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02.04.2018 à 22 H 13 • Mis à jour le 02.04.2018 à 22 H 13
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Le rapport préliminaire d’Antonio Guterres sur la situation au Sahara

Antonio Guterres, SG de l’ONU. MARIO CRUZ/ EPA
Le Desk publie la copie préliminaire datée du 29 mars 2018 du rapport du Secrétaire général des Nations Unies Antonio Guterres sur la situation au Sahara Occidental dont il exposera les conclusions et les recommandations lors du prochain Conseil de sécurité consacré au dossier prévu courant de ce mois d’avril

Dans la copie préliminaire de son rapport sur la situation au Sahara Occidental au Conseil de sécurité datée du 29 mars 2018 et dont Le Desk à obtenu copie, le Secrétaire général des Nations Unies, Antonio Guterres, fait comme à l’accoutumée le point sur les développements dans la région, sur les activités politiques et les activités opérationnelles de la MINURSO, la situation des réfugiés dans les camps de Tindouf et fait état de ses remarques et recommandations.


Nous avions dans deux précédents articles, l’un sur la base des bribes fuitées par l’agence algérienne APS, l’autre reprenant l’essentiel d’une note de lecture de la diplomatie marocaine, fait état des points saillants qu’il a soulevés.


Sur le terrain, Guterres estime que malgré le calme observé sur le terrain, des tensions perceptibles ont émaillé la période couverte par son rapport. Il note en particulier les violations commises de part et d’autre de l’accord militaire ayant institué le cessez-le-feu et la ligne de démarcation instituée par l’ONU en 1991, dénombrant cinq violations des Forces armées royales (FAR) contre sept du Front Polisario. Il a indiqué un incident de tir nocturne dans la région de Guerguerat attribué au Polisario et des blessés civils victimes des mines intipersonnel qui jonchent le territoire. Il souligne aussi les restrictions des droits de l’Homme, notamment celles relatives à la liberté d’expression et au droit de réunion. Dans un de ses paragraphes, son rapport note que le Maroc a refusé que des émissaires de l’Union africaine puissent reprendre leur collaboration avec la MINURSO.




Ci-après la traduction des recommandations du SG de l’ONU, Antonio Guterres


Dans mon dernier rapport (S / 2017/307), j’ai proposé de relancer le processus de négociation avec une nouvelle dynamique et un nouvel esprit reflétant les orientations du Conseil de sécurité, en vue de parvenir à une solution juste, durable et mutuellement acceptable du conflit au Sahara occidental qui permettra l’autodétermination du peuple du Sahara occidental.


Dans sa résolution 2351 (2017), le Conseil de sécurité a affirmé son plein appui à cette proposition. Je suis encouragé par les mesures prises par mon Envoyé personnel pour relancer le processus politique depuis sa nomination. Je me félicite de sa première visite dans la région, où il a été reçu au plus haut niveau, ainsi que des consultations bilatérales approfondies qui ont suivi avec les parties, les États voisins et d’autres parties prenantes.


Les nombreuses expressions privées et publiques de soutien aux efforts de mon Envoyé personnel sont également un signal important qu’une nouvelle dynamique est déjà en jeu.


Pour maintenir cet élan positif, des mesures supplémentaires doivent être prises par les parties, les pays voisins et d’autres interlocuteurs pertinents pour refléter dans leurs propres positions le nouvel esprit et la dynamique que le Conseil a réclamés. Dans ses résolutions depuis le début de 2007, le Conseil de sécurité m’a chargé de faciliter les négociations directes entre les parties, qui doivent se dérouler sans conditions préalables, de bonne foi, en tenant compte des efforts déployés depuis 2006 et des développements ultérieurs, tout en travaillant avec réalisme et un esprit de compromis. Le Conseil a également appelé les parties à faire preuve de volonté politique, à œuvrer dans une atmosphère propice au dialogue et à discuter des propositions des uns et des autres afin de préparer un cinquième cycle de négociations formelles. J’appelle les parties à continuer de travailler avec mon Envoyé personnel dans cet esprit et cette dynamique nouveaux et à s’engager sincèrement dans le processus de négociation, conformément aux orientations données par les résolutions du Conseil de sécurité.


Le processus de négociation ne se fait pas dans le vide. À l’ère de l’interdépendance mondiale, les conséquences socioéconomiques, humanitaires et sécuritaires de ce conflit prolongé pèsent lourdement sur l’intégration régionale et sous-régionale. Je voudrais réitérer l’appel lancé par le Conseil de sécurité aux États voisins, à l’Algérie et à la Mauritanie, pour qu’ils apportent d’importantes contributions au processus politique et qu’ils participent davantage au processus de négociation.


Je suis préoccupé par l’éventualité d’une reprise des tensions après la présence renouvelée du Front Polisario à Guerguerat, et les défis que de telles actions pourraient apporter au cessez-le-feu. Je reconnais que la réponse mesurée du Maroc a été de maintenir ses troupes loin de la bande tampon pendant les tensions. J’appelle le Front Polisario à se retirer de la bande tampon comme il l’a fait en avril 2017. J’appelle les deux parties à faire preuve de la plus grande retenue et à éviter l’escalade des tensions, et à s’abstenir de toute action susceptible de constituer un changement du statu quo à la bande riveraine. En ce qui concerne les efforts déployés par l’ONU pour répondre aux questions soulevées par la situation à Guerguerat, je salue la réponse positive du Front Polisario à ma proposition de déployer une mission d’experts dans le cadre de ce processus et encourage vivement le Maroc à reconsidérer cette initiative afin que les deux parties puissent engager une discussion de bonne foi sur la question.


En outre, je reste profondément préoccupé par la sécurité au Sahara occidental, en particulier dans la vaste et déserte zone désertique située à l’est du mur, où des observateurs militaires non armés de la MINURSO restent vulnérables aux menaces par des groupes criminels et terroristes. Les mouvements terrestres de la mission à l’est de la berme demeurent particulièrement vulnérables, ce qui met considérablement à rude épreuve les ressources aéronautiques limitées de la mission pour vérifier leurs itinéraires.


La MINURSO a également consacré des efforts et des ressources considérables à l’amélioration de ses mesures de sécurité statique sur tous ses sites, en particulier à l’est de la berme. J’ai proposé un financement supplémentaire pour la période du 1er juillet 2018 au 30 juin 2019 pour compléter ce travail essentiel et permettre à la mission d’aller de l’avant avec l’acquisition de son troisième hélicoptère.


Je suis reconnaissant au Conseil de continuer à soutenir les efforts déployés par la Mission pour renforcer la sécurité de ses installations et de son personnel opérant dans des conditions difficiles.


La MINURSO a procédé à divers examens et évaluations pour renforcer la sécurité, améliorer les performances, réorganiser la dotation pour atteindre ses objectifs plus efficacement et envisager de nouvelles technologies pour réduire les risques, améliorer la protection des forces et mieux exécuter le mandat confié par le Conseil de sécurité.


Un certain nombre de ces mesures recommandées nécessiteront des ressources suffisantes, pour lesquelles le soutien du Conseil de sécurité sera essentiel. Suite à ces initiatives, à la mi-2018, j’ai l’intention de mener un examen stratégique de la MINURSO pour fournir une analyse approfondie de la mission et recommander des mesures pour améliorer l’exécution de son mandat.


Les parties, tout en violant occasionnellement l’accord de cessez-le-feu et des accords militaires, dans l’ensemble, a respecté l’esprit des accords, tout en s’engageant rapidement auprès de la MINURSO et du Secrétariat lorsque des violations potentielles se produisent. Les violations de longue date ont néanmoins eu un impact significatif sur l’équilibre de la puissance militaire et sur l’ONU, qui risque de voir ses capacités, son intégrité et son indépendance perçue progressivement s’éroder. L’efficacité de la Mission dépend également de sa capacité à fonctions de maintien de la paix, afin d’obtenir une évaluation impartiale et indépendante de l’évolution de la situation sur le terrain, car elles peuvent influer sur le processus politique et sur la paix et la stabilité au Sahara occidental. Je continue de demander l’appui du Conseil de sécurité à cet égard.


La contribution de la MINURSO au maintien du cessez-le-feu reste aussi importante que jamais, un rôle central et nécessaire dans la prévention des conflits, créant ainsi les conditions d’une reprise des négociations de mes efforts et ceux de mon Envoyé personnel. En dépit des contraintes, le rôle de la Mission consistant à tenir le Secrétariat et le Conseil de sécurité informés des faits nouveaux concernant le Sahara occidental contribue largement à faire avancer le processus de négociation, tout en soutenant la stabilité régionale.


Je recommande donc que le Conseil proroge le mandat de la MINURSO pour une période supplémentaire de 12 mois, jusqu’au 30 avril 2019. Je reste préoccupé par le niveau croissant d’exaspération parmi les communautés réfugiées à Tindouf, après plus de 42 ans dans les camps avec un espoir limité. Si les mesures de confiance, qui restent actuellement suspendues, ont une composante humanitaire essentielle, elles ne peuvent être considérées comme une solution à l’impasse politique. J’appelle donc tous les acteurs à soutenir le processus politique et à œuvrer pour une solution acceptable pour les réfugiés, qui permette de vivre dans la dignité.


Je note également avec une grande préoccupation le manque chronique de financement de l’aide humanitaire malgré les besoins croissants. Pour 2018, les besoins humanitaires du HCR, du PAM et de l’UNICEF s’élèvent à 58,5 millions de dollars. J’appelle donc la communauté internationale à continuer de soutenir ce programme humanitaire vital. J’exhorte les parties à respecter et à promouvoir les droits de l’homme, notamment en traitant des questions relatives aux droits de l’homme en suspens, à renforcer la coopération avec le HCDH et les mécanismes des droits de l’homme des Nations Unies et à faciliter leurs missions de suivi. Un suivi indépendant, impartial, complet et continu de la situation des droits de l’homme est nécessaire pour assurer la protection de tous les peuples du Sahara occidental.


Le conflit au Sahara occidental dure depuis trop longtemps et doit cesser pour le bien et la dignité de tous. la population du Sahara occidental, y compris ceux qui ont été déplacés pendant plus de quatre décennies, ainsi que pour la stabilité de la région dans son ensemble, qui fait face à une myriade de défis politiques, économiques et sécuritaires. À cet égard, le travail de mon Envoyé personnel, de la MINURSO et des organismes des Nations Unies demeure indispensable.


Je suis reconnaissant aux États voisins, aux Membres du Groupe des amis du Sahara occidental et aux autres interlocuteurs intéressés d’avoir apporté leur soutien au processus. Je tiens à remercier tout particulièrement le gouvernement espagnol de continuer à faciliter les visites de mon Envoyé personnel dans la région en fournissant un avion. Je tiens à adresser mes sincères remerciements à mon Envoyé personnel pour le Sahara occidental, M. Horst Köhler, pour son engagement auprès des parties et des États voisins. De même, je suis reconnaissant à mon Représentant spécial pour le Sahara occidental et chef de la MINURSO, Colin Stewart, et à son prédécesseur, Kim Bolduc, et au général de division Wang Xiaojun, pour leur dévouement à la tête de la MINURSO. Enfin, je voudrais également remercier les hommes et les femmes de la MINURSO pour leur travail dévoué et engagé, dans des circonstances difficiles.