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09.05.2018 à 00 H 22 • Mis à jour le 09.05.2018 à 00 H 25
Par
Etats-Unis

Nucléaire iranien: Trump a choisi la ligne la plus dure

Le président des Etats-Unis a mis sa menace à exécution, en annonçant mardi 8 mai le retrait de son pays de l'« accord pourri » conclu avec l'Iran du temps de son prédécesseur, Barack Obama. Les conséquences de ce geste s'annoncent immenses. Mais le président iranien, qui a jugé « illégale » la décision de Trump, s'est gardé, lui, de toute surenchère

Donald Trump a choisi la ligne la plus dure, celle de se retirer de l’accord sur le nucléaire iranien, de rétablir des sanctions économiques au niveau le plus élevé et de le faire dès ce mardi 8 mai au soir.


À peine Donald Trump avait-il signé dans son bureau de la Maison Blanche l’ordre présidentiel qu’il s’est tourné vers le principal artisan de cette ligne dure, John Bolton, son conseiller à la Sécurité nationale, l’homme qui joua un rôle déterminant dans l’invasion américaine de l’Irak et exhortait il y a deux ans encore les Etats-Unis à« frapper » les sites nucléaires iraniens. « Il me paraît clair que nous ne pouvons empêcher la bombe nucléaire iranienne en vertu de l’accord pourri qui a été signé. L’accord est fondamentalement vicié », a déclaré le président américain avec sa vulgarité habituelle dans un discours de 11 minutes.



À Téhéran, Hassan Rohani lui a répondu presque immédiatement, via la télévision d’Etat, qualifiant la décision américaine d’« illégitime » et d’« illégale », et accusant la Maison Blanche de mener « une guerre psychologique »« Les États-Unis ont toujours montré qu’ils ne respectaient jamais leurs engagements », a-t-il ajouté avant d’annoncer que son pays pourrait reprendre l’enrichissement de l’uranium à 20 %. Pas de position dure, mais plutôt ferme et non sans une certaine souplesse.


En tout cas, le président iranien s’est gardé de toute surenchère. Ainsi, il n’a pas annoncé que l’Iran sortait du traité de non-prolifération (TNP) ni même, pour le moment, de l’accord – qui reste valide puisque Washington n’est que l’un des sept signataires –  et qu’il allait s’entretenir avec les autres pays impliqués. Simplement, si Téhéran n’y trouve pas son compte économiquement, il quittera l’accord.


Tout dépendra donc de la capacité des pays signataires à résister aux pressions américaines et de la portée des sanctions dites extraterritoriales, c’est-à-dire s’appliquant aux entreprises étrangères investissant en Iran. Si en raison du rétablissement de dures sanctions américaines et de pressions de Washington sur les Européens et leurs entreprises pour ne pas travailler avec l’Iran, l’accord ne procure plus aucun résultat tangible au régime iranien, celui-ci, immanquablement, en sortira.


Une diabolisation féroce de l’Iran

Au-delà de la décision finalement sans surprise de Trump, c’est la férocité de la diabolisation de l’Iran qui a également retenu l’attention. Elle a fait penser, en bien pire, à celle de George Bush père s’adressant à l’Irak de Saddam Hussein. Le chef de la Maison blanche a ainsi accablé Téhéran de tous les maux : terrorisme, meurtres, emprisonnement et tortures de ressortissants américains, poursuite du programme nucléaire clandestin, l’accusation la plus incroyable étant d’annoncer que les villes américaines seraient bientôt sous la menace de la future bombe iranienne… 


Il a ainsi dénoncé l’Iran comme étant « le premier État sponsor du terrorisme, qui alimente les conflits » du Moyen-Orient. Il a ensuite parlé d’un accord « désastreux […] au cœur d’une fiction géante selon laquelle un régime meurtrier désirait seulement un programme nucléaire pacifique. Nous avons aujourd’hui la preuve définitive que cette promesse iranienne était un mensonge. C’est un accord unilatéral qui n’avait pas à être signé ». Trump a cité ainsi comme preuve des mensonges iraniens la révélation par Israël des archives secrètes iraniennes sur le nucléaire, datant du début des 2000.


On a donc retrouvé dans son discours les mêmes arguments que Benyamin Netanyahou avait utilisé la semaine dernière dans une conférence de presse ridicule où, dans un décor digne d’un exécrable film d’espionnage, il avait affirmé que le régime iranien profitait de l’accord pour continuer son programme. Des accusations qui étaient vraies à cette époque mais qui ne le sont plus puisque l’Agence internationale pour l’énergie atomique a certifié le programme nucléaire iranien à neuf reprises depuis la signature de l’accord.


Sans surprise, Riyad et Tel-Aviv ont applaudi à tout rompre la rupture de l’accord. Exceptionnellement – les anciens présidents américains se gardent en général d’intervenir à l’issue de leur mandat -, Barack Obama a qualifié quelques minutes plus tard la décision de son successeur de « grave erreur  » et de « décision égarée  ». Le secrétaire général des Nations Unies, Antonio Guterrez, a demandé aux pays signataires de « respecter pleinement leurs engagements  » après le retrait américain.


Les pays européens, dont la France, la Grande-Bretagne et l’Allemagne, ont regretté la décision américaine. Le voyage du président français, tout comme celui d’Angela Merkel et de Theresa May, qui étaient venu défendre l’accord de Vienne, auront donc été inutiles. Paris, Londres, et Berlin ont cependant annoncé qu’ils allaient travailler pour élargir l’accord. « Nous resterons parties au JCPoA » (acronyme de l’accord, ndlr) ont déclaré dans ce communiqué commun les trois dirigeants européens. « Nos gouvernements restent déterminés à assurer la mise en œuvre de l’accord et travailleront à cet effet avec les autres parties qui resteront engagées », en « maintenant les bénéfices économiques » au profit de la population iranienne.


Selon les éléments de langage de l’Elysée, Trump accepterait de participer à ces discussions. Il y a d’ailleurs à la fin de son discours une certaine contradiction puisqu’il se déclare « prêt et capable de signer un nouvel accord », plus global, en collaboration avec les autres pays concernés. Mais on ne voit pas Téhéran, même si on sent une certaine fluctuation dans les déclarations des dirigeants iraniens, accepter de nouvelles négociations alors que l’accord actuel avait été durement négocié pendant des années.


Longuement et âprement négocié, le JCPOA contraint – sous contrôle international – la République islamique à un usage strictement civil et pacifique de son programme nucléaire jusqu’à 2025, en limitant ses capacités techniques à enrichir l’uranium. Le tout en échange d’une levée des sanctions économiques internationales, notamment américaines et européennes, qui avaient été prises à partir de 2006 pour punir l’Iran d’avoir aménagé des sites de recherche secrets qui semblent révéler l’intention de se doter de l’arme atomique. Ce que proscrit le traité de 1968 sur la non-prolifération des armes nucléaires, que Téhéran a ratifié en 1970.


Une série de bouleversements en perspective

Dans les faits, Donald Trump peut se retirer de l’accord sans avoir à demander un feu vert du Congrès. Pareil pour les sanctions. Dans le mécanisme en vigueur depuis juillet 2015, celles-ci étaient simplement suspendues. Mais il y a également les sanctions prises en 2012 contre ses exportations de pétrole qui dépendent du Congrès, et dont il va cesser de recommander que l’Iran en soit exonéré. Les pays et les entreprises refusant de s’y plier d’ici 180 jours s’exposeront à leur tour à des mesures punitives. Toute une panoplie de sanctions pourraient intervenir ensuite, certaines touchent le secteur financier et les assurances, d’autres les transports et le commerce maritime.


Les multinationales ayant des intérêts aux États-Unis ou réalisant des transactions en dollars sont dès lors sur le qui-vive. Pour Téhéran, le coup est d’autant plus rude que la monnaie iranienne a perdu le quart de sa valeur en quelques semaines et qu’il a dû « dollariser » l’économie, ce qui revient à utiliser l’argent de l’ennemi américain.


D’ores et déjà, le retrait américain de l’accord entraîne toute une série de bouleversements. Les uns régionaux, avec une montée des tensions au Proche-Orient, notamment en Syrie. Les autres concernent le multilatéralisme qui, pour une fois, avait débouché sur une réussite diplomatique : l’accord du 14 juillet 2015 avait demandé de longues et patientes négociations entre les 5+1 (les cinq membres du Conseil de sécurité plus l’Allemagne). S’ajoutent enfin les bouleversements économiques avec les entreprises qui, à l’image de Total, devront choisir entre investir en Amérique ou en Iran – un choix vite fait pour la plupart d’entre elles, la part iranienne représentant actuellement environ 0,5 % du commerce de l’Europe.


En sortant de l’accord, Trump a montré d’une part qu’il tenait ses promesses de campagnes et que la géopolitique passait bien après la politique intérieure – il devrait ramasser de nouveaux contrats du côté de l’Arabie saoudite qui seront créateurs d’emplois. D’autre part, que sa diplomatie coup de poing pouvait produire de bons résultats puisqu’il a annoncé que son secrétaire d’Etat Mike Pompeo était en route pour la Corée du nord où il arriverait d’ici « une heure » afin de préparer le sommet avec Kim Jong Un. Une comparaison hasardeuse : l’Iran a très peu de points communs avec la Corée du Nord.