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27.01.2019 à 18 H 02 • Mis à jour le 27.01.2019 à 22 H 28
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Litige

Affaire Samir: l’homme d’affaires Al Amoudi libéré par l’Arabie Saoudite

L’actionnaire principal de la Samir, Mohamed Hussein al-Amoudi. CAPITAL/EPA
Le richissime saoudo-éthiopien, Mohammed Hussein Al Amoudi, arrêté en novembre 2017 en Arabie saoudite sur ordre du prince héritier Mohamed Bin Salman, a été libéré dimanche soir. Actionnaire majoritaire de la raffinerie Samir en liquidation, à travers le Suédois Corral, il croise notamment le fer avec Rabat devant le tribunal arbitral du CIRDI. Ses avoirs personnels avaient été saisis au Maroc. L'option d'une extradition reste hypothétique

L’homme d’affaires saoudien d’origine éthiopienne Mohammed Hussein Al Amoudi, arrêté en novembre 2017 lors d’une campagne de répression de la corruption, a été libéré en Arabie saoudite, a annoncé dimanche soir la télévision éthiopienne, dont le communiqué a été repris par plusieurs sources fiables dont Reuters et Bloomberg.


La télévision éthiopienne a cité comme première source de l’information Arega Yirdaw, directeur général du groupe technologique MIDROC d’Al Amoudi. Deux sources saoudiennes ont confirmé à Reuters qu’Al Amoudi avait été libéré dimanche, près de 15 mois après sa détention avec des dizaines de princes, ministres et hommes d’affaires dans le cadre de la campagne « anti-corruption » menée par le prince héritier Mohamed Bin Salman (MBS).


Le richissime homme d’affaires faisait partie de la palanquée de dignitaires qui ont séjourné un temps en résidence surveillée au Ritz-Carlton à Riyad, sans procès, ni jugement. Les autorités saoudiennes avaient déclaré à l’époque qu’elles luttaient contre la corruption endémique dans le pays, mais certaines sources internes au royaume wahhabite ont déclaré que c’était un moyen pour MBS de consolider son pouvoir.


D’autres riches détenus saoudiens, comme le prince Al Walid Ibn Talal, cousin germain de Moulay Hicham, ont dû débourser des sommes importantes pour obtenir leur liberté, les autorités saoudiennes ayant déclaré qu’elles visaient à obtenir 100 milliards de dollars grâce à cette rafle décrite comme une opération mains propres.


« Il a payé et il a beaucoup payé »

Une personne familière avec la situation de Al Amoudi a déclaré au Wall Street Journal : « Il a payé et il a beaucoup payé » pour sa liberté.


Les avocats d’Al Amoudi ont précisé toutefois à la veille de sa libération que ses entreprises non-saoudiennes demeuraient gérées de manière indépendante, sans toutefois s’occuper de ses avoirs considérables dans le royaume.


Al Amoudi, né en Éthiopie et citoyen saoudien, était autrefois considéré comme l’une des plus imposantes fortune du monde, évaluée à 15 milliards de dollars, selon Forbes. Mais sa détention encore inexpliquée avait soulevé des questions sur les liens secrets de son empire industriel et commercial, comprenant des actifs pétroliers suédois (Corral), de vastes domaines agricoles en Ethiopie et des intérêts dans le BTP et l’immobilier saoudiens.


Sa libération dimanche a été annoncée sur Twitter par le bureau du Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed, « qui avait fait pression sur le prince héritier saoudien Mohamed bin Salman pour sa libération », rapporte le Wall Street Journal.



Riyad n’a pas répondu immédiatement aux questions concernant Al Amoudi. Des responsables saoudiens ont tout juste confirmé de manière informelle qu’il avait été libéré.


La plupart des détenus de Ritz ont été relâchés au bout de deux ou trois mois, mais Al Amoudi figurait parmi plusieurs dizaines d’autres qui ont été transférés dans d’autres lieux de détention et détenus plus longtemps. Plusieurs ont été libérés récemment alors que l’Arabie saoudite s’emploie à désamorcer un tumulte international suite à l’assassinat du journaliste Jamal Khashoggi, commis par des agents saoudiens à Istanbul.


Les autorités saoudiennes ont libéré la semaine dernière le milliardaire de Jeddah, Amr Dabbagh, les consultants de McKinsey, Hani Khoja et Sami al-Zuhaibi, et deux hommes d’affaires moins connus, a rapporté le Wall Street Journal, citant des personnes proches du dossier. Dabbagh et Khoja ont été physiquement maltraités, a rapporté la même source.


La détention d’Al Amoudi avait déclenché des discussions diplomatiques entre l’Éthiopie et l’Arabie saoudite et soulevé des questions sur le traitement qu’il avait subi après des mois puisqu’il avait été mis au secret, sans contact avec sa défense, ni avec ses proches.


Samedi, ses avocats ont confirmé qu’Al Amoudi était en vie, qu’il n’avait pas été torturé et qu’il vivait confortablement. Ses avocats ont déclaré qu’il n’avait pas été inculpé officiellement d’un crime.


Al Amoudi face à l’Etat marocain au CIRDI

Au Maroc, le sort d’Al Amoudi était particulièrement suivi puisque le milliardaire est tenu responsable par Rabat de la déconfiture de la raffinerie Samir de Mohammedia.


Le 14 mars 2018, le site internet du tribunal d’arbitrage CIRDI faisait état d’un dépôt de dossier d’arbitrage à l’initiative du suédois Corral Morocco Holding AB qui détient les 67 % du groupe Corral d’Al Amoudi dans la Samir, à l’encontre du Maroc.


Dans cette procédure arbitrale, Corral Morocco, représenté par le cabinet américain Gibsun Dunn, compte faire valoir les droits en propre d’Al Amoudi et obtenir se faisant des indemnités en réparation d’un préjudice. Le but étant de prouver que l’Etat a détérioré la valeur des parts détenues par l’actionnaire principal en orchestrant, selon lui, un blocus d’approvisionnement du site de raffinage de Mohammedia, la saisie de ses comptes bancaires et de certains ses actifs immobiliers de la Samir. La défense d’Al Amoudi s’appuie dans ce sens sur une convention bilatérale d’investissement maroco-suédoise de 1990. Rabat a engagé dès avril 2018 l’avocat Hicham Naciri (Naciri &  Associés Allen &  Overy), habitué des dossiers de souveraineté, qui aura pour mission de démonter l’argumentaire de Gibsun Dunn.


Début novembre, Le tribunal de commerce de Casablanca a décidé d’étendre la liquidation de la Samir aux patrimoines d’Al Amoudi en sa qualité de PDG et de son bras droit, Jamal Baâmar, directeur général, ainsi que d’autres dirigeants. Leur responsabilité dans la déroute de l’unique raffinerie marocaine a été retenue par le tribunal. Les concernés ont, en outre, été frappés de la déchéance commerciale pour une durée de 5 ans. Certaines sources évoquent désormais la possibilité d’une demande d’extradition de la part de Rabat dont les chances d’aboutissement demeureraient évidemment bien hypothétiques.


La libération d’Al Amoudi intervient alors que le trader BB Energy, basé à Dubaï, a mené ces dernières semaines, avec l’appui de Hicham Naciri, d’intenses et discrets contacts auprès des Finances et de l’Intérieur pour présenter et peaufiner son offre de sauvetage de la Samir fondée sur un ambitieux schéma de transfert des dettes de la raffinerie dans une structure de défaisance, comme l’a révélé tout récemment Le Desk.