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29.09.2018 à 12 H 01 • Mis à jour le 30.09.2018 à 00 H 06
Par
Médecine légale

Affaire Fadila: ce que dit le rapport d’autopsie

Contrairement aux dires de son entourage, Fadila Akkioui n’avait pas 38 ans, mais 50 ans comme le prouve sa carte d’identité obtenue par Le Desk.
Le Desk a obtenu copie du rapport d’autopsie réalisé sur la dépouille de Fadila, décédée lors d’une manifestation à Azrou et dont les proches contestent la version officielle d’une « mort naturelle suite à une crise cardiaque ». Le document de deux pages établi par un médecin de l’unité médico-légale de l’hôpital Mohammed V de Meknès confirme cette thèse. Il comprend des éléments factuels qui contredisent la famille

Depuis le décès de Fadila Akkioui, cette femme des soulaliyates morte à Azrou dans la cohue de la manifestation à laquelle elle a participé pour défendre ses droits à la terre, ses proches, dont notamment sa sœur Aziza, soutenus par la section locale de l’Association marocaine des droits de l’Homme (AMDH) crient au complot des autorités.


Ils mettent tous en cause le rapport d’autopsie réalisé à Meknès au lendemain de son décès prononcé le 26 septembre et envisagent même, comme nous l’avions rapporté, de poursuivre les autorités locales pour, prétendent-ils, dissimulation de preuves. Pour eux, la défunte a été tuée avec préméditation par un mokhazni qui, pendant qu’elle se débattait, l’aurait emmaillotée avec le drapeau national qu’elle brandissait, l’étouffant ainsi jusqu’à la mort.


La famille a avancé dans ses dires –  Le Desk les a recueillis à la source -, que Fadila avait arraché de l’uniforme du mokhazni sa plaque de matricule et que cette supposée pièce à conviction avait été saisie par un proche qui se refusait pour des raisons obscures à la restituer faisant ainsi barrage à l’identification du coupable présumé.


Au delà des déclarations de l’entourage, Le Desk a pu se procurer le rapport d’autopsie établi par le Dr. Abdellatif Mandour, diplômé de médecine légale et expert assermenté de l’unité médico-légale de l’hôpital Mohammed V de Meknès.


Pas de PV de la police d’Azrou…

Premier constat pour le moins rédhibitoire : l’autopsie a été réalisée sans l’appui d’un rapport contextuel circonstancié de police. « On n’a pas reçu le procès verbal établi par la police d’Azrou pour avoir une idée sur les circonstances du décès, surtout : l’étude des indices du lieu de la découverte et les résultats de levées du cadavre », est-il mentionné d’emblée dans la section introductive consacrée au récit des événements.


Un aspect qui, selon les experts consultés par Le Desk, « fragilise les conclusions du rapport », puisqu’en médecine légale, la désignation « mort naturelle » ne doit pas servir de terme générique regroupant les cas de décès contentieux.


« L ‘examen du cadavre ne se résume pas aux réflexions physiopathologiques relatives à la cause du décès (…). Le médecin pratiquant l’examen du cadavre doit être davantage conscient de la signification juridique et criminologique de l’inspection du cadavre », écrivait Roland Hausmann, un expert suisse en la matière, dans un article spécialisé décryptant les enjeux de l’exercice.


Une femme de 50 ans et non de 38

Sur l’expertise dite thanatologique, il est mentionné que le cadavre est celui « d’un adulte de sexe féminin né en 1968 ». Fadila A. (épouse M.) avait donc 50 ans et non 38 ans comme sa famille l’avait prétendu dans ses déclarations à la presse.

Le Desk a pu obtenir une copie de sa carte nationale auprès de son entourage qui prouve bien l’exactitude de ce qu’avance le rapport d’autopsie.


La famille avait aussi prétendu que Fadila venait de se marier et était enceinte. Un fait peu probable à cet âge avancé. D’ailleurs plus loin dans le compte-rendu du Dr. Mandour, lorsqu’il décrit son intervention « à l’étage thoraco-abdominal », il établit que « l’exploration abdomino-pelvienne est sans particularité », ce qui sous-entend qu’il ne constate aucun état de grossesse.


…mesurant 1,80 m ?… 

Le rapport d’autopsie de deux pages rédigé au soir du décès livre plus de détails sur la morphologie de la morte. Dans le même paragraphe qui décrit l’aspect du corps, le médecin légiste établi que le sujet est de « moyenne taille (1,80 m) ». S’agit-il d’une erreur ? Les vidéos et les photos prises de la victime montrent plutôt une femme de stature conventionnelle pour une femme marocaine, bien en deçà des mensurations établies par le Dr. Mandour. Les Marocaines mesurent plutôt en moyenne 1,58 selon une étude récente de la revue scientifique eLife


…Pour 80 kg ?… 

Autre point pouvant paraître litigieux, le médecin écrit que Fadila était de « moyenne corpulence physique », avec un poids approximatif de 80 kg. Or, la norme voudrait qu’une femme de cette taille (ce que n’était pas le cas de Fadila), dotée d’une morphologie moyenne, ne dépasse guère les 70 kg. Au vu des photographies prises par les médias ou des images capturées par les témoins de la levée du corps par la Protection civile, Fadila avait plutôt une forte corpulence en considération de sa taille.


La dépouille de Fadela A (M)., évacuée par des éléments de la protection civile. FACEBOOK


Pas de strangulation…

C’est la section dédiée à l’examen extérieur du cadavre qui est sans appel et va dans le sens de la disculpation des forces de l’ordre. Un des points abordés formule qu’il n’y a « pas de signes de strangulation visibles microscopiquement ».

 

Il est suivi par une autre conclusion qui est contradictoire avec tous les récits avancés jusqu’ici par les témoins et acteurs connexes du drame : « Il n’existe pas de signes de violences extérieurs sur le corps ». Le légiste ajoute se référer dans son rapport à des clichés photographiques auxquels Le Desk n’a pas pu avoir accès.


…une congestion cérébrale…

A l’autopsie de l’étage crânien, « l’examen de l’encéphale note une congestion cérébrale », note sans plus de détail le rapport. Au niveau cervical, « les muscles du cou et les structures laryngées de l’os hyoïdien sont intacts à l’examen in situ », rapporte le Dr. Mandour qui fait encore une fois référence à une photographie dont Le Desk n’a pas eu accès, ce qui implique que Fadila n’est pas morte par suffocation après une compression de sa trachée comme l’a rapporté sa famille, notamment sa sœur Aziza qui évoque un étranglement avec l’aide d’une pièce de tissu (le fameux drapeau marocain évoqué dans ses témoignages).


…Un infarctus ancien…

Au niveau thoracique, le rapport cite l’existence d’une « congestion pulmonaire » due à un « œdème modéré ». Là où l’expertise devient plus précise quant à la cause officialisée de la mort est la détection de la « présence d’une zone de nécrose ventriculaire postérieure en faveur d’un infarctus du myocarde ancien avec épanchement péricardique ».


L’autopsie ajoute que « le cœur présente une dilatation des cavités droite et gauche. Les artères coronaires sont également sièges de plaques d’athérosclérose non obstructives ».


Entre autres conclusions, Dr. Abdellatif Mandour juge donc « selon ses compétences, les normes scientifiques et les moyens disponibles » que « le décès est de cause naturelle », qu’il est « secondaire à un arrêt cardiovasculaire (cardiopathie ischémique ancienne décompensée) », et qu’il « n’existe pas de lésions de violence externes ou internes sur le corps ».