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26.03.2018 à 12 H 50 • Mis à jour le 26.03.2018 à 12 H 55
Par
Islam

Asma Lamrabet explique les raisons de sa démission de la Rabita Mohammadia

Native de Rabat, Asma Lamrabet, exerce actuellement en tant que médecin biologiste à l’Hôpital Avicenne de Rabat. DR
Une semaine après sa démission de la Rabita Mohammadia des Oulémas, une instance religieuse très conservatrice placée sous la tutelle du roi, la réformatrice Asma Lamrabet explique dans un communiqué diffusé ce lundi que sa position en faveur de l’égalité en matière d’héritage en est bien la cause

Dans un communiqué en dix points daté de ce lundi 26 mars et dont Le Desk a reçu copie, Asma Lamrabet confirme bien que sa position en faveur de l’égalité en matière d’héritage est la cause de sa démission de la Rabita Mohammadia des oulémas, actée la semaine dernière.


La chercheuse dirigeait jusqu’ici le Centre des études sur les femmes en islam au sein de cette organisation religieuse très conservatrice, émanation du pouvoir régalien, et au sein de laquelle elle a tenté, depuis des années, de mener une réforme impossible.


« Je n’ai pas souhaité m’exprimer, depuis l’étranger, où je participais à un séminaire académique, sur les raisons ayant conduit à ma démission [lundi 19 mars, ndlr] et ce, pour éviter toute instrumentalisation malveillante qui viendrait travestir mon patriotisme, mes valeurs et mes profondes convictions ».


Lamrabet s’était exprimé à l’occasion d’une conférence universitaire de présentation d’un ouvrage collectif sur l’héritage (L’héritage des femmes, sous la direction de Siham Benchekroun). Elle affirme aujourd’hui que ses propos, « exprimés à titre strictement personnel », ont suscité un tollé et une grande polémique lors de la 20ème session du Conseil académique de la Rabita.


Devant une telle pression, elle a été « contrainte à présenter sa démission » en raison des divergences portant sur l’approche de l’égalité femmes-hommes au sein du référentiel religieux.


« À ceux qui voudraient m’accabler, je dirais que mon action, à titre bénévole au sein de la Rabita, pendant près de dix ans, n’avait d’autre ambition que de servir mon pays et de promouvoir cette troisième voie, celui d’un islam apaisé, contextualisé et en phase avec les valeurs humanistes universelles compatibles avec nos valeurs culturelles », plaide-t-elle. « Une étape est terminée. Mais je poursuivrais sereinement et librement mon engagement », a-t-elle poursuivi.


Lamrabet qui se proclame dans le sillage de « la démarche royale pour mener le Maroc vers la modernité », selon ses dires, estime que l’islam ne sait être « une barrière pour l’émancipation dans la justice et l’égalité des droits ». D’autant plus que « le pays a toujours fait de son islam modéré un atout de richesse, de diversité et de spiritualité ».


« J’ai toujours prôné une lecture progressiste, réformiste et dépolitisée pour opérer une nouvelle approche de la question des femmes dans l’islam. C’est l’action que j’ai toujours menée à travers la déconstruction des lectures rigoristes et patriarcales, notamment à travers mes différents ouvrages et au sein du Centre d’études féminines, qui est devenu un espace de référence dans la réforme du champ religieux initié par la plus haute autorité politique du pays », plaide la réformiste musulmane.


Remerciant tous ceux et celles qui lui ont témoigné leur solidarité et leur soutien, elle affirme que le plus important aujourd’hui est de soutenir, plus que jamais, « les droits légitimes des femmes pour un Maroc de justice et d’égalité ».


« J’ai donc pris mes responsabilités. Et comme je l’ai dit dans mon post Facebook : une étape est terminée. Je poursuivrai sereinement et librement mon engagement », conclut-elle.


Lire aussi : Asma Lamrabet veut concilier foi et émancipation, islam et valeurs universelles

 

Communiqué de presse du Dr Asma Lamrabet explicitant les raisons de sa démission du Centre d’Etudes Féminines en Islam au sein de la Rabita Mohammadia des Oulémas du Maroc


  1. Je n’ai pas souhaité m’exprimer, depuis l’étranger, où je participais à un séminaire académique, sur les raisons ayant conduit à ma démission et ce pour éviter toute instrumentalisation malveillante qui viendrait travestir mon patriotisme, mes valeurs et mes profondes convictions.


  1. A l’occasion d’une conférence universitaire de présentation de l’ouvrage collectif sur l’héritage, mes propos, exprimés à titre strictement personnel et rapportés par un organe de presse ont suscité un tollé et une grande polémique lors de la 20ème session du Conseil académique de la Rabita. Devant une telle pression, j’ai été contrainte à présenter ma démission en raison des divergences portant sur l’approche de l’égalité femmes hommes au sein du référentiel religieux


  1. A ceux qui voudraient m’accabler, je dirais que mon action, à titre bénévole au sein de la Rabita, pendant près de dix ans n’avait d’autre ambition que de servir mon pays et de promouvoir cette troisième voie, celui d’un islam apaisé, contextualisé et en phase avec les valeurs humanistes universelles compatibles avec nos valeurs culturelles.


  1. Je porte en moi et défends les valeurs que Sa Majesté le Roi n’a cessé de prôner pour la préservation des constantes du pays, pour la défense des droits légitimes des femmes et la marche irréversible du Maroc vers la modernité.


  1. L’islam comme référentiel incontournable et tel que clairement stipulé dans notre Constitution, ne saurait être pour nous marocains, femmes et hommes, ni une barrière ni un obstacle pour l’émancipation dans la justice et l’égalité en droits.


  1. En tant que marocaine, qui a puisé son inspiration dans notre Islam, je me sens fière et forte de ses enseignements et des portes qu’il m’a ouvertes sur la réalité, l’altérité et la pluralité culturelle, ce qui a permis à notre pays de faire de sa richesse, de sa diversité et de sa spiritualité, un atout reconnu, respecté et souvent envié.


  1. Cet engagement n’est pas seulement le mien, il est nourri et porté par la majorité des composantes de notre Nation. Il est celui du consensus national, du compromis, de l’Islam du juste milieu, celui qui a permis à notre pays d’évoluer sereinement et lucidement vers la modernité.


  1. J’ai toujours prôné une lecture progressiste, réformiste et dépolitisée pour opérer une nouvelle approche de la question des femmes dans l’Islam. C’est l’action que j’ai toujours mené à travers la déconstruction des lectures rigoristes et patriarcales, notamment à travers mes différents ouvrages et au sein du Centre d’études féminines, qui est devenu un espace de référence dans la réforme du champ religieux initié par la plus haute autorité politique du pays.


  1. Je voudrais enfin remercier tous ceux et celles qui m’ont témoigné leur solidarité et leur soutien, mais le plus important aujourd’hui est de soutenir, plus que jamais, les droits légitimes des femmes pour un Maroc de justice et d’égalité.


  1. J’ai pris donc mes responsabilités. Et comme je l’ai dit dans mon post : « une étape est terminée ». Je poursuivrais sereinement et librement mon engagement.