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01.01.2019 à 15 H 24 • Mis à jour le 01.01.2019 à 15 H 25
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Proche-Orient

Maroc: l’armée dément tout déploiement de ses troupes en Syrie

Soldats des FAR. Image d’illustration
Selon une source militaire autorisée interrogée par Le Desk, les informations disséminées sur les réseaux sociaux le 31 décembre par un canal proche du régime de Bachar al-Assad annonçant la projection imminente de troupes marocaines dans le nord de la Syrie aux côtés de contingents égyptiens et émiratis, relève d’une « fake news ». Pourtant, depuis un an, Washington fait pression sur ses alliés arabes, dont le Maroc, pour assurer sa relève face à la menace persistante de Daech…

L’information qui circule depuis 24 heures sur les réseaux sociaux faisant état d’un engagement imminent d’un contingent de troupes terrestres des Forces armées royales (FAR) sur le théâtre syrien est « dénuée de tout fondement », assure une source autorisée militaire interrogée par Le Desk.


La rumeur s’est propagée le 31 décembre après la diffusion sur twitter d’une nouvelle présentée comme « exclusive » par un compte réputé proche du régime de Bachar al-Assad. Celui-ci indiquait dans son message que « les troupes marocaines sont prêtes à se déployer dans le nord de la Syrie aux côtés des troupes égyptiennes et des Émirats arabes unis, avec la bénédiction de la Syrie et de la Russie ».



« Mohammed bin Zayed a demandé au roi Mohammed VI du Maroc de déployer des troupes marocaines dans cette partie de la Syrie pour contrer l’expansionnisme néo-ottoman turc », ajoutait la même source qui n’indiquait pas cependant la provenance de ses informations.


« Il s’agit d’une fake news », a tranché au Desk, la source militaire marocaine autorisée.


Ce même compte avait, le 28 décembre, assuré que Rabat, à l’instar des Emirats arabes unis, avait l’intention de renouer ses relations diplomatiques avec Damas.



Depuis l’annonce surprise du retrait des troupes américaines de Syrie par le président Donald Trump, plusieurs scénarios sur la recomposition de l’équilibre militaire dans cette région du monde où le groupe Etat islamique perdure dans certaines poches ont été évoqués par les spécialistes. « En prenant tout le monde de court avec l’annonce d’un retrait total des soldats américains de Syrie dans les trois mois, estimant la victoire acquise, le président américain lâche ses alliés kurdes, irakiens et israéliens, alors que l’État islamique peut ressurgir », analysait dans ce sens Mediapart. En agissant ainsi, l’administration américaine laisse le terrain ouvert à la Russie, à l’Iran et à la Turquie…


Rabat avait dépêché des troupes d’élite en Arabie Saoudite

Il y a déjà deux ans, les Forces armées royales avaient dépêché des troupes dans le nord de l’Arabie saoudite dans le cadre de grandes manœuvres militaires multinationales préparatoires à une intervention en Syrie, qui finalement n’a jamais eu lieu. Des sources militaires avaient indiqué au Desk que la 1ère Brigade parachutiste des FAR avait rejoint en février 2016 la cité militaire Khaled à Hafr Al-Batin, située au nord de l’Arabie saoudite, confirmant la participation marocaine à ces manœuvres inédites. Deux avions gros porteurs de type Hercules C-130 avaient servi au déploiement de ces troupes d’élite dans le cadre de l’opération North Thunder (Tonnerre du Nord) à laquelle participaient une vingtaine de pays musulmans. Mais à l’époque, seuls Ankara et Abou Dhabi semblaient prêts à s’engager au sol.


Une participation du Maroc à un engagement coalisé aux confins de la Syrie a depuis souvent été évoqué en soutien à ses alliés au Moyen-Orient dans la lutte contre Daech, d’une part, mais aussi en réponse à des sollicitations américaines qui mettaient en balance l’appui de pays arabes comme le Maroc à leur aide militaire. Cependant, de l’eau a coulé sous les ponts, sur l’autre front yéménite notamment, et les relations entre Rabat, Riyad et Abu Dhabi ont fluctué au gré du dossier qatari… 


Sur le front diplomatique, Rabat a toujours émis à ce titre des signaux positifs à Washington, la rupture avec l’Iran en est l’exemple le plus significatif, avec en toile de fond le conflit du Sahara Occidental pour lequel le royaume cherche toujours l’appui incertain des Etats-Unis.


En mars 2017, Nasser Bourita, alors n°2 de la diplomatie, avait lors de la réunion ministérielle de la coalition internationale de lutte contre l’organisation de l’Etat islamique tenue à Washington, affirmé « l’approche multidimensionnelle du Maroc (…) conformément à une vision basée sur la coopération internationale, régionale et bilatérale ». Les Etats-Unis avaient exprimé leur intention d’instaurer des « zones temporaires de sécurité » avec l’appui de certaines armées arabes, visant à permettre un retour des réfugiés syriens.


A la nomination fin mars 2018 du « faucon » John Bolton en tant que conseiller à la sécurité nationale à la Maison Blanche, le Maroc avait tout de suite compris que l’administration Trump allait désormais être intransigeante avec ses alliés dans sa politique moyen-orientale.


Dans ce sens, l’Amérique n’a eu de cesse de faire pression sur ses alliés arabes pour remplacer ses troupes en Syrie par une force coalisée comprenant notamment l’Arabie Saoudite, l’Egypte, les Emirats arabes unis. Le Maroc avait été le seul pays du Maghreb à avoir été consulté, selon nos sources, ce qui tendait à corroborer les informations disséminées par les relais de Damas. La proposition poussée par John Bolton faisait face cependant à des obstacles importants susceptibles d’exacerber le conflit.


Une intervention des FAR un temps à l’étude… 

Selon nos informations, le Maroc étudiait « très sérieusement » la possibilité de participer à une force arabe commune sur le théâtre syrien, menée par l’Arabie Saoudite. La question avait été évoquée lors d’une visite du général de corps d’armée et Inspecteur des Forces armées royales au Pentagone durant laquelle une nouvelle commande de chasseurs F-16 par le Maroc avait été discutée…


Le Wall Street Journal rapportait en avril 2018 que Donald Trump sondait ses alliés arabes, notamment l’Arabie saoudite, pour qu’une force arabe remplace le contingent américain en Syrie, dont il avait déjà promis le retrait.


L’administration Trump cherchait ainsi à convaincre ses alliés dans la région pour aider à stabiliser la partie nord-est du pays après la défaite de l’Etat islamique, avaient indiqué les officiels américains. Jusqu’ici 2 000 soldats américains étaient mobilisés en Syrie contre le groupe État islamique…


John Bolton poussait fortement en faveur de l’option de retrait de l’US Army. Il a soutenu que les Etats-Unis ont pris une trop grande partie du fardeau militaire en Syrie et que les Etats arabes devraient fournir des troupes et une assistance matérielle dans la lutte contre Daech. Le conseiller de Trump avait dans ce contexte appelé Abbas Kamel, le chef du renseignement intérimaire égyptien, pour voir si le Caire contribuerait à l’effort, avaient indiqué les mêmes sources citées par la presse américaine.


Jusqu’ici, Rabat adopte une position sur la ligne de crête sur la question syrienne et semble encore résister aux plans guerriers du couple Trump-Bolton au vu du démenti formel de l’armée adressé au Desk« Le règlement de la crise en Syrie ne peut être que politique moyennant le dialogue entre toutes les parties syriennes et conformément à la légalité internationale, sur la base de la résolution onusienne 2252, les décisions de Genève I et les conclusions des réunions d’Astana et de Sotchi », avait affirmé, le 16 avril 2018 à Dhahran, Nasser Bourita au terme des travaux du 29ème Sommet de la Ligue arabe.