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23.05.2019 à 14 H 08 • Mis à jour le 23.05.2019 à 14 H 23
Par
Business

Les bonnes affaires de MHE et Jettou dans l’immobilier et l’agriculture

Driss Jettou, président de la Cour des comptes (premier plan) et Moulay Hafid Elalamy, ministre de l’Industrie. photomontage LE DESK
Le ministre de l'industrie et patron de Saham Holding, Moulay Hafid Elalamy cultive son business dans l’immobilier et bientôt dans l’agriculture avec le président de la Cour des comptes, Driss Jettou. Des activités à la confluence de la politique et des affaires qui interpellent sur la confusion des genres et de potentiels conflits d’intérêt

Saham immobilier s’est doté le 2 octobre 2018 d’une nouvelle filiale, 45 Almaz, en joint-venture avec le groupe Au Derby, fabricant de chaussures détenu par Driss Jettou et sa famille et dirigé par l’un de ses fils, Nabil Jettou via SDZ Promotion. « 45 Almaz, domicilié à Casablanca, réalisera tous types d’opérations immobilières, selon ses statuts », révélait Maghreb Confidentiel.


A travers Saham immobilier, Moulay Hafid Elalamy qui a aussi développé, à Dar Bouazza, les résidences Vert Marine, Edenya et Peninsula, avait déjà lancé en 2015 la réalisation d’un vaste quartier résidentiel sur 90 hectares dénommé Almaz, situé sur la rocade sud-ouest casablancaise.


Prévu pour être équipé d’un centre commercial et de son propre hôpital privé, le quartier en plein chantier, a déjà vu l’ouverture, en mars, d’un collège-lycée privé détenu par la filiale éducation de Saham, Sana éducation, l’EIC Almaz (Etablissement international de Casablanca).


L’alliance MHE-Jettou dans 45 Almaz a connu un nouveau développement, cette fois-ci dans l’agriculture. La JV a modifié ses statuts le 18 avril pour pouvoir opérer dans « l’exploitation de toutes cultures agricoles (céréalières, fruitières, agrumiculture, etc.) », rapporte aujourd’hui la même source, ainsi que dans les « activités de minoterie ou de commercialisation de produits agricoles ».

 

Les activités communes de ces deux personnages d’Etat, à la confluence de la politique et des affaires interpellent sur la confusion des genres et de potentiels conflits d’intérêt. A la tête de la Cour des comptes, l’ancien premier ministre est censé agir en toute indépendance des pouvoirs, notamment s’agissant d’un membre de l’exécutif en exercice…


La polémique de la rocade avait chahuté Jettou

C’est d’autant plus sensible dans le cas d’espèce : Il y a 9 ans, l’affaire du changement du tracé de la voie expresse au sud-ouest de Casablanca avait éclaté. Driss Jettou était accusé d’abus d’influence. Un communiqué du ministre de la Justice avait politisé l’affaire.


Il s’agissait d’une transaction commerciale à l’origine du projet immobilier Almaz. A l’époque, Jettou envisageait d’acquérir un vaste foncier de 81 ha auprès de la famille Haddioui, grands propriétaires terrains de la région de Casablanca, afin d’y lancer son projet baptisé Muteo, situé à cheval sur les zones de Hay Hassani et Nouaceur, à proximité de celui de KLK.


L’idée de Jettou, associé à la base à l’homme d’affaires français Roger Zannier connu entre autres pour avoir fondé la marque de chaussures Kickers, était de créer une zone logistique, mais la typologie du terrain à la fois en périmètre urbain (Hay Hassani), et en zone agricole (Nouaceur) posait problème. De plus, séparant les deux lots, un projet de voie expresse, faisait l’objet de désaccords entre les autorités locales, le ministère de l’Equipement et la famille Haddioui.


Le tracé de la voie expresse avait été retoqué par le ministère de l’Equipement qui le trouvait « inapproprié aux caractéristiques géographiques ».


Le tracé envisagé qui devait relier en ligne droite les deux échangeurs routiers n'a finalement pas été retenu. Document Le Desk


La direction régionale de l’Equipement du Grand Casablanca avait alors déplacé le tracé un peu plus au sud à la satisfaction des différentes parties, calquant sa décision sur le plan d’aménagement de la préfecture de Hay Hassani. Mais les Haddioui avaient alors bloqué le chantier car il portait, selon eux, préjudice à leur exploitation agricole et leur patrimoine foncier.


Les Haddioui avaient alors proposé un tracé plus propice à leurs terrains et surtout plus court pour rallier Dar Bouazza par l’autoroute d’El Jadida. Sauf qu’il buttait sur un douar clandestin bâti en dur…


Cet imbroglio avait fini par pousser le parquet près la Cour d’appel de Casablanca à ordonner fin mars 2010, une enquête sur « les circonstances du changement d’itinéraire de l’autoroute au sud-ouest de Casablanca destiné à intégrer un bien foncier dans le périmètre urbain ».


Vue satellitaire du projet rebaptisé Almaz idéalement situé sur le tracé de la rocade qui fait à ce niveau un coude. Document Le Desk

 

Le communiqué du ministère de la Justice précisait que cette enquête a été décidée « suite aux investigations menées à propos du changement d’itinéraire de l’autoroute au sud-ouest de Casablanca aux fins d’intégrer un bien foncier dans le périmètre urbain, au sujet duquel une société a présenté un projet d’habitat et de logistique, et ce contrairement aux dispositions du schéma directeur d’aménagement urbain de la ville ». En clair, des accusations de trafic d’influence portées directement à l’encontre de Driss Jettou évoquant une « infraction aux lois de l’urbanisme ».


En mai 2009, SDZ Promotion (famille Jettou) faisait l’acquisition des terrains auprès des Haddioui au prix total de près de 413 millions de dirhams en partie financés par la Société générale.


Extrait de l'acte de vente réalisée en mai 2009. Document Le Desk

 

Depuis, l’affaire s’est tassée, Jettou n’étant pas à l’origine du changement du tracé, mais qui, au final, avantagera aussi bien le projet KLK (qui avait obtenu en amont une dérogation) que celui d’Almaz avec MHE, venu remplacer Zannier en 2013. Et pour cause, la rocade fait un long détour pour justement longer et valoriser du coup ce nouveau centre urbain idéalement placé sur la bretelle de Dar Bouazza…