quotidien Akhbar Al Youm, a été condamné en première instance en novembre dernier à deux mois de prison avec sursis et 1,6 million de dirhams de dédommagement à payer au patron de presse Ahmed Charai (L’Observateur du Maroc, Med Radio, Kifach, Al Adhat Al Maghribia, Pouvoirs d’Afrique) et au journaliste américain Richard Miniter. Ces derniers avaient porté plainte contre Bouachrine pour « diffamation » et « fausse information  » suite à un article publié en janvier 2015 par Akhbar Al Youm, dans lequel il accusait Miniter d’avoir été rémunéré par l’Etat profond pour écrire à charge contre le gouvernement PJD. L’appel est en cours mais aucune date n’a encore été fixée, explique Taoufik Bouachrine.

Le compte anonyme « Chris Coleman » a sévi sur les réseaux sociaux entre septembre 2014 et mars 2015. LE DESK

La diplomatie marocaine et la DGED mises à nu

Le compte anonyme « Chris Coleman » a sévi sur les réseaux sociaux entre septembre 2014 et mars 2015. Les hackers ont emprunté le surnom du directeur adjoint du département des affaires politiques de l’ONU chargé de l’Afrique du nord et de l’ouest, Christopher Coleman (aujourd’hui en poste au Kosovo), mais leur identité réelle n’a jamais été dévoilée.


Les documents fuités – emails et câbles diplomatiques –   probablement obtenus grâce à un simple piratage des messageries privées de diplomates et de responsables marocains, ont été agrémentés de « notes de synthèse » rédigées par les hackers et de commentaires en ligne. Avec un seul objectif affiché : celui de « déstabiliser » le royaume. A l’opposé du rôle d’un lanceur d’alerte comme Julian Assange ou Edward Snowden, auxquels « Chris Coleman » a parfois été comparé.


Outre la guerre larvée avec le voisin algérien, l’Etat menait pendant cette période un double bras-de-fer avec ses principaux alliés. D’abord avec la France sur les relations bilatérales, suite à la suspension de la coopération judiciaire et sécuritaire décidée par Rabat en février 2014. Ensuite avec Washington et le Secrétariat de l’ONU sur la question du Sahara. Dans ses rares sorties médiatiques sur l’affaire Coleman, le ministre des Affaires étrangères Salaheddine Mezouar a soupçonné la France puis l’Algérie, alors que Ahmed Charai a directement pointé du doigt une « barbouzerie » des services algériens. Une version qu’il maintient aujourd’hui. Il en veut pour preuve
un PV de la police française, consulté par Le Desk, qui indique que le ou les hackers ont utilisé une adresse IP localisée en Algérie pour se connecter au compte Twitter de « Chris Coleman » selon les informations fournies à la police par le réseau social, bien que l’origine géographique d’une adresse IP peut facilement être trafiquée.


Le patron de L’Observateur du Maroc est l’un des premiers à avoir été exposé. A partir d’octobre 2014, le compte anonyme a rendu public plusieurs centaines d’emails supposés avoir été reçus ou envoyés entre 2007 et 2012 par Mourad El Ghoul, alors directeur de cabinet du patron de la DGED, Yassine Mansouri. Parmi ces emails, ceux en provenance ou à destination de la boîte de messagerie d’Ahmed Charai sont les plus nombreux.

Yassine Mansouri, premier civil à diriger la DGED depuis sa nomination par le roi Mohammed VI en 2005.

Cryptographie
Des messages authentifiés grâce à leur signature Yahoo
Les emails reçus par « Si Morad » en provenance de boites de messagerie Yahoo sont authentifiés grâce à une signature cryptographique utilisée par Yahoo, qui permet de garantir l’intégrité du message. Une signature DKIM (pour DomainKeys Identified Mail) « valide » signifie que l’email n’a pas pu être modifié après son envoi. La clé de cryptage utilisée par Yahoo pour ces messages est de 1024 bits. Elle est « impossible à casser  » sans détection, affirme Greg Wood, porte-parole de l’Internet Engineering Task Force (IETF), un collectif international de chercheurs et d’acteurs du web (dont Yahoo et Cisco) qui a développé la norme DKIM. « Cela reviendrait à attaquer une signature RSA de 1024 bits, donc factoriser un entier de 1024 bits. Cela n’a encore jamais été fait, ou alors ce n’est pas public  », explique Matthieu Finiasz, expert sécurité chez CryptoExperts, une start-up française spécialisée en cryptographie. « Même pour la NSA (National Security Agency), il est difficile de dire s’ils ont les moyens de faire un tel calcul. Cela coûte cher (beaucoup de machines ou de hardware dédié) et prend forcément beaucoup de temps (ce n’est pas cassé en une seconde, mais plutôt de l’ordre de quelques semaines à priori), mais le temps de calcul théorique nécessaire est à la portée d’une organisation qui a les moyens de la NSA. Pour une agence française, là encore ils auraient probablement les moyens de le faire, mais leur budget est nettement moins important que la NSA et il est donc peu probable qu’ils investissent une part importante de leur budget juste pour cela  », explique l’expert.

Si les câbles et notes diplomatiques fuités sont difficiles à authentifier, certains mails en revanche ne laissent pas de place au doute. Comme l’avait dévoilé en décembre 2014 le journaliste français Jean-Marc Manach, certains fichiers originaux (.elm) fuités par « Chris Coleman » ont en effet une signature DKIM valide, ce qui signifie qu’ils n’ont pas pu être modifiés après leur envoi. Cela concerne les mails envoyés à partir des adresses Yahoo de plusieurs personnalités : Ahmed Charai, mais aussi l’analyste politique Said Temsamani ou encore Serge Berdugo, le secrétaire général du conseil des communautés israélites au Maroc et ambassadeur itinérant de Mohammed VI.


Les mails fuités par « Chris Coleman » montrent que Mourad El Ghoul aurait utilisé au moins trois adresses successives entre 2007 et 2012 pour échanger avec ses interlocuteurs. La plupart des mails envoyés à partir de la messagerie de Ahmed Charai commencent par « Si Morad  » ou « Pour Sdi Yassine  ». Un mail envoyé en janvier 2010 à partir de la messagerie de Serge Berdugo – authentifié grâce à sa signature DKIM –  est particulièrement explicite :

Serge Berdugo dans la Synagogue David Hamelekh à Casablanca, en mai 2003. MEHDI FEDOUACH / AFP

L’adresse email est bien celle de Serge Berdugo et le texte envoyé en pièce jointe du message correspond mot pour mot au discours qu’il prononcera à l’ONU quelques jours plus tard, en anglais, lors d’une conférence organisée à New York sur « les Juifs du Maroc pendant la seconde guerre mondiale  ».


Les interlocuteurs de « Si Morad »  peuvent être classés en deux catégories. D’un côté ceux qui échangent régulièrement des informations, participent à des actions de veille ou de lobbying et qui obtiennent un soutien logistique (réservation de billets d’avion et de chambres d’hôtels, au Maroc et à l’étranger). De l’autre, des responsables de médias publics et privés ou des chroniqueurs, qui sont simplement destinataires de « demandes de médiatisation  » sur des sujets de politique intérieure et étrangère.


Ancien directeur de la MAP de 1999 à 2003, Yassine Mansouri semble avoir gardé ses entrées dans les milieux médiatiques depuis sa nomination en 2005 par Mohammed VI à la tête de la DGED. « A part l’exagération que la presse a pu faire, il faut savoir qu’au final ces mails étaient juste des notes d’informations concernant des futurs événements, des circonstances particulières concernant notre pays, qu’on nous proposait de couvrir. On pouvait accepter comme refuser », explique sous couvert d’anonymat un des destinataires des demandes de médiatisation envoyées depuis l’email de « Si Morad », dont il confirme ainsi l’authenticité.


Le Desk n’a pas été en mesure de contacter la DGED pour obtenir des explications : contrairement à la plupart des grands services étrangers, la direction générale des études et de la documentation ne dispose d’aucun point de contact (site internet, cellule de communication) pour interagir avec les médias et le public.


DGED
Les adresses emails attribuées à « Si Morad »
Les centaines d’emails rendus public par « Chris Coleman » permettent de retracer les adresses successives attribuées à « Si Morad » de 2007 à 2012. Selon les emails les plus anciens (de simples captures d’écran en format PDF), le directeur de cabinet de Yassine Mansouri aurait utilisé l’adresse « [email protected] » au moins d’aout 2007 à décembre 2008. Une deuxième adresse, « [email protected] », a été utilisée au moins de novembre 2009 à octobre 2010, avant le passage à l’adresse « [email protected] » d’octobre 2010 à mai 2012.

PARTIE I

Ahmed Charai, un maillon médiatique pris pour cible ?

Ahmed Charai aux côtés d'Ilyas El Omari et de Mustapha Bakkoury. L'OBSERVATEUR DU MAROC.
Ahmed Charai dément de son côté toute relation entre son groupe de presse et la DGED, bien qu’il reconnaisse un « engagement personnel  » au service du royaume. Il affirme que sa messagerie a été piratée à plusieurs reprises, ce qui expliquerait selon lui les centaines de messages échangés entre son adresse email et celle de « Si Morad ». Un inconnu a-t-il vraiment pu utiliser sa messagerie pendant plus de cinq ans sans qu’il ne s’en aperçoive ? Dans quel but ? Ahmed Charai assure au Desk qu’il s’agit d’une « opération de piratage, de falsification  » qui a selon lui nécessité « des moyens énormes  ».


Certains contenus envoyés en pièces jointes de messages authentifiés à « Si Morad » tendent pourtant à montrer que Charai en est bien l’expéditeur, comme ces « Unes » de L’Observateur du Maroc envoyées en format PDF quelques jours avant leur publication effective :


Exemple de « Une » de L’Observateur du Maroc envoyée en format PDF à Si Morad quelques jours avant sa publication.

Ancien directeur commercial de New Publicity, la boite de pub de Kamal Lahlou, Ahmed Charai s’était mis à son compte au début des années 2000 en créant sa propre régie publicitaire, Maroc Télématique. Il a démarré sa carrière dans les médias à cette époque en prenant la tête de l’hebdomadaire La Vérité, créé par Abdallah El Amrani, et en lançant un portail d’information, lobservateur.ma. En 2008, Charai sort la version papier de son site, l’hebdomadaire L’Observateur du Maroc, et s’associe avec le journaliste français Vincent Hervouet pour créer la station Med Radio, qui a décroché une des nouvelles licences radio.


Ahmed Charai développe en parallèle ses réseaux au sein de la droite conservatrice américaine et intègre le « board » de plusieurs think tanks, comme le Foreign Policy Research Institute (FPRI) et plus tard le Center for Strategic and International Studies (CSIS). Avec le soutien financier de la DGED ? C’est ce qu’indiquent les emails (authentifiés) envoyés de la messagerie de Charai à « Si Morad » en août et septembre 2011, à l’occasion d’un déplacement aux Etats-Unis du patron de L’Observateur :

« Si Morad » est relancé une semaine plus tard pour verser « les contributions annuelles pour les think-tank et ONG US  » :

Le 12 septembre 2011, un nouveau mail (authentifié) est envoyé de la messagerie de Charai à « Si Morad ». En pièce jointe, un ordre de virement de 25.000 $ pour le CSIS, avec l’en-tête de Maroc Télématique.

A son arrivée à l’aéroport de Washington le 14 septembre 2011, Ahmed Charai fait l’objet d’un contrôle de routine. Les autorités américaines trouvent dans ses affaires 20 000 $ en liquide, qui n’avaient pas été déclarés par Charai lors de son passage à la douane. Il est alors placé en état d’arrestation, selon un document officiel (affidavit) publié par « Chris Coleman » et qui relate en détail cet épisode. Face à un enquêteur du Homeland Security, Charai affirme avoir retiré cet argent de son compte personnel au Maroc et qu’une partie (10 000 $) était destinée à l’ONG Search for Common Ground au titre de sa contribution annuelle en tant que membre du « board », tandis que des sommes de 2000 et 3000 $ étaient destinés à deux individus aux Etats-Unis à titre de rémunération mensuelle comme « auteurs » pour sa société. Dont Richard Miniter ? Ce dernier n’a pas répondu aux emails envoyés par Le Desk.

Les services de la sécurité intérieure (Homeland Security). Stephen Chernin / Getty Images
Démenti d'Ahmed Charai sur le site Hespress.
Document officiel sur l'arrestation de Ahmed Charai en septembre 2011, rendu public par le compte Chris Coleman.
Au Maroc, son arrestation est relayée quelques jours plus tard dans certains médias. Ahmed Charai fait alors publier un démenti sur les sites Hespress et Goud, dans lequel il menace de porter plainte pour « fausse information ». Les liens du démenti sont ensuite envoyés par email à « Si Morad ». Ce n’est que trois ans plus tard, suite aux publications de « Chris Coleman », que Charai, interrogé par Mediapart, reconnaît finalement la réalité de son arrestation.

Visuel de la campagne de lancement du Foreign Policy version francophone, envoyé par email à Si Morad.
Le journaliste américain Richard Miniter
Médias
Des journalistes français rémunérés par la DGED ?
Parmi les emails authentifiés grâce à leur signature DKIM, figure un message envoyé en octobre 2011 de la boite d’Ahmed Charai à celle de « Si Morad », selon lequel le patron de presse demande de l’argent pour payer les piges de plusieurs journalistes français qui collaborent avec ses supports : Vincent Hervouet, Dominique Lagarde, José Garçon, Mireille Duteil. Le montant présenté s’élève à 6000 euros par journaliste. Suite aux révélations de « Chris Coleman », les journalistes français ont vivement démenti tout paiement de la part d’Ahmed Charai, affirmant avoir collaboré gratuitement avec le patron de presse marocain. Ce dernier dément lui aussi l’authenticité de l’email, malgré sa signature DKIM valide…

La création d’un petit empire médiatique

Outre sa présence au sein de think tanks, Ahmed Charai mobilise son réseau de journalistes, en France et aux Etats-Unis, pour relayer les dépêches de la MAP ou les inviter dans le royaume à l’occasion d’événements spéciaux (couverture des élections, festival du film de Marrakech, etc.). Avec le soutien logistique de la DGED, à en croire les nombreux emails (authentifiés) envoyés de sa boite de messagerie à « Si Morad », qui se charge d’effectuer des réservations de billets d’avion ou de chambre d’hôtels.


Selon les emails authentifiés, la DGED a aussi collaboré au lancement de la revue Foreign Policy en version française, dont Charai a obtenu la licence en 2010. Pour le premier numéro de la revue (janvier-février 2011), le journaliste américain Richard Miniter, un « ami intime  » de Charai, a préparé un article sur le conflit au Sahara, « La guerre la plus inutile du monde », dont une version word (en français), est envoyée à « Si Morad » avant publication. Ce dernier y aurait répondu en y apportant des corrections de forme et de fond, avant de recevoir un PDF de l’article monté. Il a aussi reçu les visuels de la campagne de lancement prévue dans les médias nationaux et étrangers. « Si Morad, je vous remettrai 3000 ex. pour la distribution en Afrique et Paris », a écrit Charai selon un email authentifié, envoyé le 5 janvier 2011.


Année de tous les dangers pour le pouvoir marocain, 2011 est également une date charnière pour Ahmed Charai, qui participe activement aux efforts du régime pour surmonter la vague des printemps arabes. Il publie des chroniques pour les think tanks dont il est membre, comme « The Moroccan Exception  » au FPRI ou « Morocco : The King’s Revolution » au Hudson Institute, ainsi que dans certains médias comme Forbes ou Foreign Policy, qui sont systématiquement relayées par la MAP. En novembre 2011, Ahmed Charai aurait préparé lui-même une des dépêches de l’agence officielle, en collaboration avec le chef du bureau à Washington, Fouad Arif, selon un email authentifié envoyé à « Si Morad » :


Kifache.info et Al Ahdat al Maghribia

En 2011, Ahmed Charai a également lancé un nouveau média, le site internet Kifache.info. Selon un email authentifié daté d’avril 2011, il aurait envoyé à « Si Morad » plusieurs exemples de maquettes de site. Quelques jours plus tard, il lui transfère un email de Redouane Erramdani, journaliste à Med Radio et futur responsable de la rédaction de Kifach, qui lui communique une liste de potentiels rédacteurs. « Pour éviter d’apparaître en première ligne : Je suggère que nous choisissions deux ou trois jeunes d’entre ceux que je connais très bien en faisant comme si j’étais le promoteur du projet », conclut le journaliste dans son email, dont il a confirmé l’authenticité début 2015 sur le plateau de France24, suite aux révélations de « Chris Coleman ». Quelques mois après le lancement de Kifach.info, « Si Morad » recevra les premiers rapports d’audience du site.


Exemples de maquettes de site internet, envoyés par mail à Si Morad.


Ahmed Charai entre également en 2011 au capital du quotidien arabophone Al Ahdat al Maghribia, dont il prend la direction. Il lance une campagne de communication pilotée par l’agence Klem Euro RSCG, dont le devis d’un montant de 600 000 DH, envoyé à Maroc Telematique, est transféré par mail à « Si Morad ».


En juillet 2011, après le succès du référendum sur la nouvelle constitution, « Si Morad » envoie à l’adresse email de Charai un article déjà rédigé, « Le gouvernement du 21 février : une transition fleurie », qui tourne en dérision les journalistes indépendants, activistes et opposants politiques qui s’étaient mobilisés pendant la contestation populaire. Le texte sera intégralement publié sur le site de L’Observateur du Maroc quelques jours plus tard, sous la plume de Hakim Arif, le bras droit de Charai. L’article n’est plus disponible aujourd’hui sur L’Observateur mais une copie est toujours consultable sur le portail d’agrégation de contenus Maghress.


La coalition du G8 pour les législatives de 2011. AICPRESS


A l’occasion des élections législatives anticipées de novembre 2011, Ahmed Charai active une nouvelle fois ses réseaux pour assurer la couverture des élections. Selon un mail authentifié, il répond début octobre à un message de « Si Morad » qui lui demande de médiatiser la création du « G8 », cette coalition du RNI, du PAM, du MP, de l’UC et d’autres micro partis, qui était censée contrer le PJD :

Selon un autre email authentifié, envoyé quelques jours plus tard, Charai annonce à « Si Morad » qu’il va se rendre en France pour « préparer des rencontres à l’Assemblée Nationale, au Sénat …des 8 mousquetaires  ».

Les dessous du procès Bouachrine

Les derniers emails de « Si Morad » révélés par « Chris Coleman » datent d’avril et mai 2012. Parmi ces messages, un échange supposé entre Ahmed Charai et Richard Miniter, transféré le 25 avril 2012 à « Si Morad », dans lequel le journaliste américain joint le texte de son nouvel op-ed consacré au Maroc, « Is Arab Spring Bad for Investors  ». Publié sur le site internet de Forbes, l’article traite de l’arrivée au pouvoir des islamistes suite aux printemps arabes, en axant sur le cas du PJD marocain. Miniter affirmait dans ce texte que le gouvernement Benkirane, bien perçu lors de sa constitution en janvier, avait déjà un « nouvel agenda  » qui effraye le monde des affaires. Selon lui, « seuls deux hommes peuvent sauver le Maroc aujourd’hui  » : le roi Mohammed VI et le président des Etats-Unis.

Selon cet email, Ahmed Charai propose à Si Morad de « relayer au maximum  » l’article de Miniter, « l’un des meilleurs articles sur SM le Roi depuis 10 ans ». Il propose notamment de le traduire dans l’Economiste et Al Ahdat, « sans oublier la presse électronique  ». Selon le message transféré de la boite de Charai à celle de « Si Morad », le journaliste américain aurait demandé par ailleurs à recevoir « son cadeau  » : la somme de 20 000 $.

Le patron d'Akhbar Al Youm, Taoufik Bouachrine. AICPRESS

Ce sont ces emails que Taoufik Bouachrine, le patron du quotidien Akhbar Al Youm, réputé proche du PJD, a repris dans un article et un édito en janvier 2015 pour dénoncer une cabale anti-Benkirane, orchestrée par Ahmed Charai et la DGED, en affirmant dans les colonnes d’Akhbar Al Youm que Richard Miniter avait demandé 20 000 $ pour écrire son article sur les islamistes marocains. Lors du procès tenu en novembre dernier, Bouachrine a relevé que le texte du journaliste américain contenu dans l’email avait bien été publié par Forbes et que sa traduction en arabe l’a bien été dans l’édition d’Al Ahdat Al Maghribia du 30 avril 2012. Le patron d’Akhbar Al Youm a par ailleurs demandé à faire témoigner le journaliste néerlandais Rik Goverde, qui avait échangé par email avec Richard Miniter suite aux révélations de « Chris Coleman » et qui pouvait ainsi témoigner de l’authenticité de l’adresse email du journaliste américain. Mais Rik Goverde n’en a pas eu le temps : une semaine plus tard, il a été expulsé manu militari du royaume, au motif qu’il travaillait (depuis deux ans) sans avoir obtenu l’accréditation du ministère de la Communication. Le verdict en première instance contre Bouachrine est tombé la semaine suivante : le patron d’Akhbar Al Youm a été condamné pour diffamation, “mais pas pour fausse information”  précise Taoufik Bouachrine, à deux mois de prison avec sursis et à verser 800 000 DH à chacun des plaignants. Une facture salée pour le patron de presse : la somme correspond à la totalité des bénéfices engrangés par Akhbar Al Youm en 2014. Bouachrine a fait appel du verdict et attend désormais la suite du procès. En Espagne, c’est le journaliste Ignacio Cembrero et le quotidien El Mundo qui ont été attaqués en diffamation par Ahmed Charai, suite à un article le qualifiant d'” espion”  et de “ collaborateur”  de la DGED. La justice espagnole a finalement débouté le patron de presse marocain en novembre dernier, estimant que les faits relatés sont d’un “ intérêt certain pour l’opinion publique espagnole et internationale“ .


Le journaliste Rik Goverde, expulsé du Maroc en novembre 2015. MARIE THÉRÉSE KIERKELS

Des faux emails transférés à la DGED

Ces emails ont-ils été falsifiés par « Chris Coleman », comme l’affirme Ahmed Charai ? Le Desk a découvert qu’ils font partie d’une série de messages caviardés ou totalement fabriqués, mais pas en 2014 : leur signature DKIM valide indique qu’ils ont bien été envoyés entre 2010 et 2012 du compte de Charai à celui de « Si Morad ».

Ces messages sont censés provenir du journaliste Richard Miniter et du Hudson Institute. Mais seul leur envoi de l’adresse de Charai à celle de « Si Morad » est authentifié grâce une signature DKIM valide. Autrement dit, leur caviardage ou leur fabrication n’a pu être réalisé que par celui qui les a envoyés à la DGED. Les messages en question visent soit à mettre en avant les actions de lobbying de Charai, soit à demander de l’argent au service de renseignement.


L’un de ces emails remonte à octobre 2011, quelques semaines après l’arrestation d’Ahmed Charai aux Etats-Unis. Il s’agit d’un email supposément reçu du Hudson Institute, qui est transféré à « Si Morad ». Le transfert est authentifié grâce à une signature DKIM valide. Le message original, en revanche, provient d’une adresse qui n’existe pas, « [email protected] ».

Le faux message contient le texte de la dernière livraison de Charai, « The Arab Spring’s Promise of Democracy is in Jeopardy  », qui sera publié le lendemain par le Hudson institute. Le texte est accompagné d’un commentaire laudateur – mais bourré de fautes –  vis-à-vis du patron de presse, dont l’article est qualifié « d’immensément important  » pour les décideurs américains. Charai a-t-il fabriqué ce message pour rester dans les bonnes grâces de la DGED, quelques semaines après son arrestation à Washington ? Le patron de presse dément.

« L’email est rempli d’erreurs grammaticales et de choix de phrases qui me conduisent à penser qu’il a été écrit par quelqu’un dont l’anglais n’est pas la langue maternelle »
Carolyn Stewart
Responsable presse du Hudson Institute
Trois mois plus tard, en janvier 2012, un autre mail est transféré à « Si Morad » de la boite d’Ahmed Charai. Il s’agit cette fois d’un message prétendument envoyé à Richard Miniter par le patron du Hudson Institute, Kenneth Weinstein. Ce dernier aurait annoncé au journaliste américain la décision du think tank de le sanctionner suite à sa chronique sur les élections législatives marocaines de novembre 2011, intitulée « Moroccan Exceptionalism ». Le texte citait une pseudo « analyse confidentielle » américaine selon laquelle le RNI allait gagner les élections. Selon le message transféré par Charai à « Si Morad », Miniter estimait que cet épisode portait un coup à sa crédibilité et que la sanction du Hudson allait lui coûter au moins 60 000 $. Le lendemain, « Si Morad » est relancé sur le sujet : « Merci de voir avec Notre ami, comment doit-on aider Richard suite à son email…  ». 


Or, Le Desk a découvert que le message original attribué à Kenneth Weinstein, qui sert de justification pour demander 60 000 $ à la DGED, est un faux : l’adresse utilisée, « [email protected] » n’a jamais existé. Contacté par Le Desk, le Hudson Institute confirme que cette adresse a été fabriquée. « De plus, l’email est rempli d’erreurs grammaticales et de choix de phrases qui me conduisent à penser qu’il a été écrit par quelqu’un dont l’anglais n’est pas la langue maternelle  », explique Carolyn Stewart, la responsable presse du Hudson Institute.


Les messages entre Miniter et Charai à propos du « cadeau » de 20 000 $, datés d’avril et mai 2012 et sur lesquels s’était basé Taoufik Bouachrine pour dénoncer un article commandé à ce montant, soulèvent eux aussi de sérieux doutes : leur transfert entre l’adresse de Charai et celle de « Si Morad » est bien authentifié grâce à une signature DKIM valide, mais les messages originaux sont écrits dans un anglais très approximatif. Il est donc peu probable qu’ils aient été réellement rédigés par le journaliste américain. Aucun élément ne permet d’ailleurs d’affirmer que Richard Miniter a effectivement reçu une telle somme. Là encore, l’objectif d’un tel caviardage semble uniquement de soutirer de l’argent à la DGED…

La copie d’un ordre de virement de 60 000 $ avec l’en-tête de Maroc Télématique, déposé dans une agence BMCE de Casablanca et destiné à un compte de Richard Miniter auprès de la banque américaine PNC, a été envoyée par email de la boite de Charai à celle de « Si Morad », selon un mail authentifié daté du 26 janvier 2012 et accompagné du texte suivant : « Si Morad, ci-joint copie du virement que j’ai effectué pour Richard ce matin. Il sera dans son compte le lundi prochain ».


Mais le patron de presse marocain dément avoir effectué ce virement et a transmis au Desk deux attestations bancaires. La première, signée par le directeur général du groupe BMCE, Brahim Touimi-Benjelloun, et son Contrôleur général Khalid Laabi, ne dément pourtant pas l’authenticité de l’ordre. Elle indique simplement que ce virement « n’a jamais été exécuté  » par la BMCE. La deuxième attestation, signée par la banque PNC, indique de son côté que le numéro de compte inscrit sur l’ordre de virement ne correspond pas au compte détenu par Richard Miniter.


Ce virement n’ayant pas été exécuté, pourquoi une copie de l’ordre –  qui comporte un accusé de réception horodaté –  a-t-elle été envoyée par email à « Si Morad », si ce n’est pour justifier un faux paiement ? 

PARTIE II

Aux Etats-Unis, une bataille larvée entre lobbyistes

L'analyste politique Said Temsamani. ASP

Les faux emails transférés à la DGED ne concernent pas qu’Ahmed Charai. En épluchant les centaines de messages et documents divulgués par « Chris Coleman », Le Desk a trouvé d’autres cas de manipulation entre 2011 et 2012. Certains concernent les échanges entre l’analyste politique Said Temsamani et la messagerie de « Si Morad », rendus publics en janvier 2015.


Ancien conseiller politique à l’ambassade américaine à Rabat, Said Temsamani a publié ces dernières années de nombreuses chroniques portant sur la démocratisation du Maroc, notamment sur les sites Eurasia Review et Morocco World News. Disposant d’un bon réseau de contacts aux Etats-Unis, Temsamani a mis ses compétences au service de la DGED, à en croire la centaine de messages échangés avec « Si Morad », datés de juin 2011 à avril 2012, dont la signature DKIM est valide.

En juillet 2011, Said Temsamani transfère à « Si Morad » un échange qu’il a eu avec le vice-président du Meridian International Center, Greg Houston, qui propose de mettre en place un partenariat entre son association – qui collabore étroitement avec le Département d’Etat –  et les autorités marocaines. Le but étant de promouvoir les relations bilatérales Maroc-Etats-Unis. Contacté par Le Desk, Greg Houston a confirmé avoir eu cet échange avec Said Temsamani.


En l’absence de réponse positive de Rabat, ce dernier est revenu à la charge quelques mois plus tard auprès de « Si Morad », selon un message authentifié daté de février 2012 :

En avril 2012, Said Temsamani a ré-envoyé à « Si Morad » la proposition de contrat du Meridian, mais en y incluant cette fois un troisième partenaire : Public Initiatives, une société de relations publiques créée à Rabat en 2010 par le communiquant Nabil Ouchagour et dont Said Temsamani est devenu le dirigeant, selon sa biographie publiée sur le site officiel du Moroccan American Center (MAC) ainsi que ce profil Linkedin :

En parallèle, Said Temsamani a transféré à « Si Morad » un mail de Kenneth Pollack. Ancien analyste de la CIA et directeur au Conseil national de sécurité de la Maison-Blanche dans les années 90, Kenneth Pollack était entre 2009 et 2012 le directeur du Saban Center for Middle East Policy, un centre de recherche sur le Moyen-Orient créé au sein de la prestigieuse Brookings Institution.

Kenneth Pollack, ancien analyste de la CIA et directeur au Conseil national de sécurité de la Maison-Blanche dans les années 90.


Selon l’email transféré par Temsamani à « Si Morad », Kenneth Pollack se serait dit disponible « pour rencontrer Said  » avant de relater sa rencontre avec Ed Gabriel, ex-ambassadeur américain à Rabat sous l’administration Clinton et désormais lobbyiste en chef du Maroc aux Etats-Unis à travers le Moroccan American Center (MAC). Toujours selon l’email de Temsamani, Kenneth Pollack aurait reproché à Gabriel le travail de propagande mené par ses lobbyistes à Washington. Il rapporte aussi qu’Ed Gabriel aurait sévèrement critiqué Rabat en affirmant qu’il n’y aurait pas de vraies réformes au Maroc à cause du dossier du Sahara et parce que « les conseillers du roi vont continuer à manipuler les partis politiques pour préserver leur propre pouvoir  » :

Le transfert de cet email entre Said Temsamani et « Si Morad » est authentifié grâce à une signature DKIM valide. Le message original de Kenneth Pollack, en revanche, semble avoir été lourdement caviardé. Contacté par Le Desk, ce dernier affirme que l’ensemble du contenu a été modifié et que le vrai message relatait sa rencontre avec Taieb Fassi Fhiri (et non avec Ed Gabriel), lors de la venue du ministre marocain des Affaires étrangères à la Brookings Institution en 2011. Kenneth Pollack a envoyé au Desk une copie du message en question, sans toutefois divulguer le nom du véritable destinataire, déclarant que l’email original, toujours stocké sur les serveurs de Brookings, est à la disposition de la justice :



Ed Gabriel, ex-ambassadeur américain à Rabat sous l’administration Clinton et désormais lobbyiste en chef du Maroc aux Etats-Unis à travers le Moroccan American Center. MAP

Pourquoi Temsamani a-t-il transféré à « Si Morad » un message caviardé et à charge contre Ed Gabriel ? Une attaque pour se positionner parmi les lobbyistes du royaume, dans un contexte de tensions entre l’ambassade du Maroc à Washington et les cabinets embauchés par Rabat ? Dans un email (non-authentifié) daté de mai 2011, envoyé à son ministre de tutelle Taieb Fassi Fihri, l’ex-ambassadeur Aziz Mekouar se serait d’ailleurs plaint des consultants en pointant « un problème de coordination sérieux  ». « Les gens au Congrès ne comprennent plus rien et disent que cela porte préjudice au Maroc  », rapportait cet email.



Le Desk a tenté à plusieurs reprises de contacter Said Temsamani, en vain. Ce dernier a par ailleurs désactivé son compte Facebook quelques jours après la publication de ses emails par « Chris Coleman », selon deux de ses contacts interrogés par Le Desk. Sa proposition de partenariat avec Rabat et le Meridian Center n’a en tout cas pas abouti et la société Public Initiatives a depuis été liquidée. Said Temsamani, lui, est tout de même devenu à cette époque « chercheur associé » au sein du Meridian. Une fonction qu’il a quittée « il y a un peu plus d’un an », explique au Desk la vice-présidente de l’organisation en charge de la communication, Monique McSween. Temsamani a depuis intégré l’AMPA (Association of Moroccan Professionals in America), une structure chargée de promouvoir les relations économiques entre le Maroc et les Etats-Unis.

Rabie Mansouri et le cabinet Gerson Global

Selon les emails et documents révélés par « Chris Coleman », au moins un troisième cas de falsification d’emails destinés à la DGED a eu lieu sur la période 2011-2012. Il implique un certain Rabie Mansouri, membre du cabinet Gerson Global Advisors (GGA), qui avait été embauché par Rabat pour faire face à la vague des printemps arabes et promouvoir l’image du Royaume aux Etats-Unis. GGA est un cabinet de conseil créé un an plus tôt par l’homme d’affaire Russ Gerson, qui a notamment dirigé l’équipe de transition de John Mc Cain pour l’élection présidentielle américaine de 2008.


GGA est un cabinet de conseil créé en 2010 par l’homme d’affaire Russ Gerson.


GGA a signé un contrat de 2,5 millions de dollars en mars 2011 avec Youssef Imani, le directeur général de l’Agence marocaine pour la coopération internationale (AMCI), une structure rattachée aux Affaires étrangères et censée s’occuper de la coopération Sud-Sud. Selon les termes du contrat déposé au ministère américain de la Justice, GGA avait comme tâche de « promouvoir les objectifs politiques et économiques du Maroc » aux Etats-Unis.


Aux côtés de Russ Gerson, Rabie Mansouri, co-fondateur de GGA, s’occupait du dossier Maroc au sein du cabinet. Très peu d’informations publiques sont disponibles sur le personnage. Selon la lettre d’information Maghreb Confidentiel, Rabie Mansouri est un Américain d’origine marocaine, qui a conseillé plusieurs multinationales en Afrique du nord et dans le Golfe. Sa fiche déposée au registre des lobbyistes du ministère américain de la Justice indique qu’il est né en 1981 et qu’il a été naturalisé américain en 2006.


Selon une lettre envoyée en février 2012 par Russ Gerson à Yassine Mansouri, divulguée par « Chris Coleman », le patron de GGA aurait informé le directeur de la DGED qu’il venait de mettre fin à sa collaboration avec trois personnes : Rabie Mansouri, un certain Steve Norris et… Saâd Bendidi. Selon cette lettre, Russ Gerson les accusait d’avoir tenté de « prendre le contrôle de GGA ou autrement de détruire la société, ce qui ne nous a pas laissé d’autres alternatives que de rompre leur relation avec GGA  ». Il affirmait également avoir en sa possession des éléments prouvant que Rabie Mansouri avait fabriqué et/ou modifié des emails provenant de tierces parties. « Nous sommes devenus de plus en plus inquiets du fait que quiconque avait l’audace de fabriquer/modifier un email qui vous était destiné, Mr Mansouri, pouvait aussi perpétrer d’autres activités illégales ou immorales – une inquiétude dont le bien-fondé est désormais prouvé  », expliquait Russ Gerson selon cette lettre. « Il y a par exemple une preuve incontestable que Rabie a dénaturé la réalité d’une situation personnelle auprès d’un ancien sénateur américain dans le but frauduleux d’obtenir une extension de visa pour un citoyen marocain ».


Le Desk a tenté à plusieurs reprises de contacter Russ Gerson et son assistante Erica Einfeldt, qui se chargeait d’envoyer les factures de GGA. Mais nos appels et emails sont restés sans réponse : la société a depuis été dissoute. Le registre des lobbyistes tenu par le ministère américain de la Justice confirme toutefois que Rabie Mansouri et Steve Norris ont bien quitté leurs fonctions au sein de GGA en janvier 2012.


Saâd Bendidi, lui, n’a jamais été enregistré comme lobbyiste pour GGA. Il est toutefois présenté comme « co-président de Alloy Partners LLC  » dans une note d’information rédigée en 2011 par le CDVM à l’occasion de l’IPO de Stroc Industries. Or, selon le registre de commerce de l’état de New York, la société Alloy Partners LLC a été enregistrée en mai 2011 dans le paradis fiscal du Delaware et domiciliée au siège de…  Gerson Global à New York, avec Russ Gerson comme personne de référence à contacter. Saâd Bendidi, aujourd’hui directeur général délégué du groupe Saham, n’a pas répondu aux sollicitations du Desk sur ce sujet.

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